Conférence sur la forêt du Chiberta : son histoire, son état et son plan de gestion.
Histoire de la forêt
Les plantations ont eu pour objet au début de maintenir les sables et le cours de l'Adour qui divaguait de la Chambre d'Amour au Vieux-Boucau. L'emplacement du BAB (BAB2 ?) est sur un ancien lit de l'Adour. Il y a toute une histoire que Patrick Mousset découvre progressivement, n'étant à ce poste que depuis 1,5 an. Il a retrouvé un vieux registre sur l'aménagement forestier de 1905 qui retrace un peu le passé (il y a peu d'écrits).
C'est le port de Bayonne qui a initié ce reboisement (1643 - ? -), bien avant le reboisement des Landes. 1ère stabilisation avec de la vigne sur le littoral et 1ères plantations de pins. Puis grand effort de reboisement (jusqu'à 450 ha) sous Napoléon III, avec des parties payées par le port de Bayonne, puis beaucoup par la commune d'Anglet, qui était formée de plusieurs hameaux reliés au bourg et qui se partageaient le territoire (ils étaient souvent en rivalité).
Il y a décelé une particularité, c'est qu'une partie de la propriété foncière d'Anglet était détenue en indivision entre tous ses habitants. On ne sait pas trop comment toute la propriété s'est acquise et comment après elle s'est redivisée, car il s'agissait de bancs de sable. Si l'Adour sortait à la Chambre d'Amour, à ce moment-là, ici (à Chiberta) on était au Boucau. Ce n'était plus Anglet. Puis l'Adour repartait vers le nord, ce qui causait des dissensions. Lorsque tous ces sables ont été stabilisés, on ne sait pas trop comment les gens en ont acquis la propriété, puisque Anglet a été gagnée sur la mer. La dune se déplaçait en fonction des mouvements de la barre de l'Adour. Ces bancs de sable provenaient du lit de l'Adour, des sables marins amenés par les courants et les marées, ils pouvaient boucher la Barre au sud ou au nord. Quand ils bouchaient au nord, l'Adour tendait à divaguer vers le sud, et inversement, ce qui explique l'action de Louis de Foix dans le port de Bayonne car l'Adour avait tendance à se boucher surtout au sud et l'Adour divaguait, trouvait une sortie et remontait vers le nord. C'est comme ça qu'elle est allée jusqu'à Vieux Boucau, Capbreton, etc. Louis de Foix a donc fait creuser un canal, les Landais disent que les Bayonnais leur ont " piqué l'Adour ". (" L'embouchure de l'Adour s'étant transportée de Capbreton à Port-d'Albret (Vieux-Boucau), le cours inférieur s'ensabla et Bayonne connut une période de décadence jusqu'au 28 octobre 1578, jour où l'ingénieur Louis de Foix creusa le Boucau actuel. ") Et après, il y a eu tous ces efforts de stabilisation pour que l'Adour reste toujours là. Le port de Bayonne avait failli péricliter à cause de ce détournement vers le nord, puisque l'embouchure était jusqu'à 30 km plus au nord.
Plus récemment, ce massif a éveillé des convoitises, notamment la commune d'Anglet a vendu 150 ha de sa forêt (dans le quartier de Chiberta) à un promoteur belge (" C'est aux alentours de 1920 que la forêt commence à s'animer: son caractère sévère et isolé attire ceux qui rêvent de grands espaces un peu mystérieux. Les trams la rendent plus accessible pour le petit personnel, les notables huppés ou couronnés ayant eux coche ou premières voitures.
Ainsi furent entreprises les constructions de la Villa "Prinpiko", imitation du fort d'une île du Bosphore, devenue emblématiquement la "Villa Mauresque", de "San Miguel" de style néo espagnol ou de "Souzanna" au porche en rotonde dans l'avenue du Vallon. S'il y avait la qualité, il n'y avait pas la quantité: on ne comptait en 1927 qu'une quinzaine d'immeubles (contre deux cents aujourd'hui), mais tout allait "exploser" avec le club house aménagé de 1924 à 1927...
Il y avait déjà des golfs dans la région, à Pau paraît-il les tous premiers, puis à Biarritz dans sa période impériale. Reprenant une idée lancée en 1909, retardée pour cause de guerre, fut créée une société: Biarritz-Anglet la Forêt. C'est en 1924 que la commune lui rétrocède 150 hectares, devant constituer un domaine où pourraient cohabiter les greens d'un terrain de golf et les villas de riches résidents à l'entour. Les deux artisans en sont l'architecte Simpson qui promet de construire là le "plus beau golf du monde" et le très fortuné financier belge Alfred Loewenstein (décédé tragiquement en 1928).
Le chantier démarre sans plus attendre et, à Pâques 1927, tout est prêt pour l'inauguration.
Cérémonie fastueuse en présence du prince de Galles et de Cécile Sorel. On y découvre le club house et les terrasses fleuries de l'autre rive du lac. Les premiers golfeurs s'y lancent, de lord Chesterfield au marquis Gouy d'Arsy ainsi que le relate La Gazette de Bayonne-Biarritz; tous trouvent le parcours excellent.
Le club mène grande vie: quatorze personnes du directeur au groom, dix-huit jardiniers. L'hôtel est géré par Miramar. ").
Dans le même temps, la mairie avait refusé l'extension de Penarroya, zone qui était autour de la poudrerie, sur le quartier Lazaret - Blancpignon. Aujourd'hui on ne voit plus rien, la forêt a tout recouvert (anciennement située dans la montée vers le squash, près de la zone industrielle del Castillo, il y a une aire de rétention d'eau à droite et à gauche il y a un tunnel et on distingue encore des rails : c'est là qu'était la poudrerie). (" Pré-inventaire des sites potentiellement pollués - Archives départementales des Pyrénées Atlantiques - Extrait relatif à la commune d'Anglet :
-Explosion de la poudrerie à Blancpignon
-Usines d'aviation Louis Bréguet 1940
-Fabrique d'eau de Javel 1936-37
-Tannerie 1926-27
-Teintureries 1923-39
-Verrerie 1920
-Zinc et superphosphates Penarroya 1926-29
-Usine à gaz de Blancpignon 1928
-Dépôts de liquides inflammables
Usines sur cours d'eau : gaz à Anglet 1916-38 ")
Une forêt coupée de son littoral
Donc la forêt aujourd'hui que l'on connaît a été coupée de sa plage, de son cordon littoral par le fait qu'on a urbanisé la frange formée initialement de la dune blanche, de la grise, du manteau, et de la forêt de protection. Dans les Landes, il y a le même schéma. (" La plage de sable nu laisse place aux dunes non boisées composées de la dune "blanche" mobile, recouverte d'Oyat, et de la dune "grise" fixée, recouverte de Mousses, de Lichens et de plantes à fleurs (Immortelle des sables). Enfin, après une zone broussailleuse de lisière (manteau), on entre dans la dune boisée. ") On a créé sur le boulevard de la Barre une lisière artificielle où l'on a exposé des arbres qui étaient éduqués en futaie : tout d'un coup, on a coupé la lisière et ils se sont retrouvés au premier front, ce qui pose des problèmes dont la résolution se trouve dans les objectifs de gestion (de l'ONF pour la forêt de Chiberta). Ce n'est pas étonnant que ces arbres-là souffrent, puisqu'au départ ils étaient protégés par tout le système qu'on peut retrouver dans les Landes. A Anglet, on n'a pas fait œuvre d'écologie. Si on avait voulu mieux protéger ce massif, il aurait mieux valu urbaniser à l'Est, plutôt que sur la lisière Ouest. Naturellement, on aurait dû conserver la plage, les dunes blanches, les dunes grises, dont on retrouve des vestiges notamment dans les golfs, avec le cortège floristique comme l'Oeillet de France (Dianthus gallicus), le Lis mathiole (Pancratium maritimum), protégés au niveau national, des zones qui n'ont pas été amendées ni arrosées et restent à l'état naturel. (Site Internet avec photos d'illustration : http://www.ondres-landes.net/url1_4.html) Si on les perturbe, ces plantes disparaissent.
S'y ajoute le problème des plantes invasives issues des jardins et qui concurrencent le milieu. C'est le problème d'Anglet, y compris celui de sa plage, puisque, vu qu'on a urbanisé et qu'il y a les falaises de Biarritz au sud, la barre du port au nord et qu'on a bloqué tout le système à l'Est de la plage, le sable des plages d'Anglet se perd (pas mal tous les ans), ne revient pas, alors qu'avant, c'était un système dunaire, ça bougeait, le sable était stocké, puis redistribué, il y avait un équilibre. Le bloc sédimentaire d'Anglet, sa plage, est coincé, un peu comme la plage sud de Capbreton, où les vagues attaquent le béton (soubassement du Casino). Des travaux sont envisagés pour récupérer le sable qui s'accumule au nord, comme à Tarnos. Si on prend une photo aérienne, on voit que le profil de la plage n'est pas le même au nord qu'au sud, il y a un décalage important. A Capbreton ils veulent faire un " bypass hydraulique " comme en Californie, c'est-à-dire faire une station de pompage du sable au nord pour le faire passer par des gros tuyaux sous le port pour déverser le sable et l'eau salée à divers endroits sur la plage sud (cf. site Internet http://www.eucc.nl/en/eucc/Atelier%20de%20Capbreton.pdf ).
Les sables de draguage (du port de Bayonne) étaient déversés au large de la Chambre d'Amour et une partie revenait à la mer, par les courants. Il y a eu quelques plaintes, des inquiétudes sur le risque de pollution de ces sables qui a priori sont propres. Les gens pensent qu'ils proviennent de l'Adour, mais en fait ils arrivent de la mer avec la marée. Donc on a changé le lieu de rejet des sables de draguage repoussé plus au large, ils sont perdus, et n'alimentent plus les plages d'Anglet. Un spécialiste de la dune, en coordination avec la commune d'Anglet et l'ONF, va essayer de faire un diagnostic sur ce phénomène d'érosion.
La commune pose l'hiver des ganivelles (assemblage de lattes de châtaignier reliées entre elles à différentes hauteurs par des fil de fer torsadés), qui permettent de stocker le sable. C'est une technique trouvée par les forestiers depuis les grands ensablements de l'île d'Oléron au XIXème siècle - il y a une église enfouie sous le sable -. Puis le sable est répandu avec des machines à la fin du printemps. Mais il reste un déficit calculé par l'université de Montaury de 5000 m3 par an. Les anciens qui connaissent bien Anglet se souviennent qu'ils posaient leur serviette 100 mètres devant la plage actuelle (elle a reculé). Un hôtel a disparu, la piscine aussi, c'est un problème. L'ONF avec M. Flavennec ( ?) doit faire des propositions pour garder un peu plus de sable et convaincre le port que le sable de la Barre ne soit plus perdu.
Situation de la forêt : intra urbaine, complètement entourée de maisons, de routes. Il y a eu une gestion ancienne par les résiniers, c'est une forêt qui a été très travaillée, très nettoyée, liée à l'économie. Le pin maritime était gemmé, c'était une économie rurale, où les agriculteurs, les maraîchers, les lavandières venaient chercher les pignes de pin, les gemmes, il y avait un peu de pâturage. Parfois, le fait de nettoyer autant la forêt, vu que c'était un milieu intra urbain, a favorisé la prolifération d'un certain nombre d'espèces, qui envahissent le milieu - c'est la raison pour laquelle l'ONF procède à l'abattage des mimosas, des lauriers, travail qui n'est pas toujours bien perçu par la population -. La gestion actuelle est due à la nouvelle volonté de réhabiliter la forêt originelle de pignada - chêne liège, habitat forestier associé à un cortège floristique caractéristique. Normalement, ces conditions humides ne favorisent pas trop la croissance du chêne-liège dans le pignada, mais il y a quelques bosquets qui en ont.
Problème foncier. Avant, il y avait 300 petits propriétaires sur le massif (carte de l'époque), il y avait plein de propriétaires privés. Puis le département (vert) a procédé au rachat de tous les terrains privés, il est devenu le plus gros propriétaire, aux côtés de la congrégation (bleu) (les sœurs de Marie) et la commune (rouge) qui restent à l'identique. Toutes ces parcelles ont été remembrées, à l'exception d'une ou deux parcelles dont les propriétaires n'ont jamais été retrouvés. Le remembrement vient de se terminer, fin décembre - début janvier 2007, parce qu'il y a eu des problèmes avec des hypothèques, etc.
Au niveau juridique, tous ces espaces, et notamment ceux du département, sont protégés par un empilement de juridictions, ils sont classés inconstructibles au sein du nouveau PLU. Il y a encore quelques habitations dont la cession est très réglementée : les propriétaires ne peuvent céder qu'aux enfants, sinon il y a préemption du conseil général. Il y en a deux d'un côté, une isolée (qui a bénéficié de gros appuis politiques) et une vers le bord. Elles augmentent les responsabilités de l'ONF qui va faire couper une bande de bois tout autour pour les protéger.
Plantes invasives. Ces propriétaires n'ont pas de réglementation pour les plantations de leur jardin, ce qui aurait dû se faire pour tous ceux de Chiberta. Même le prédécesseur de Patrick Mousset à l'ONF avait élaboré un document pour préconiser les plantes à avoir dans les jardins. Il n'y avait pas la même sensibilité. Il avait fait planter au Lazaret des tulipiers entourés d'élantes et de mimosas, aujourd'hui considérés comme plantes invasives : il y a une évolution des mentalités à l'ONF aussi.
Le cortège floristique. Par contre, l'arbousier fait partie du cortège floristique. Cette année, l'ONF va planter environ 3000 arbres, un peu plus, à peu près le tiers d'arbousiers et le reste en chênes-lièges. L'arbousier, écologiquement, a sa place, et il est plus intéressant de l'avoir que du laurier-sauce qui a un caractère invasif énorme et qui colonise tout. A partir du moment où il est adulte et porte des fruits, il est propagé par les oiseaux très facilement.
Le plan d'aménagement forestier
Donc, l'ONF, qui a en gestion les zones vertes et rouges de la carte (communal et départemental), doit faire un plan d'aménagement forestier, avec un parcellaire qui divise la forêt en unités de gestion. Les sœurs sont à part. Elles n'ont pas signé le plan de gestion naturaliste. Anglet ne l'a pas approuvé non plus, mais puisqu'elle sous-traite à l'ONF, celui-ci applique le plan de gestion départemental. Par contre les sœurs ont déjà eu des entretiens à deux reprises avec l'ONF, mais elles ne veulent pas passer pour le moment par cet organisme (qui facture ses prestations). Pour l'instant, elles ne veulent pas vendre, mais quand elles vendront, c'est le département qui achètera. Ces parcelles sont bloquées, il n'y a pas de projets immobiliers possible - c'est la partie entre la zone du club hippique et celle de Montbrun -. Les prix sont déterminés à un prix bas (pas constructible). Les petits propriétaires ont été obligés de vendre. Les sœurs sont un gros propriétaire et font déjà une gestion, elles font des coupes de bois, mais ne sont pas libres de couper 10 hectares d'un seul tenant par exemple. Elles ont récupéré des parcelles par l'échange (remembrement), ce qui les a un peu coincées. Maintenant, elles ont un grand bloc, il faut qu'elles fassent un plan de gestion. Les sœurs ne sont pas un propriétaire comme les autres : pour prendre une décision, elles sont sous la tutelle de la préfecture, la tutelle curatelle du ministère de la défense, du ministère de l'intérieur, c'est un peu compliqué. Elles pourraient décider de clôturer leur parcelle - mais ne le souhaitent pas-.
Par contre, pour le département, les lois qui s'appliquent à cet espace forestier sont :
-l'EBC (Espaces Boisés Classés),
-les lois sur les ENS (Espaces Naturels Sensibles), qui comprennent un volet " social, ouverture au public, etc. ",
-puis bientôt également sous le régime forestier (code forestier).
Ce sont plusieurs empilements de protection, le code forestier étant le plus ancien (1827), qui impose un gestionnaire (l'ONF). Patrick Mousset voit s'élever des débats et discussions à propos des coupes de lauriers, des coupes de bois, et il explique qu'il agit en tant que gestionnaire, comme un chef d'orchestre, il n'agit pas de son propre chef, son travail est cadré au sein du plan de gestion qui définit son action : il détermine l'habitat pour un chêne-liège par exemple, donne des recommandations sylvicoles, qu'il faut harmoniser, elles ne sont jamais la recette parfaite pour chaque parcelle. La strate arborescente, c'est le pin, chêne-liège, chêne pédonculé, puis il y a la strate arbustive, l'arbousier, l'ajonc d'Europe, l'aubépine, la bruyère, la bourdaine, les ronces, puis la ciste à feuilles de sauge, la salsepareille. Donc on voit bien ce qu'est l'habitat, il faut donc essayer de contrôler toutes les plantes un peu exogènes, qu'on ne pourra pas éradiquer totalement.
S'ajoute à ces obligations celles de la non pollution de la zone de captage d'eau potable, autour de laquelle il est interdit d'utiliser des herbicides.
Les mimosas sont jolis, mais on ne raisonne pas en ces termes, d'autant qu'ils ne vieillissent pas bien, ils se cassent, ils pourrissent. Patrick Mousset préfère le jaune du bouton d'or, du genêt à balais.
Donc dans les grands objectifs, il y a un plan de gestion. L'ONF va faire un aménagement forestier plus pratique, qui va régler notamment les coupes de bois. Si on ne fait rien, la forêt vieillit, et cela pose un problème par rapport à la fréquentation du public : on ne peut pas faire une réserve biologique forestière. Patrick Mousset montre les grands objectifs du plan de gestion (gros livre), c'est son outil pour travailler : 4 grands objectifs :
1)Favoriser une mosaïque de milieux écologiques (ex. fougeraies) - Pérenniser la forêt - Couper les plantes invasives grâce à l'association de réinsertion la Mifen d'Urcuit - Il a essayé de trouver des démarches, car il y a tellement de plantes invasives qu'on ne sait pas par où attaquer - pour l'instant ils traitent les lisières et les voies principales, idem pour le Lazaret, lisières et bordures de la piste en béton - c'est bien un objectif qui est cité dans le plan de gestion - (ce n'est pas Patrick Mousset qui décide - les riverains ont vu ses collègues, ses prédécesseurs, planter des mimosas et lui qui les coupe : ils ne comprennent pas - son action fait bien partie d'un objectif pour restituer cet habitat).
2) Assurer la conservation et la protection de la valeur du site : travail avec des sujets tuteurés de l'université de Montaury, des étudiants en licence qui ont travaillé sur les chauve-souris, ils vont essayer de travailler tous les ans avec des gens qui vont améliorer la connaissance du milieu, avec l'université
3)Créer un observatoire du Pignada : pas encore fait
Un des objectifs est de conserver les arbres morts : dans la forêt, en deux endroits, les étudiants ont circonscrit un îlot de sénescence dans un endroit où il n'y a pas de chemin ouvert au public. L'ONF n'y fera rien, si ce n'est couper les espèces invasives. On laissera les arbres vieillir, tomber, car cela fait partie des objectifs naturalistes, pour conserver de la biodiversité. On a une perte de diversité en terme animal, de champignons ou certaines plantes, quand on coupe les arbres trop tôt. Exemple du pique prune, espèce protégée de coléoptère, qui a fait tant débat lors du projet de barrage de St Pée sur Nivelle (" Lurberria, un projet de barrage pharaonique à fort impact environnemental.
Extrait d'un article paru dans le n° 225 - mars-avril 2006 du Courrier de la Nature par Hervé BRUSTEL
Les pluies torrentielles du Pays Basque ont été dévastatrices, notamment en 1983 pour les installations réalisées en zone inondable dans la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle. Cette crue exceptionnelle a été l'événement déclencheur du projet de barrage de Lurberria. Mais l'étude d'impact omet d'indiquer que le barrage est projeté dans un site susceptible d'être inscrit au réseau Natura 2000 et qu'il irait à l'encontre de plans de restauration d'espèces en régression à l'échelle européenne, comme le vison d'Europe, ou très rares comme le pique-prune, qui ne vit que dans les cavités, les terreaux, les très vieux arbres.
Dans les arbres, les cavités, il y a aussi les pics, les pics cavernicoles, il y a 40% des animaux forestiers qui vivent dans les trous des vieux arbres. Si on les enlève, a priori, ils disparaissent. Il y a des arbres qui tombent aussi, pas forcément de vieillesse, et qui dépérissant sur le sol.
4)Favoriser l'ouverture du massif afin de faciliter son accès à la population et son usage. La chasse est toujours autorisée. Pendant un temps les chasseurs entretenaient les chemins, faisaient de la gestion. Un des problèmes de la forêt, c'est le partage entre ses usagers. Il y a une chasse de tourterelle (en septembre) et quelques anciens qui chassent le lapin et la bécasse, quelques jeunes encore, l'adjoint au maire qui chasse la bécasse, qui est né là. Il faut comprendre, par rapport aux nouveaux arrivants, c'est qu'on passe d'une commune rurale à une commune résidentielle, mais il y avait un loisir ancestral pour certains qui était la chasse. Patrick Mousset n'est pas chasseur, mais il ne voit pas pourquoi on accuserait ce loisir d'être ringard et qu'on imposerait à sa place de faire du surf ou du roller. Côté danger - côté partage. Les chasseurs gèrent aussi le lapin dont la multiplication pose problème : le golf est content que les chasseurs le régulent, car les lapins font des détériorations. Il n'y a pas beaucoup de chasseurs, et pour l'instant cela s'est toujours bien passé. C'est la société de chasse St Hubert qui gère la réserve et s'occupe des chasseurs de St Jean de Luz à ici. Ils ont plusieurs gardes-chasse.
Ce problème, le partage des usages, se pose aussi sur ces voies classées voies vertes, fréquentées par les cyclistes, handicapés, piétons : théoriquement, tous les chiens devraient être tenus en laisse, ce qui n'est pas le cas. Une dame est tombée, elle a porté plainte. Tant qu'il n'y aura pas eu d'accident ou qu'un chien aura mordu un bébé, les gens n'accepteront pas de les attacher. En dehors des voies, un chien ne doit pas divaguer.
C'est la réglementation, qui peut être appliquée par Patrick Mousset ou la police municipale.
Pour attraper une moto qui passe, c'est difficile. Il faut les courser, mais si on les fait tomber, on est responsable de l'accident. Il vaut mieux essayer de convaincre.
En fait, il y a plutôt de l'autodiscipline, les gens font un peu la police eux-mêmes. La veille, Patrick Mousset était avec l'exploitant de la coupe de bois, ils étaient quatre et avaient pris le 4x4 de l'exploitant, et roulaient sur la zone du parcours sportif. Des promeneurs les ont apostrophés, et il a dû sortir de la voiture pour aller s'expliquer et dire qu'il accompagnait l'acheteur de la coupe de bois. Au Lazaret, c'est pareil, les gens font un peu la police. Il y a aussi des gardes à cheval l'été qui font de l'information. Il est prévu de faire des opérations programmées tous ensemble, et s'ils constatent des infractions - un cavalier, une moto, un chien non tenu en laisse -, il y aura un PV et cela se saura. Actuellement les chevaux vont partout, il y a des plaintes, il faut recadrer tout cela. Il vient de rouvrir tout le chemin équestre autorisé, il fera un panneautage provisoire, mais tant qu'il n'y aura pas eu de remise en ordre, il y aura des gens qui feront comme s'ils ne savaient rien.
5)Les coupes de bois ne sont pas toujours pas bien perçues. Le but (inscrit dans le plan de gestion), c'est de passer d'une futaie régulière à une futaie irrégulière. Lors de la coupe, des arbres sont laissés en place, les petites trouées seront enrichies en arbousiers et chênes-lièges. Il faut mettre des arbres plus jeunes, de façon à avoir, à terme, des arbres de tous les âges et de toutes les essences sur une même parcelle. La gestion classique, c'était de faire une plantation de pins alignée, au bout de 50 ans on les coupait, et on recommençait. L'avantage de la gestion actuelle, c'est qu'au niveau paysager, cela bougera dans l'espace. Les vieux arbres ne seront pas toujours au même endroit.
Et puis il y a la fonction assignée à la forêt d'en tirer des revenus : la mairie d'Anglet a vendu une coupe 17 000 €, plutôt que de laisser vieillir les arbres et de les laisser tomber et pourrir par terre. L'an prochain, cette autre parcelle sera aussi passée en coupe (toujours en laissant des arbres en place). Sur la parcelle suivante, il y a eu régénération naturelle des pins, ce qui explique que les arbres soient plantés de façon irrégulière. Là, l'ONF a fait passer le girobroyeur. L'employé a pour consigne de circuler autour des arbres en laissant en place les arbustes et jeunes arbres, en application des mesures sylvicoles de l'habitat. Les arbres sont marqués. Problème, on trouve beaucoup d'arbousiers à plusieurs brins car la commune faisait faire un girobroyage de toute la forêt, ainsi, tous les trois ans, la régénération était réduite à néant.
Aujourd'hui, on veut que les chênes, les arbousiers, soient maintenus et contournés. Après, on va enrichir, replanter des arbres, et girobroyer avec précaution. On va repartir sur un grand programme. Cette année, il y a quand même 3000 arbres qui ont été plantés. Patrick Mousset n'aime pas cette communication d'annoncer qu'on " coupe 1000 arbres et on en replante 20 000 ". La gestion forestière, ce n'est pas que de la mathématique comme ça. Après, on peut toujours le dire, qu'on replante toujours plus d'arbres qu'on n'en coupe. Quand on laisse la génération naturelle, on en coupe peut-être 100 à l'hectare et il en repousse 100 000 à l'hectare. Là on voit qu'il y a quelques micro trouées, mais il reste pas mal d'arbres. Voici une autre plante invasive, l'herbe de la pampa. On va devoir la dessoucher, c'est très difficile de s'en débarrasser. On la repère et la Mifen vient les arracher.
Là-bas, voilà la machine (verte) qui coupe les arbres, c'est une tête abatteuse à axe horizontal. Le bois a plusieurs destinations. En termes de vente, le client décide de l'usage. Pour chaque proposition d'achat, il y a contrôle immédiat de la solvabilité du client. Au point de vue de la sécurité, il y a des bandes de sécurité, beaucoup de bornes à incendie, c'est un massif très bien équipé, les pompiers disent que c'est le massif le mieux équipé qu'ils aient jamais vu, avec un risque peu élevé d'incendie, car le taux d'humidité est très fort, comparativement au Sud-Est de la France. Le risque le plus élevé est vers le mois de mars, quand il y a des vents du sud qui dessèchent. La politique de passage à l'épareuse (débroussailleuse, taille-haies) mise en place offre une bonne protection. Au point de vue biodiversité, les éclaircies permettent le passage des insectes. L'an dernier, il a eu à Montbrun beaucoup d'éclosions de libellules, des trentaines de libellules déposées sur toutes les ganivelles (petite palissade en lattes de châtaigner disposée sur le littoral sableux qui sert à piéger la sable), des papillons. Les libellules chassent, elles peuvent aller très loin, il n'y a pas besoin de mare très proche. Vers octobre-novembre, il a repéré deux variétés. Il y en a qui passent l'été, des très grosses. Il essaiera d'en attraper cette année pour les identifier. Quelques unes sont migratrices.
Ce qui a été fait, de part et d'autre des voies principales, dans un but paysager, c'est une bande de 4 mètres qui a été dégagée, et pour éviter un effet mur vert à 4 mètres ou à 2 mètres, Patrick Mousset a demandé aux forestiers d'effectuer un travail à la débroussailleuse avec un système non linéaire : ils nettoient autour de massifs en coupant les ronces pour dégager les chênes-lièges afin de dégager une vision un peu pénétrante dans la forêt et amener un peu de diversité au niveau paysager. Ce travail a été effectué sur toutes les parcelles. Actuellement, il y a un bon équilibre. Il va falloir recouper le laurier qui a repoussé (plante invasive).
Dans ce secteur, il y a beaucoup de chênes-lièges, avec de très anciens et une régénération de chênes-lièges assez spectaculaire. Ils poussent très lentement, moins vite que les chênes habituels, puisqu'ils sont dans des sols pauvres, le sable.
L'ONF a fait un gros travail, tout en manuel, pour dégager sans raser. Quelques pins seront peut-être coupés. Chiberta devrait devenir comme cette parcelle, exemple de biodiversité. Mais elle comporte encore une futaie de pins très hauts qui ont tous le même âge. Il faudrait que les pins soient un peu plus déséquilibrés. C'était l'essence qui était cultivée, donc ils ont été régénérés en même temps. Par contre, les chênes-lièges sont en futaie irrégulière, avec des vieux, des petits, des moyens. Pour avoir le paysage que l'on recherche, il faudrait la même gradation pour les pins.
On a trouvé un lapin mort. Peut-être la myxomatose, il y a des chouettes aussi qui les mangent. On peut étudier dans ce milieu tout plein de choses, cela peut être les mousses, les insectes, dans des vieux troncs comme ça on trouve des choses. C'est pour cela qu'il y a une politique de bois mort. On sait qu'il y a une relation entre le volume de bois mort à l'hectare et une certaine richesse biologique (étude faite par les étudiants universitaires), par rapport aux insectes. Les termites ont leur cycle. Ils vont vivre, mais resteront dans les arbres morts sans se répandre dans les maisons. Au Lazaret, on a repéré un insecte qui n'était connu que dans le Caucase, qui remonte aux ères glaciaires. Au dégel, les populations ont été coupées les unes des autres et il est resté isolé. Le Pays Basque, les Landes, aux époques glaciaires, demeuraient un lieu de passage disposant d'un microclimat moins rude.
Ce nouveau plan de gestion n'empêchera pas de continuer à vendre quelques produits (coupes de bois) pour favoriser la régénération, le rajeunissement de la forêt. Un chêne-liège, c'est beau. S'il y en a partout, il pourra peut-être se vendre comme bois de chauffage. En ce qui concerne le liège, une association cherche à le relancer dans le sud des Landes pour l'exploiter. Mais ce n'est pas le premier liège qui est de qualité, c'est le second liège. Le chêne pédonculé se retrouve dans des petits ravins plus importants. Il a fait nettoyer un autre petit ravin pour arriver à l'îlot de sénescence. Le chevreuil est toujours là, il y a un couple avec des petits, dont l'un est mort.
Un chêne pédonculé a poussé juste à côté d'un chêne-liège. Il faudra faire tomber un pin ici pour faire un peu d'espace à ces chênes. Le liège est classé dans la littérature technique comme héliophile, ayant besoin de beaucoup de lumière, et les spécialistes ont été surpris de le voir pousser ici sous les pins et avec un peu d'ombre. Il y a des sujets très grands : dans le Midi de la France, s'ils atteignent 10-11 mètres, c'est déjà beau, alors qu'au Lazaret ils font 16-17 mètres, c'est là-bas qu'ils sont les plus beaux.
La difficulté pour l'ONF, c'est de concilier les grands objectifs de protection, de sensibilisation, d'accueil du public, l'aspect social, ce n'est pas évident de trouver la bonne alchimie, de pouvoir accueillir tous les publics. Parmi eux, l'intolérance règne souvent, l'un ne veut pas voir un seul cheval, ou bien les chiens, ou refuse la coupe des arbres, etc. C'est la raison pour laquelle Patrick Mousset a répondu favorablement à la demande des Amis-Chemins de mener une visite commentée de la forêt afin de faire de l'information auprès des associations. Le milieu forestier n'est pas bien connu.
Patrick Mousset s'occupe également de sylvo-pastoralisme, de relations avec les éleveurs, et il a souvent ce débat, l'agriculteur pense qu'il n'y a que lui qui a une vocation économique, les gens ne savent pas l'importance de la forêt et considèrent qu'il ne s'agit que d'une activité dérivée.
Coupes de bois. Patrick Mousset n'est pas forcément pour les coupes de bois, il est un naturaliste, mais il a conscience que, quand on vend du bois, on génère des emplois. Il faut savoir qu'il y a plus de gens qui travaillent dans le bois que dans l'automobile en France. Le problème, c'est que c'est un emploi diffus parmi une myriade d'entreprises. L'acheteur de la coupe de bois est navarrais, il n'est pas français. En fonction de la qualité du bois, il découpe dans des dimensions différentes et cela va dans des scieries différentes, en papeterie, pour de la volige, du bois de sciage : 3 grandes catégories de bois, qui se répercutent dans le prix (4,50m pour la charpente, 2m pour la papeterie, etc.). Tout est lié à l'appareil industriel, les dimensions sont en fonction des machines. Cette activité ne se voit pas, il n'y a pas d'industrie visible, les acheteurs prennent le bois en différents endroits, un peu à Chiberta, un peu dans les Landes…
Eau potable. Station de pompage de la Lyonnaise des eaux. Sous Chiberta, il y a une nappe phréatique à l'eau très pure, c'est pour cela qu'il est interdit d'utiliser des produits chimiques, même pour la sylviculture, c'est possible au Lazaret mais pas ici. C'est dommage qu'il n'y ait pas une signalétique pour informer le public sur cette ressource en eau potable à Anglet. La majeure partie de l'eau potable vient de la Nive.
Fréquentation marginale. Ici c'est une zone de rencontres entre hommes, ils laissent tout dans la nature, la police est intervenue pendant 6 mois puis on leur a dit d'arrêter. Ce qui pourrait être interdit, c'est de faire de la publicité sur Internet en mentionnant la forêt de Chiberta comme lieu de rencontre. Problème des jeunes garçons qui se prostituent. Scènes aussi plus hard. Il faut tomber sur des flagrants délits (exhibitionnisme). Laissent aussi des seringues. Une plantation de cannabis a été trouvée dans un coin. Patrick Mousset a dû les informer de l'imminence d'une coupe de bois dans le secteur, afin qu'ils prennent leurs dispositions et ne soient pas dérangés en pleine occupation.