
Le
jardin du cacao
Le mercredi, nous décidons de prendre la « traversée », route qui permet de passer d’un côté à l’autre de Basse Terre en passant par le parc national de Guadeloupe (forêt tropicale protégée et préservée). Après avoir visité une chute au pas de charge, à quelques centaines de mètres de la route, nous entrons dans le parc des « Mamelles », qui nous déçoit un peu, après le merveilleux jardin de Valombreuse, et nous atteignons la côte sous le vent, où nous faisons le tour très instructif du jardin du cacao. Son nom vient à l’origine du dieu des Aztèques, Quetzalcoatl, le serpent à plume. Il est devenu « xocoatl », qui s’est transformé en « chocolate ». N’ayant pas mis le pied dans le musée du chocolat de Biarritz, c’est en Guadeloupe, dans ce jardin du cacao, que je découvre la raison pour laquelle il y a tant de chocolatiers à Bayonne. Les indiens l’avaient fait goûter aux Conquistadores qui, après quelques réticences, ont appris à l’apprécier et en ont réservé l’usage exclusif aux nobles et à la cour du roi. Puis l’ Inquisition chassant les juifs, ceux-ci se réfugient en France, en passant tout d’abord par Bayonne, où quelques uns s’installent en 1609, relégués dans le quartier St Esprit où ils bâtissent leur synagogue et introduisent le chocolat pour la première fois en France.
En
1928, une tornade détruit la majeure partie des cacaoyers de l’île (ou cacaotiers).
En trente ans, leur culture est abandonnée.
Je découvre que le chocolat
est un produit très élaboré. Il fallait en avoir l’idée, de casser la cabosse
(fruit du cacaoyer), séparer les graines de la chair blanche, les mettre
à macérer entre des feuilles puis les torréfier (comme le café), les écraser
jusqu’à en faire une pâte compacte qui est moulée en petits cylindres.
La
Guadeloupéenne à la fin du parcours nous redit avec enthousiasme tout le
processus de fabrication, tout en nous préparant un godet de chocolat chaud :
râper la pâte de cacao, à laquelle on ajoute du sucre de canne (ou du miel),
un zeste de citron vert, et faire bouillir avec de l’eau (surtout pas de
lait, qui ne sert qu’à rééquilibrer l’onctuosité si on a extrait le beurre
de cacao des fèves). C’est délicieux, et le goût en reste dans la bouche
jusqu’au soir.
Elle
nous explique également toutes les étapes qui ont permis de parvenir au
stade du chocolat à croquer, grâce à des hommes qui ont donné leur nom prestigieux
aux marques.
Au retour, nous nous
retrouvons coincé dans un gigantesque bouchon, dans les voies rapides autour
de Pointe à Pitre. Il paraît que c’est comme cela matin et soir, nous ne
nous en étions pas aperçus jusqu’à maintenant parce que nous roulions en
dehors des horaires fatidiques. C’est
toujours pareil : l’activité est trop concentrée sur cet endroit, où
les gens viennent de loin pour travailler. Avant,
c’était Basse-Terre, la ville située tout au sud de la partie de l’île du
même nom, qui avait la prépondérance. Mais elle n’est plus qu’un centre
administratif, toute l’activité économique s’étant déplacée vers ce « petit
cul de sac marin » (nom de la baie de Pointe-à-Pitre où se niche son
port maritime où se côtoient les gros paquebots et les petites barques de
pêcheurs).
Nous nous détendons
en marchant le long des plages, où j’admire l’habileté de grands oiseaux
de mer aux ailes coudées et profilées qui parviennent à rester immobiles
en suspension dans l’air au-dessus des palmiers, malgré les rafales de vent
qui me bousculent. Deux Guadeloupéens passent à côté : « Tu veux
que je te prenne en photo ? – Non, je préfèrerais savoir le nom
de ces oiseaux. – Des « mal-finis » ! - C’est une blague ?
– Non, c’est bien comme çà qu’on les appelle ici, mais j’ignore le nom qu’on
leur donne en France ! ».
Les oiseaux étirent
leurs pattes en arrière (comme les cigognes) et s’en servent de balancier,
les écartant parfois en une queue fourchue. Je pense qu’ils sont de la famille
des pétrels.

