Découverte
et farniente
Le lendemain matin, un dimanche, je suis réveillée tellement tôt (quatre ou cinq heures, heure locale, soit six de plus en métropole), que dès six heures, je pars en quête de notre petit déjeuner. Le problème, c’est que nous sommes arrivés le jour de la fête de l’abolition de l’esclavage, et nous ne savons pas si les magasins ouvrent aujourd’hui. Je trouve une boulangerie avec une charmante boulangère créole et, tout en mangeant mon croissant et mon pain au chocolat et en entamant la baguette, je continue ma route vers l’épicerie. Peine perdue ! Seuls deux blancs attendent devant, l’heure d’ouverture indiquée est sept heures, mais le rideau de fer reste clos. Je retourne sur mes pas et me recouche, épuisée par la chaleur naissante, tandis que Jean-Louis tente sa chance à son tour, avec plus de succès. Nous prenons quand même notre petit déjeuner au restaurant de l’hôtel, mais, vu le prix exorbitant, forfaitaire quelle que soit la quantité consommée, nous ne renouvelons pas l’expérience.
Une
fois sustentés, nous partons à pied en direction du fort qui donne son nom
à notre quartier (Bas-du-Fort), construit comme celui de Fontarrabie, à
l’intérieur d’une colline et enterré sous un bosquet de flamboyants en fleurs :
seuls restent visibles les remparts, le haut de citerne et un petit bâtiment,
fermé, qui doit servir d’accueil pour les touristes. L’heure du déjeuner
arrive et nous partons en quête d’un restaurant : tout est fermé. Nous
réalisons que nous sommes en période creuse, avec très peu de touristes,
et par conséquent, très peu de restaurateurs en activité. Durant tout le
séjour, ce sera galère pour trouver de quoi manger à l'extérieur. Le restaurant
de l’hôtel est également très cher, mais, à sa décharge, excellent, et nous
n’y dînerons que 2 fois. La kitchenette de l’appartement n’est pas équipée
pour faire de la grande cuisine, pas de hotte aspirante et, en outre, il
faudrait acheter tous les aliments, y compris sel, poivre, condiments, etc.
Nous trouvons à manger
à la plage aux palmiers, très belle, que nous avions découverte la veille,
et qui est semi-privative pour les clients de l’hôtel situé tout le long.
J’ai peur que le vent nous fasse tomber une noix de coco sur la tête :
çà doit bien arriver, quelquefois, puisqu’on en trouve par terre, et on
doit le sentir passer ! Nous nous sommes installés à l’endroit
repéré la veille par mer calme, dans une petite crique parsemée de rochers
aux formes bizarres. Mal nous en prend ! Nous réalisons que le vent
a fait lever les vagues et que la plage est recouverte de coraux qui nous
écorchent les pieds.
Nous nous réfugions
sur l’autre baie, plus fréquentée, mais qui dispose d’une plage de sable
fin abritée du ressac par une barrière de corail.
Le
manège d’un petit groupe de Guadeloupéens m’amuse : une femme d’un
certain âge arrive, en costume local, grande robe à carreau (madras) et
chapeau de feuilles de palmier vert, accompagnée d’un homme au visage parcheminé
et de deux jeunes femmes. Le vieil homme porte un seau fait de planches
comme un tonneau, mais pas galbé, surmonté d’une manivelle, évoquant un
gros moulin à poivre, qu’il tourne avec énergie, assis sur le bord d’une
chaise longue, sous une paillotte. La marchande verse des grains blancs
en pluie et commence à servir aux clients une crème blanche versée dans
un godet en plastique : il s’agit de sorbet à la noix de coco fait
maison. Je lui demande la recette. Elle est simple : lait de coco et
citron vert, que l’on verse dans le récipient intérieur (celui qui tourne)
et glaçons mélangés à du gros sel dans l’intervalle entre les deux seaux
pour refroidir le mélange. C’est délicieux et rafraîchissant.
Ensuite, lorsque sa
réserve de sorbet est épuisée, elle sort d’un panier recouvert d’un linge
multicolore un gâteau dans son moule, qu’elle découpe, et elle passe entre
les chaises longues pour proposer son goûter : c’est bien plus sympathique
que les éternels beignets-abricot de nos plages.
La pluie chasse tout
le monde et nous retournons à l’hôtel.
Le lundi, le temps ne s’améliorant pas, nous décidons de louer une voiture et de partir visiter l’île-papillon : la Guadeloupe est composée de deux îles, une plate et la plus peuplée, appelée Grande-Terre, très cultivée, et l’autre montagneuse et plus déserte, nommée Basse-Terre, sur laquelle s’élève le volcan de la Soufrière. J’ai demandé aux Guadeloupéens la raison de cette appellation étonnante (Basse-Terre pour la partie la plus élevée de l’île), et aucun n’a pu m’en donner.
Vue d’avion, la Guadeloupe fait penser à un papillon aux ailes déployées, et tous les magasins en vendent, en diverses matières, comme décoration murale.

