Le
Gosier
Nous arrivons au village du Gosier (tous les noms de lieux sont très pittoresques), où se trouve notre hôtel, en bordure de la marina de Bas-du-Fort qui est le point d’arrivée de la Route du Rhum (course de voiliers). Les bateaux qui y sont amarrés me paraissent bien plus grands que ceux de nos ports de plaisance basques : il y a d’immenses catamarans, et aussi une navette qui amène « au bout du monde » (c’est un restaurant sur l’îlot du Gosier, situé légèrement au large, qui attire des foules entières d’indigènes et de touristes : des centaines de personnes par repas !).
Nous
sommes un peu déçus de l’allure un peu dégradée des façades de l’hôtel,
composé de petits immeubles de trois étages entourant un espace vert, un
parking, une piscine et un bar-restaurant-salle d’accueil : il faudrait
peu de choses pour que l’endroit soit parfait, mais il semble que les intempéries
fréquentes (cyclones, volcan, vents et pluies violents, corrosion par l’air
marin) et peut-être aussi un certain laisser-aller contagieux, la fameuse
indolence des îles, découragent les propriétaires de subvenir à l’entretien
régulier des bâtiments. Enfin, par rapport à tout ce que nous venons de
voir en chemin, c’est déjà le super luxe.
Après une sieste bien méritée (nous nous sommes levés à 5 heures du matin et sommes arrivés à 2 heures 30 de l’après-midi, heure locale, c’est-à-dire 8 heures du soir, avec seulement une demi-heure de retard et les excuses réitérées de l’équipage et du pilote), nous partons à pied explorer les environs immédiats.
Après
la laideur des bâtiments de la banlieue de Pointe-à-Pitre, nous sommes choqués
par la crasse des alentours du port de plaisance et du bord de mer. Il s’agit
d’une marina mondialement connue, mais aucun entretien régulier ne semble
assuré, les gens (les autochtones, pas les touristes ! je les ai vus)
y jettent leurs détritus, le chemin qui longe la baie n’est pas aménagé,
envahi d’herbes et creusé d’ornières. Il est vrai que nous sommes installés
de l’autre côté de la double baie, face à la partie commerçante qui monopolise
toute l’animation et les finances consacrées à l’aménagement touristique,
nous sommes donc en principe dans un endroit plus retiré et plus calme,
mais ils pourraient assurer un minimum de soin autour des hôtels.
Nous
repartons dans l’autre sens, en direction de la plage. Jean-Louis est dégoûté :
nous trouvons un cadavre de chien le long de la berge bétonnée à moitié
écroulée dans la mer, et également des déchets en tout genre. Pourtant,
quelques personnes s’y baignent (pas des touristes, évidemment). Ce qui
m’amuse, ceux sont les vaches : attachées par une chaîne, éloignées
de dizaines de mètres l’une de l’autre, trois vaches tondent l’herbe chacune
en cercle autour de son piquet. Elles ont des cornes en forme de lyre qui
évoquent celles des buffles, assorties comme eux parfois de hérons pique-bœufs
blancs qui picorent à leur côté (je n’en ai jamais vu sur leur dos pendant
ces huit jours). Nous trouverons ces ruminants partout : en bordure
de route, près des maisons, et partout où cela est possible, même si nous
estimons que certains pâturages seraient plus appropriés pour des chèvres,
tant l’herbe est parfois sèche et rase. Nous en verrons également, de même
que des « cabris » (nom local donné aux chèvres sur les menus
des restaurants), plus vers l’intérieur, accompagnées de volaille. Cela
me fait penser à l’image que je me fais de l’Inde, sauf qu’elles ne se promènent
pas au milieu de la route et qu’elles ne vagabondent pas librement.
Nous retournons à l’hôtel dans le noir le plus complet, en faisant attention où nous posons nos pieds, et en choisissant le bord de la route plutôt que le bord de mer, pour ne pas trébucher sur n’importe quoi. Il n’y a pas de trottoir, les quelques lampadaires dispensent une lumière parcimonieuse, et du verre brisé jonche par endroit le bas-côté.

