
La
Plantation Café
Le vendredi, nous décidons d’aller visiter une bananeraie, « La Plantation Café », et la distillerie Longueteau, toute proche, que nous avons repérée la veille, non loin de Petit-Bourg, sur Basse-Terre.
Nous faisons d’abord
un tour dans le verger planté de bananiers du monde entier, très différents
les uns des autres, puis nous nous joignons à un groupe venu par bus et
montons sur la carriole tirée par un tracteur. Nous
montons la colline en admirant la vue sur la mer au loin. Les régimes de
bananes sont entourés de sachets de plastique bleu, soigneusement scotchés
de façon hermétique à la tige et ouverts vers le bas, qui les protègent
des insectes et de la pluie. Notre guide (le chauffeur du tracteur) s’arrête
devant le mini-aérodrome d’où décollent les avions et hélicoptères qui traitent
les récoltes. Ce sont des pilotes de chasse à la retraite qui les conduisent
(ceux qui savent décoller et atterrir sur des pistes extra-courtes, comme
celles des bateaux de guerre).
C’est
un travail délicat et qui demande beaucoup d’adresse : récemment, un
avion s’est « scratché » dans les bananiers. Il ne faut voler
ni trop haut (sinon l’insecticide est perdu), ni trop bas (sinon les feuilles
de bananiers sont arrachées), la bonne hauteur est celle où les feuilles
se soulèvent pour que le produit se dépose dessous. Bien sûr, il ne faut
pas non plus qu’il y ait trop de vent, ni qu’il ait plu. Les six cents plantations
de l’île réunies en coopérative se partagent leurs services, et les avions
peuvent se poser sur trois points de l’île.
Le
travail de récolte est dur : un tracteur passe dans les travées et
les ouvriers agricoles, qui travaillent toujours deux par deux, doivent
porter sur plusieurs dizaines de mètres chaque régime de bananes, qui pèse
jusqu’à cinquante kilos. Un ouvrier coupe au sabre le régime qui est déposé
dans une barquette sur l’épaule de l’autre. Ensuite, il faut couper le bananier,
car il s’agit d’une herbe (le tronc est une simple feuille enroulée et gorgée
d’eau) qui ne produit qu’une fois. Mais attention, la hauteur de coupe est
importante :
si
le tronc est sectionné trop bas, les rejets mettront plus de temps à pousser ;
par contre, si on le coupe simplement au ras des feuilles, la réserve d’eau
qu’il contient profitera aux rejets, le temps qu’ils grandissent et puissent
s’alimenter eux-mêmes suffisamment. Il faut savoir qu’on ne sème pas les
bananiers : on utilise les rejets qu’ils poussent au pied du tronc.
Les ouvriers sont payés
à la tâche, c’est-à-dire qu’ils doivent récolter un certain nombre de régimes
de bananes (limité par le contingentement) et cette quantité équivaut à
8 heures de travail. Une bonne équipe peut arriver à l’expédier en moitié
moins de temps, mais le travail étant très pénible, l’un compense l’autre.
Notre guide insiste sur le problème du rhum : interdiction de boire
bien sûr pendant le travail, ni même pendant la semaine entière en principe
(les sabres sont extrêmement coupants et dangereux et les charges très lourdes
à porter) ; par contre, il paraît qu’ils se défoulent le week-end et
que le « ti’punch » coule à flot.
La
durée de maturation des bananiers dépend de l’ensoleillement et de la quantité
de pluie : trop de pluie, de même que trop peu, nuisent à une bonne
pousse. En principe, la rotation se fait environ sur onze mois.
Ainsi,
tous les six ans, les champs sont mis en jachère. La culture du bananier
alterne avec celle de la canne à sucre, pour ne pas épuiser les sols.
Notre mentor nous détaille
également l’évolution du régime de bananes. La fleur (énorme) pousse d’abord
vers le haut, cachée par les grandes feuilles. Puis son poids la fait basculer
en deux jours. Les pétales s’enroulent sur eux-mêmes les uns après les autres
et tombent, dégageant les « mains » de bananes (partie femelle
en haut, c’est ce qu’on mange, et partie mâle – les « doigts »
- vers le bas, afin qu’il n’y ait pas autofécondation). Je crois qu’il faut
près d’un mois pour que le régime parvienne à maturation.
J’ai demandé qui possédait les plantations : des Américains, des Français de métropole et des Martiniquais. Pas étonnant que les Guadeloupéens aient des cases aussi délabrées, faites de tôles et de planches mal ajustées, aux fenêtres sans vitre uniquement closes par des volets : ils ne possèdent rien sur l’île !


