Le
volcan de la Soufrière
Le
jeudi, nous nous levons à l’aube, et partons dès 6 heures du matin pour
le volcan de la Soufrière, suivant les conseils de nos nouveaux amis qui
y sont allés la semaine passée (durant laquelle ils ont eu un temps splendide,
contrairement à nous). Mal nous en prend : au bout d’une heure et demie
de route, nous arrivons en pleins nuages, le vent souffle et il fait froid.
Nous avons faille faire demi-tour parce que la route montait tellement que
la voiture a calé par deux fois : Jean-Louis
a laissé la voiture redescendre de quelques dizaines de mètres, et, avec
l’élan, nous avons retenté la montée. La deuxième tentative a été la bonne.
Seul un car rempli de bruyants passagers est stationné sur le parking. Jean-Louis
me houspille pour que j’enfile plus vite chaussettes, chaussures de montagne,
pull, survêt’ et k-way, pour suivre le groupe dans le brouillard. Ce qu’il
n’a pas prévu, c’est qu’ils suivent la route qui fait simplement le tour
du volcan, sans chercher à en atteindre le sommet. Nous passons devant une,
puis deux pancartes qui indiquent la montée sur la gauche, et, inquiète,
j’interroge des marcheurs qui nous croisent : effectivement, il faut
faire demi-tour et prendre la montée à partir du parking. Bon début !
Nous
nous décidons donc à monter seuls dans la tourmente et sans visibilité aucune.
Quand une averse violente se déclenche, Jean-Louis se tourne vers moi et
s’exclame, « Mais qu’est-ce qu’on fait ici ? ». Moi, je pense
à la ballade du « Cap Horn » que nous avions faite dans des conditions
semblables, et je continue à monter. La végétation est singulière, plus
basse bien sûr que dans la forêt tropicale, et j’essaye de mémoriser les
noms indiqués sur les panneaux destinés aux promeneurs : mangle-montagne,
siguine blanche, ananas-montagne (aux fleurs jaunes ou rouges), framboisiers,
sphaignes (mousses), lichens, fougères arborescentes et communes.
Il
s’agit d’un jeune volcan (100 000 ans). Au XIXième siècle, Pointe à Pitre
a été entièrement détruite par un tremblement de terre. En 1976, des explosions,
jets de roches et émanations gazeuses font craindre le pire pour le village
résidentiel de Saint Paul, situé juste au bas du volcan. Le gouvernement
décide de le faire évacuer (malgré l’avis contraire d’Haroun Tazzieff).
Au bout de quelques mois, les habitants retournent chez eux, le pire n’ayant
pas eu lieu.
Toutes les appellations
sur le volcan évoquent et mentionnent le diable. Au XIXième siècle, les
Guadeloupéens ont chassé jusqu’à leur extinction les diablotins,
pétrels qui avaient pour habitude de pêcher en mer et de nicher sur les
pentes du volcan. Le problème, c’est que la femelle ne pondait qu’un œuf
par an ! A ce rythme, ils n’ont pas pu résister aux prédateurs humains.
Arrivés
à la barrière qui interdit l’accès aux cratères, nous la franchissons allègrement
et découvrons un peu plus haut un panneau qui nous félicite d’être arrivés
jusque là ! La montée se poursuit, en suivant les balises jaunes au
sol, puis les poteaux coupés en biseau au méplat peint en jaune fluorescent
orienté vers le marcheur qui monte, afin qu’il ne s’égare pas dans le brouillard.
Le chien du parking qui nous a suivi continue également, malgré les émanations
sulfureuses nauséabondes que le vent rabat parfois sur nous. Arrivés au
refuge, le calme et le silence (relatif) soudain me donnent envie d’y rester,
mais l’immobilité nous refroidit rapidement et il faut repartir. Nous faisons
le tour de deux petits cratères, sans voir malheureusement le grand cratère
du sud qui est, paraît-il, le plus spectaculaire.
Nous
sentons néanmoins un souffle chaud nous caresser les mollets. Nous redescendons
par un chemin perdu au milieu de hauts buissons fleuris traversés comme
un éclair par les oiseaux butineurs (colibri ou oiseau-mouche), trop rapides
pour être saisis par l’objectif de l’appareil photo. Nous croisons deux
touristes en tee-shirts auxquels je signale les averses que nous avons subies.
Ils décident de tenter quand même l’ascension. En fait, pendant notre retour,
le temps s’est légèrement amélioré, et on commence à apercevoir entre deux
passages nuageux quelques brèves éclaircies. Il fait également un peu plus
chaud. Ceux qui font la montée à partir du moment où nous atteignons de
nouveau le parking auront plus de chance que nous et auront peut-être quelques
échappées sur la mer toute proche.
Pendant
notre excursion, un vendeur de noix de coco s’est installé au milieu des
voitures. Il a vidé sa camionnette sur le bitume et manie un grand sabre
avec dextérité tout en haranguant les promeneurs et en leur donnant rendez-vous
pour leur retour. Il fait l’innocent, imitant le langage et les manières
des anciens esclaves et accentuant son accent créole. Avec son bagout et
son entrain joyeux, tout le monde a envie de goûter au lait de coco et à
la chair onctueuse et fine de la noix non mature : un rafraîchissement
et un régal !
Nous
redescendons vers les plages du sud et découvrons une côte ravagée par le
dernier cyclone de novembre 1999 (celui qui est venu ensuite dévaster le
nord et le centre de la France en décembre). La route, entièrement défoncée
sur plusieurs kilomètres, est en voie de reconstruction. Nous nous arrêtons
sur le bas-côté et escaladons les enrochements récemment placés pour protéger
l’unique voie côtière. Des gens se baignent malgré la quasi-absence de plage :
avec la chaleur qu’il fait, nous en rêvons aussi et nous précipitons à l’eau
– pour en ressortir presque aussitôt, brûlés par le contact des filaments
de méduses invisibles. Nous reprenons la route à la recherche d’une mer
plus hospitalière. Nous finissons par nous asseoir sur la branche basse
horizontale d’un arbre, à l’ombre et au frais, dans une petite anse qui
abrite une école de voile. Les jeunes en planches à voile et catamarans
ont une maîtrise qui nous émerveille et nous restons un long moment à les
admirer.

