Pic du Néouvielle
Saint-Lary et la vallée d'Aure
Le
soir, nous retournons à Saint-Lary avec les enfants pour dîner,
mais le village, très touristique, est bondé et il est difficile
de faire manger ensemble une vingtaine de personnes à la fois : nous
devons patienter un temps infini sur la terrasse de la pizzeria en nous
gelant un peu dans l'air frais du soir. Serge s'inquiète tout d'un
coup : il ne trouve plus son portefeuille. Il passe une bonne partie de
la soirée à le chercher partout où il est passé,
avec l'aide de Richard qui le ramène au camping, puis il entreprend
des démarches par téléphone pour déclarer sa
perte (et celle de sa carte bleue). Quelle contrariété ! De
retour à son domicile, il trouvera sur son relevé bancaire
des sommes débitées d'une valeur légèrement
inférieure à 15 € et croira d'abord que des opérations
ont été effectuées par le voleur, et puis finalement
il s'avèrera qu'il s'agissait uniquement des frais d'opposition.
Nous
sommes étonnés de la beauté des maisons anciennes à
encorbellement de Saint-Lary, à l'apparence très cossue, aux
murs recouverts de galets soigneusement disposés, avec des arcades
ourlées de plaques de schiste martelé et des fenêtres
à meneaux, des toits d'ardoises, des poutres apparentes sur les façades.
C'est un village situé dans la vallée stratégique d'Aure
qui communique par trois vallées avec l'Espagne : les vallées
de Rioumajou, du Moudang et le vallon de Saux (qui se termine par le grand
tunnel d'Aragnouet-Bielsa). Témoignant de l'ancienneté de
la présence humaine en ces lieux, les grottes préhistoriques
de Gargas, à Aventignan (à 40 kms de Saint-Lary en aval) conservent
des peintures de mains mystérieuses cernées de couleurs datant
de 25 000 à 30 000 ans. A Cadéac-les-Bains se trouvent des
tumulus de l'âge de fer. A Peyre-Blanque, au-dessus du village de
Gouaux, il y a un site remarquable de pierres dressées. A Grézian,
on peut voir une croix celte dans le cimetière. Décrit par
César, le chemin de la Ténarèze reliait déjà
depuis la nuit des temps l'Aquitaine à la plaine de l'Ebre, via les
cols du Rieumajou. Les trois hospices d'Aragnouet, du Rieumajou et d'Agos
témoignent du passage des pélerins vers Saint-Jacques de Compostelle.
A partir de Tramezaygues, ces derniers passaient en Espagne, soit par le
Rieumajou, soit par la vallée de Saux et le port de Bielsa.
L'économie
de la vallée est fondée depuis des temps immémoriaux
sur l'élevage de bovins et d'ovins. Liée aux vallées
espagnoles, l'utilisation des estives (pâturages) était réglementée
par des traités de commerce et de bon voisinage. Dans la montagne,
les forêts fournissent le bois (Gouaux, Aspin-Aure), les carrières
de marbre (Ilhet, Beyrède, Sarrancolin), les torrents l'eau et l'énergie
(Guchen), les pâturages (Véziaux) l'herbe grasse pour les troupeaux.
Chacune de ces activités, depuis des siècles, façonne
le paysage de la vallée, les routes, chemins, sentiers, les canaux
d'irrigation et rigoles, les granges foraines qui marquent la moyenne montagne.
Plus haut, le milieu devient rude, domaine du minéral ( Arbizon)
et aussi de la végétation exceptionnelle aux espèces
endémiques (Réserve d'Aulon, Parc National des Pyrénées,
Réserve naturelle du Néouvielle). Les mines de manganèse
de Vielle-Aure aujourd'hui épuisées, à 2 km de Saint-Lary,
comportent un circuit touristique à travers les galeries souterraines.
Petite
anecdote à propos d'Ilhet : Cette commune voisine de Sarrancolin
est connue pour sa carrière de marbre. Ce marbre unique au monde
a été employé à l'Opéra Garnier, à
Versailles
, produit de luxe, les grandes stars du show-biz l'achètent
pour leurs somptueuses maisons.
Vers 1860, la pression démographique trop forte a raison d'un équilibre séculaire et provoque un spectaculaire exode rural. A cette même époque, afin d'augmenter le débit de la Neste et pourvoir les plaines du piémont en eau, il est décidé d'aménager les lacs du Néouvielle (Barrage d'Orédon de 1869 à 1884 - Cap de Long 1901-1919). Ces retenues vont aussi servir pour la production hydroélectrique. Cet effort d'aménagement et d'exploitation s'accompagne d'initiatives visant à préserver le patrimoine avec l'ouverture d'un laboratoire à Orédon (1922), puis de la réserve du Néouvielle (1935), ce qui représente aujourd'hui un enjeu pour la vallée, dont le dynamisme économique et démographique dépend des activités touristiques. En 1963, est créée la station de St Lary, en 1970 Piau-Engaly. Enfin, le percement du tunnel Aragnouet-Bielsa en 1976 a permis de désenclaver la Haute Vallée et de l'ouvrir à l'Espagne.


