4/11/98 - RECHERCHE DOCUMENTAIRE : ZONE HENDAYE - CAPBRETON

(suite)

MIGRATIONS ET ASTRONOMIE

Le maintien et la protection de zones humides comme le Marais d'Orx par le Conservatoire du Littoral permet de redonner vie à une flore et une faune qui tendaient à disparaître, du fait de l'appropriation des terres par l'homme.
En outre, ces zones servent d'étapes ou de lieux d'hivernage aux oiseaux migrateurs, et constituent des sites privilégiés pour l'observation et l'étude de ce phénomène des migrations qui reste encore un peu mystérieux.

BIBLIOGRAPHIE : Oiseaux (Documentation de la bibliothèque d'Anglet) - Atlas des oiseaux migrateurs (Jonathan Elphick - BORDAS NATURE) " - Géo n° 62 (avril 1984) - L'univers de la science -ASIMOV (lnterEditions)

Notes de lecture

CAUSE DES MIGRATIONS

Essentiellement, c'est le manque de nourriture qui pousse les oiseaux à migrer. Ils peuvent supporter un froid intense tant qu'ils ont à manger (ex : les pingouins et manchots). Dans le cas contraire, ils recherchent des régions aux températures plus clémentes.
Ex. l : Les insectes meurent quand il fait trop froid, ce qui incite les oiseaux insectivores à chercher sous d'autres latitudes leur nourriture (hirondelles).
Ex. 2 : Les oiseaux aquatiques ou de rivages n'ont plus accès aux végétaux ou animaux invertébrés et l'activité végétale est très réduite, ils sont donc également obligés de partir.

Nota : Les quartiers d'hiver sont stables car ils sont inscrits dans les gènes des oiseaux et ne peuvent se modifier que très progressivement.
En raison de la dérive des continents, il y a 50 millions d'années, l'Amérique du sud était à l 000 km de l'Amérique du nord, l'Inde à 2 000 km de l'Asie, et l'Afrique en contact avec l'Europe sur 5 000 km. L'Inde s'est soudée à l'Asie depuis seulement 30 millions d'années et l'Australie est isolée depuis 45 millions d'années.
C'est ainsi que les trajets les plus complexes à analyser sont ceux entre l'Eurasie et l'Afrique, car ils se sont mis en place il y a bien plus longtemps.
Pour la même raison, des oiseaux de l'est du Canada migrent vers l'Europe en passant par le Groënland, plutôt que d'aller vers le Golfe du Mexique.

Le phénomène migratoire a permis aux oiseaux de survivre malgré les fortes variations de température qui ont affecté la Terre.
Les plus récentes sont les glaciations du quaternaire (une demi-douzaine depuis deux millions d'années, les dernières il y a moins de 150 000 ans). Entre deux périodes froides, de fortes variations de température se sont produites durant des cycles de 50 000 à 100 000 ans, mais certaines en quelques décennies seulement. Ces conditions ont obligé les oiseaux à avoir un comportement migratoire d'une grande souplesse.

Nota : Les glaciations ont influé sur la différenciation des espèces d'oiseaux.
Ex : Une espèce d'oiseau vivant en Amérique du Nord s'est scindée en deux groupes lors de sa migration vers le sud, l'un migrant au sud-est, l'autre au sud-ouest de l'Amérique. Les glaciers ont empêché leur réunion durant une très longue durée, et chacun des groupes a évolué différemment. Ce processus a pu se répéter à plusieurs reprises, au cours des dégels et glaciations successifs, créant de nombreuses variantes de l'espèce originelle.

AMPLITUDE DES MIGRATIONS

La moitié des oiseaux migre, mais cela dépend de leur lieu de résidence. Une même espèce peut être partiellement sédentaire, seuls migrent les oiseaux vivant dans les zones les plus nordiques ou continentales, aux hivers rigoureux. Bien des oiseaux des zones tempérées, et la quasi totalité des oiseaux de la zone équatoriale sont sédentaires.
Ex : Chaque automne, 5 milliards d'oiseaux appartenant à plus de 200 espèces quittent l'Eurasie pour le sud du Sahara.

DESCRIPTION DES MIGRATIONS

Le comportement migratoire est inscrit dans les gènes.
Ex : Les jeunes coucous partent seuls, de nuit, sans leurs parents, jusqu'en Afrique tropicale et retour.

Les oiseaux ont deux horloges internes : - le rythme circadien (24 heures) - le rythme annuel.
Ils sont sensibles aux variations photopériodiques (durée d'ensoleillement), qui provoquent le développement ou la régression des glandes sexuelles des oiseaux (durant les séjours dans l'aire de nidification ou l'aire d'hivernage) - entre les deux, c'est la migration. Ils subissent de grandes modifications métaboliques (glandes endocrines comme la thyroïde et l'hypophyse).
Aux équinoxes (durée du jour égale à celle de la nuit), le système hormonal (glande de l'épiphyse) provoque des modifications physiologiques (mue, stockage de graisses) et l'agitation migratoire.
Les oiseaux migrateurs commencent à explorer le site sur un rayon de 50 à 100 km, pour le reconnaître au retour. Les gènes leur imposent une période de départ, mais pas une date précise. Celle-ci est variable en fonction des conditions atmosphériques (des nuages bas ou des vents forts retardent le départ). Un changement brusque de température peut les inciter à partir sur le champ.

Il y a en général deux migrations : celle d'automne et celle de printemps. Les oiseaux ont donc deux résidences, l'une de reproduction, l'autre de repos.

Les oiseaux terrestres européens sont sensibles aux variations lumineuses et thermiques, les oiseaux tropicaux aux saisons sèches et humides. Quant aux oiseaux équatoriaux, ils sont sédentaires et n'ont pas besoin de migrer.
Les oiseaux de haute mer prêtent importance à la situation des îlots et rivages où nicher, selon les ressources trophiques et les vents.
Les oiseaux de montagne se déplacent en variant l'altitude.

Le cycle migratoire est généralement d'un an (sauf par ex. l'albatros voyageur qui effectue un cycle de deux ans).

Entre l'Eurasie et l'Afrique, ceux sont surtout des migrations nord-sud. Il y a quelques migrations est-ouest pour les oiseaux qui veulent éviter les rudesses de l'hiver continental : ils profitent ainsi de la douceur apportée par le Gulf Stream. La péninsule ibérique sert de zone d'hivernage pour certains oiseaux Scandinaves (canards).

En Europe et pour la moitié nord de l'Afrique, les obstacles aux migrations nord-sud sont perpendiculaires : les mers, montagnes, déserts, ce qui engendre une concentration des flux migratoires sur les principaux cols et détroits (Gibraltar, Sicile, Balkans, Bosphore, Péninsule arabe), pour tous ceux qui vont vers l'Afrique sub-saharienne. Cependant, beaucoup d'oiseaux s'arrêtent dans la Péninsule ibérique et ne continuent pas vers l'Afrique.
Le Sénégal est le but de beaucoup de migrants européens : de septembre à février, c'est l'hivernage. Après, l'eau diminue, les oiseaux repartent.
80 % des 250 000 anatidés viennent d'Europe (spatules, hérons, flamands, anatidés, cigognes, limicoles, outardes, gangas, gelinottes, alouettes, calandres). Ichkeul, en Tunisie, leur sert d'escale.

Nota : Le Banc d'Arguin (Mauritanie) - II y a 7000 ans, c 'était le delta d'un grand fleuve. Il y avait la forêt, la mangrove. Aujourd'hui, c'est un désert aboutissant à des îles et presqu'îles. La nourriture des oiseaux est rythmée par les marées (ils dorment à marée haute et se réveillent tous à marée basse, quelle que soit l'heure).
Les oiseaux non marins égarés (vautours . . .) meurent de faim et de soif, car il n'y a plus d'eau douce.
Question : Les oiseaux y retournent-ils parce que ce lieu est inscrit dans leurs gènes et qu 'ils y allaient déjà depuis une époque antérieure à 7000 ans ?

Exemples de comportement migratoire :

- Canards plongeurs - fuligule milouin : Les mâles migrent d'abord - Les femelles et les jeunes après, ils sont donc obligés d'aller plus au sud, plus loin (les mâles ayant pris les places plus proches).

- Cigogne : en régression. Elle migre en planant : elle recherche les colonnes d'air chaud dues à l'insolation du sol en volant sur un large front (500 oiseaux sur 500 mètres) ; les oiseaux qui les trouvent montent en tournant et les autres les suivent. Elle évite les longs parcours au-dessus de la mer. Elle passe par le détroit de Gibraltar et le Bosphore et migre de jour en très grosses concentrations (particulièrement à l'est). Elle vole entre l 000 et 2 500 m d'altitude à 45 km/h jusqu'au sud du Sahara.

- Rapaces diurnes planeurs : même technique que les cigognes.

-Grues : Leurs passages sont repérés par radar et elles sont suivies en U.L.M. pour les étudier. Elles planent à 30 km/heure ou battent des ailes à 67 km/heure, suivant la portance. La grue cendrée est la plus connue : elle mange de petits animaux, des insectes, mais aussi et surtout des racines, tubercules, feuilles et tiges comme du trèfle, de la pomme de terre ou de l'herbe.

- Sienne d'eau douée ou guifette noire (vue au marais d'Orx). Les oiseaux aquatiques peuvent migrer de jour ou de nuit.

- Les coucous gris nichent en Europe (en jetant les œufs des passereaux). Les jeunes trouvent seuls leur chemin d'hivernage, en Afrique orientale.

- Martinets et hirondelles : insectivores. Ils mangent en volant et souvent dorment en volant : ils ne se posent presque jamais. Avant la migration, ils se réunissent dans les roselières (d'où la croyance qu'ils hivernaient dans la vase des étangs - illustration de 1555). Ils se nourrissent le jour et migrent la nuit.

- Limicoles (petits échassiers) : les plus connus sont le vanneau huppé et le chevalier gambette (celui qui court sur les plages d'Anglet devant les vagues ?).
Le bécasseau maubèche voyage 7 mois sur 12. Il niche en Arctique (Canada, Sibérie, Groenland) et migre en Amérique du sud et en Afrique du sud, en Australie et Nouvelle Zélande, ainsi qu'en Europe occidentale et au golfe du Mexique.

Nota : Ceux de l'est du Canada vont au nord-ouest de l'Europe, par le Groenland et l'Atlantique nord : ils conservent les itinéraires ancestraux (avant le glissement des plaques continentales).
Il augmente son poids de 50 %, surplus qui est entièrement perdu durant la migration, ce qui l'oblige à faire une halte en Islande pour se nourrir. Il effectue de 2 500 à 16 000 km de migration chaque année.

- Rouge-gorge : migrateur partiel. Ceux du nord de l'Europe viennent hiverner en France, Espagne, Portugal, Afrique du nord (migration de nuit). Le retour s'effectue en avril.

ORIENTATION

Elle a commencé à être étudiée depuis le siècle dernier seulement. Le marquage (baguage) des oiseaux a permis de repérer les routes.

Les oiseaux s'orientent en fonction de divers paramètres : Le soleil, les étoiles, le champ magnétique terrestre, la topographie, l'écologie, la météorologie, les odeurs, les sons. Lorsqu'ils vont hiverner, ils doivent voler dans la même direction pendant le temps voulu. Au retour, ils atteignent leur but à 10 ou 20 km près et examinent ensuite les repères naturels.
La mise en évidence des moyens utilisés par les oiseaux pour s'orienter s'est faite avec les expériences suivantes :

- au moyen de cages munies de miroirs déviant la direction des rayons du soleil : l'oiseau change de sens pour en tenir compte - son orientation d'après le soleil dépend de l'horloge interne de l'oiseau (annuelle / circadienne);

Nota l : A l'intérieur de l'oeil, le peigne, comme le style d'un cadran solaire, pourrait jeter une ombre sur le fond de l'oeil, ce qui donnerait une indication à l'oiseau sur la direction à suivre.

Nota 2 : Les oiseaux perçoivent la lumière polarisée malgré les nuages.

- avec des cages cerclées de spirales métalliques modifiant le champ magnétique : expérience sur des rouges-gorges qui modifient leur position pour tenir compte du "nouveau nord" ; - Les oiseaux possèdent des cristaux de magnétite dans le crâne au-dessus des narines

Nota l : Si l'on dispose une spirale métallique sur la tête d'un humain pour annuler l'effet du champ magnétique terrestre, il perd le sens de l'orientation.
Nota 2 : Le nord magnétique varie au cours des millénaires : les oiseaux s'adaptent au changement de polarité.

- en mettant un oiseau dans un planétarium (un bruant indigo) : le sol est piétiné dans une direction précise en fonction de la position de l'étoile polaire.
Nota l : A l'éclosion, les oisillons ne connaissent pas les étoiles mais décèlent l'axe autour duquel tournent les constellations.
Nota 2 : Cet axe n'est pas stable : actuellement, il est situé près de l'étoile polaire, dans 13 000 ans, il sera progressivement décalé de 47 °, là aussi, les oiseaux prennent en compte ces changements.

Les oiseaux perçoivent les infrasons engendrés par le vent sur les montagnes, ils utiliseraient l'écho de leurs propres cris renvoyé par le sol, ils perçoivent de petites variations de la gravité, ainsi que la force de Coriolis produite par la rotation du globe terrestre, ils utilisent également leur odorat pour s'orienter.
Ils retiennent également la topographie du trajet (rivières, montagnes, côtes), l'écologie (forêts, étendues d'eau), la météorologie (direction des vents dominants ou masses d'air de température et humidité différentes).