Le cirque de Cilaos

Levés à 6 heures, nous allons tous ensemble, à deux voitures (c'est plus confortable, et indispensable à neuf personnes), visiter le cirque de Cilaos. Il s'agit d'un ancien cratère du volcan dont la caldéra s'est effondrée. Moi, j'aurais cru que cela ferait comme la doline du Belchou, du genre marmite à fond plat. Mais non, en fait, il y a plein de petits pics partout, aux pentes très escarpées et très ravinées, où seul tient l'aloès (bouquet de longues feuilles grasses vertes lisses à la pointe effilée d'où s'élève un tronc vert qui porte au sommet des ramifications fleuries en pompons blancs qui donnent ensuite des graines en forme de dattes). Un "oued" (ou ravine, comme on dit ici) serpente tout au fond au milieu d'un large lit caillouteux qui ne s'emplit qu'au moment des cyclones. Nous y sommes descendus à pied pour voir une cascade et avons marché dans le lit à la recherche des eaux chaudes qui se réduisaient lors de notre passage à une flaque tiède croupissante cernée d'algues vert clair puis jaunes peu appétissantes. Au village de Cilaos, il y a une station thermale qui utilise les eaux sulfureuses du volcan pour traiter les affections respiratoires (comme à Laruns, dans un cadre bien plus agréable et pittoresque, et une température de l'air de 19 °C - à mon avis, il faisait plus chaud que çà, nous étions en short et tee-shirt sans aucun frisson).

Fabienne avait réservé la veille une table d'hôte. Nous n'avons pas été déçus : repas créole, agrémenté par les histoires locales de notre hôte - doté d'un réel talent de conteur - qui a adapté son langage pour que nous puissions (à peu près) le comprendre. Pendant ce temps, jour d'été normal, après avoir eu un temps couvert, mais très plaisant le matin, la pluie s'est mise à tomber.

Je regrette de ne pas avoir eu de caméra pour filmer ce créole. Non seulement il racontait admirablement bien des histoires pas tout à fait fausses, mais en plus il les mimait : c’était un régal et nous étions tous hypnotisés.

Il avait l’art du geste lent et du parler lent, je veux dire qu’il n’était pas pressé par le temps et laissait parfois de grands blancs ponctuer ses dires, pour nous permettre d’enregistrer et de vivre ses aventures. Je ne saurai pas malheureusement reproduire son langage fleuri et imagé, truffé de mots créoles qui nous donnaient une agréable impression de flou et de mystère, comme une poésie dont on comprendrait l’air, mais pas tout à fait les paroles. Mais qu’importe ?

Il nous a parlé de tout. Du rhum, de son charme, de sa composition et de la façon de le déguster. C’était pour amorcer la pompe. En même temps, il joignait le geste à la parole et nous servait, sans s’oublier au passage, après nous avoir versé préalablement un délicieux jus de fruit afin de ne pas nous rendre malades. Il allait d’abord de long en large, captivant son auditoire assis autour d’une longue table rectangulaire (nous étions douze, y compris trois personnes supplémentaires dont nous découvrîmes à la fin l’appartenance à notre bonne ville d’Anglet - !-). Ensuite, il s’est assis, présidant, tel un roi, en tête de table. Il but cul sec le contenu de son verre.

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