Le Chinois de Saint-Pierre - Les valises
Bernard
a faim : depuis des jours, il rêve de manger chinois. Son restaurant
favori est à Saint Pierre, mais Jean-Louis aimerait se rendre plus prêt,
à Saint Louis. Bernard est contre, mais obtempère. Finalement, après avoir
erré dans les quartiers dépourvus de tout pittoresque de Saint Louis, nous
nous rendons à l’évidence : Saint Pierre, c’est nettement mieux. Pendant
le repas (des « bols renversés » : délicieux !), Bernard
nous explique. Saint Louis est une ville communiste. Elle dépense tout son
argent à occuper une pléthore d’employés municipaux et néglige d’aménager
la ville en équipements publics. C’est un fait qu’elle est très laide, et
que nous ne voyons rien d’ouvert, ni restaurants, ni commerces, ni marchés,
des rues bordées de maisons pauvres et sales. En comparaison, Saint Pierre,
c’est le Pérou !
Nous
rentrons faire les valises, avant de nous rendre chez des amis et voisins
de Bernard et Fabienne où nous passons le réveillon du jour de l’an. C’est
un buffet sur la terrasse, animé par des musiques dansantes, dès que nous
terminons de manger, tandis que le cérémonial des pétards et feux d’artifice
recommence, moins intense qu’à Noël (les gens n’ont plus d’argent), mais
toujours spectaculaire. Ce soir, nous profitons des connaissances astronomiques
de Jean-Philippe, le kinésithérapeute avec lequel nous avons passé Noël
chez Bernard et Fabienne et qui est notre hôte ce soir, pour nous faire
indiquer les constellations du ciel austral. Jean-Louis est heureux, d’autant
que le ciel est enfin dépourvu de nuages, et que, malgré les lumières environnantes
(pollution lumineuse bien moins forte qu’en métropole car l’éclairage public
est bien moindre), nous voyons distinctement dans les jumelles les satellites
de Jupiter et des galaxies, amas de petits points flous. La lune, simple
croissant fin, semble nous sourire, comme dans les contes de fées, et nous
regardons à loisir la voûte étoilée.
Les
enfants commencent à s’assoupir, il est tard. Nous partons dormir deux heures
avant de prendre la route pour l’aéroport. Dans l’avion, je réussis à m’assoupir
et même dormir, car je me suis réservée deux places pour moi toute seule
près du hublot. Je ne souffre plus de mes jambes, presque allongées, et
je plains beaucoup Jean-Louis, assis sur les sièges centraux à côté de ses
fils, qui en est réduit à regarder toute la nuit les films diffusés sur
le grand écran.
A
Paris, il fait 6°C, et nous manquons d’attraper mal lorsqu’il faut descendre
sur les pistes et attendre une demi-heure dans le bus, toutes portes ouvertes,
que tous les passagers aient embarqué, pour atteindre notre avion à l’autre
bout de l’aéroport de Roissy. Arrivée à Anglet, il fait 14°C, c’est déjà
mieux, mais nous sommes toujours gelés. Richard et Max viennent nous chercher
et nous ramènent à la maison. Quel voyage ! Maintenant, il va falloir
se réhabituer aux levers de soleil tardifs (5 heures du matin à la Réunion,
8 heures et demie ici), aux basses températures, et aux vêtements d’hiver.
Gare au chaud et froid !

