La fenêtre des Makes

Pour le dernier jour, nous voulons faire une ultime balade, mais sans aller trop loin en voiture. Bernard et Fabienne ont du mal à nous conseiller. Nous tombons d’accord pour aller au lieu-dit « la fenêtre » dans la forêt domaniale des Makes (prononcer mac). Les trois plus jeunes restent à la maison, ils ont envie de farniente, Nico, Céline, Bernard et Fabienne nous accompagnent. Après avoir pris la voie rapide et traversé la rivière Saint Etienne au lit gigantesque parcouru par un filet d’eau infime, nous contournons Saint Louis et montons par ces étroites routes en lacets et en épingles à cheveux auxquelles nous sommes habitués maintenant.

Nous passons devant la pancarte qui indique la direction de l’observatoire astronomique des Makes (très connu paraît-il), et prenons la route sur la droite vers « La fenêtre ». Nous terminons par une route forestière étroite en plaques de béton où il n’est possible de se croiser qu’à de rares endroits, et arrivons au but, dans un parking entouré d’une aire de pique-nique avec lieux de grillades coquettement aménagés dans le sous-bois. Nous nous précipitons vers ladite fenêtre : il s’agit d’un belvédère qui donne sur le cirque de Cilaos, que nous avons déjà visité.

Les nuages sont très mobiles, passent en montant et bouchent par instant la vue. Nous avons la chance de nous trouver au bon moment, la vue est claire, l’air dégagé de toute brume, puisque le vent a fait le ménage et réuni toute l’humidité en gros nuages qui restent en marge du cirque, prêts à l’envahir. Nous repérons le village de Cilaos, où les curistes se rendaient autrefois en chaise à porteurs depuis Saint Pierre, car les routes étaient inexistantes : il fallait en vouloir ! Bernard et Fabienne nous indiquent les trajets des balades qu’ils ont faites par le passé, et nous voyons le site perché de leur table d’hôte où le repas, réservé à l’avance bien sûr, avait été amené à dos d’homme, faute de route. Les taches vert clair sont les champs de lentilles, plat de base, avec le riz, de la nourriture créole sous forme de cari épicé de rougaï (mélange d’oignons et petits piments verts au caractère certain).

Puis nous décidons de prendre un des multiples chemins de randonnée. Jean-Louis aimerait évidemment suivre la crête, mais elle est peu praticable et nous ne la longeons que sur une courte partie du trajet. Une fois de plus, la végétation est différente de ce que nous avons vu jusqu’ici. Nous commençons par un bois de conifères importés du Japon, les cryptomérias. D’autres plantes sont aussi indiquées, l’ostocafé, le bois d’oiseau, le mahot (rouge), le bois de négresse. Je ne note que ceux dont l’appellation exotique m’enchante. Il y a également l’ananas « marron » et la canne « marron » (= faux). Puis, toujours grimpant plus haut, nous changeons d’univers pour des arbres à feuilles caduques d’où pendent des lichens en quantité qui nous amusent un bon moment (nous nous faisons perruques et moustaches). Fabienne crie : « j’ai trouvé des orchidées en fleurs ! ». Je me précipite … et je suis bien déçue : les fleurs sont minuscules, nous en voyons des blanches et des jaunes, il en existe également des roses. J’imaginais trouver ce qui se vend sur le marché. Eh bien non. Ici, les orchidées sauvages ont bien le feuillage reconnaissable qui pousse sur les branches, mais les fleurs sont vraiment très discrètes, et il faut un œil averti pour les repérer. Enfin, j’en aurai tout de même vu en pleine nature !

Une partie du bois a été étêtée par un cyclone : on dirait un champ de ruines. Les arbres, déchirés, se dressent tout blancs, desséchés, troncs dépourvus de dôme branchu et feuillu. La mort est passée par là, destructrice, et très localement, comme lors du passage de la tornade à Anglet.

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