Le Marché de Saint-Pierre - Tennis au Tampon

Après une chaude journée commencée au marché de Saint Pierre, qui nous a un peu déçus car nous avions encore en mémoire le marché pittoresque de Pointe à Pitre en Guadeloupe, nous nous sommes rafraîchis par un bain dans la mer, avant de manger dans un restaurant avec vue sur la barrière de corail bousculée par les vagues. Nous passons un moment dans une librairie avant de déposer les enfants au cinéma et rejoindre Bernard et Fabienne au club de tennis. Il est 18h15 et le cours est réservé pour 18h30. Pendant cet intervalle, nous montrons nos achats de livres puis nous asseyons face aux joueurs qui occupent la place. Nous commençons à danser la danse de Saint Guy, nous frappant bras et jambes et remuant, tels des moulins à vent, pour chasser l'invisible ennemi : nous sentons de minuscules piqûres nous démanger un peu partout, causées par des moustiques minuscules. Les hirondelles tournoient dans le ciel en poussant leur cri suraigu, visiblement à la fête. On nous a assuré qu'en jouant, nous ne serions plus importunés : tu parles ! D'énormes cloques rouges se forment sur mes jambes, fort peu élégantes, et je crains d'être transformée en monstre bouffi pour le réveillon du jour de l'an, demain soir.

A sept heures, surprise ! le muezzin se met à chanter l'appel à la prière, alors qu'un coucher de soleil superbe illumine de rouge les nuages qui viennent de se former au-dessus de la mer (pendant toute cette journée magnifique, ils étaient restés sur les montagnes). Bien sûr, J-L et Bernard se jettent à terre pour mimer le recueillement musulman sur le tapis. A La Réunion, une multitude de religions coexiste, depuis les grandes officielles, jusqu'aux sectes les plus variées et au vaudou. La mosquée du Tampon est toute proche, et j'ai photographié le matin le minaret pointu de celle de Saint Pierre.

Une demi-heure plus tard, une sorte de vrombissement léger envahit les airs, ainsi que des craquements ténus et aigus. Bernard est allé allumer les lumières (il avait manqué d'assommer Fabienne en se précipitant sur une balle et s'était exclamé en guise d'excuse qu'il n'y voyait plus rien !).

Les "vers blancs" ont débuté leur sarabande. Il s'agit de gros coléoptères (hannetons de 1,5 à 3 cm) qui vivent la majeure partie de leur vie sous forme de larve sous la terre, je crois, puis se métamorphosent pour se reproduire et mourir presque aussitôt. Cela se passe sur une période d'une quinzaine de jours, en été, une fois par an, et nous étions en plein dedans. Quelle horreur ! Imaginez ! D'énormes bêtes arrivent en vrombissant en zigzag, attirées par les grosses lumières qui éclairent le cours, et tombent à terre. Là, elles bougent un peu, puis s'immobilisent, parfois tombent sur le dos et se mettent à tourner comme des folles en battant des ailes pour tenter de retourner leur lourde carapace, en vain car elles n'ont plus de force. Elles arrivent en petit nombre, puis en rafales de plus en plus denses, se cognant parfois à nous et s'agrippant de leurs pattes à crochets à tout ce qu'elles peuvent. Bernard, au lieu de taper dans la balle, s'amuse à les gifler de sa raquette, et moi je détache en criant celles qui s'égarent dans mes cheveux ou sur mes vêtements. La concentration tennistique faiblit, nous jouons, surveillant les alentours pour ne pas en recevoir dans la figure ou sur le corps. Bientôt, le sol est recouvert de ces bestioles que nous écrasons par inadvertance en courant après la balle. Enfin, la vague faiblit, et nous jouons, en prenant garde de ne pas glisser sur les insectes qui s'écrasent sous nos chaussures.

Fabienne nous dit que c'est encore plus dégoûtant pour les joueurs qui arrivent le lendemain à 8 heures et doivent jouer sur un tapis de cadavres plus ou moins écrasés !

Ce matin, en me réveillant, j'ai découvert un temps merveilleux : ciel bleu, mer belle, montagne bien découpée à l'horizon tout proche, soleil déjà haut dans le ciel malgré l'heure précoce (6h) qui renforce les coloris des fleurs du jardin et de l'herbe grasse autour de la piscine, les oiseaux chantent.

Le paradis ?

2/4