Le Piton de la Fournaise
Lever
le matin à 5h, départ à 6h, arrivée sur place, après une très longue montée
en épingles à cheveu et la fin du trajet sur une piste de sable rouge-noir
à l'intérieur d'un premier cratère, vers les 7h 1/4. Seul Bernard nous accompagne.
Fabienne et ses enfants sont restés à la maison. Nous voyageons quand même
à deux voitures, pour plus de confort, et les enfants ont opté pour celle
de Bernard.
Je
crois que je n'avais jamais réalisé comment était un volcan jusqu'à aujourd'hui
(La Soufrière en Guadeloupe ne compte pas, nous étions en plein nuage, nous
n'avons rien vu). Cette fois, nous avons une chance extraordinaire : la
météo s'est trompée de quelques heures, il ne pleuvra qu’au cours du retour
en voiture, et nous aurons pu voir tout ce qu'il y avait à voir, jusqu'à
la côte ensoleillée, au loin.
Un
plafond de nuages nous ménageaient une température tempérée, suffisamment
haute pour ne pas nous gêner. En fait, il n'y a pas un cratère, mais une
multitude de cratères, les uns à côté des autres, les uns dans les autres,
des éteints, des seulement endormis, des actifs et certains que nous ne
voyons pas encore, mais qui ne vont pas tarder à percer tôt ou tard, du
plus petit au plus grand, au point qu'on a du mal parfois à les voir d'un
seul coup d'œil. Evidemment, c'est un univers essentiellement minéral,
les
végétaux mettent énormément de temps à s'y installer, de même que les animaux
: la roche est trop poreuse, elle ne retient pas l'eau, il fait à la fois
trop chaud, et trop brumeux, c'est un environnement aux conditions extrêmes
qui font que peu réussissent dans un premier temps (quatre plantes répertoriées
sur le panneau explicatif) et restent de la taille d'herbes ou de buissons
aux troncs tourmentés). J'ai vu également, en début d'après-midi, des mouches
et des araignées. Pas de quoi fouetter un chat.
Mais
le cadre est exceptionnel. Nous descendons d'abord une "barrière" (falaise)
par un interminable escalier. Puis nous suivons le chemin indiqué par le
petit Poucet à touches de peinture blanche sur les roches sombres. D'abord
nous allons tout droit sur un sol très inégal mais relativement plat, puis,
en face, nous montons une pente très raide en nous aidant parfois des mains,
tantôt sur des formes "pâte à modeler" figées, tantôt sur des éboulis ("grattons")
qui dévalent dans un bruit de verre brisé sous nos pieds, très légers et
friables.
Les
couleurs varient du noir au jaune en passant par le marron, le rouge et
des teintes irisées dans les bleus, tantôt ternes, tantôt très brillantes,
qui réveillent de nouveau la vocation de géologues de mes fils. Des gueules
rouges paraissent avoir craché leur venin peu avant notre passage, parfois,
un souffle chaud s'en échappe, des failles béantes noires, des goulets brisés
laissent deviner la force des vapeurs qui les ont moulés. Nous avons marché
7 heures (y compris pauses boisson et repas, trop courtes à mon goût, Bernard
paraissant toujours pressé par le temps et nous menant d'un train d'enfer).
J-L
et lui se sont écroulés au lit à leur arrivée à la maison. Je ne sais pas
pourquoi, mais je n'en ai pas encore fait autant. Fabienne nous dit que
nous avons battu le record du temps le plus long. Normalement, paraît-il,
ce circuit se fait en 5 heures – 5 heures et demie par un marcheur moyen
(encore moins s’il est aguerri). De toute façon, je n’aurais pas pu aller
plus vite, alors, ça m’est égal.

