Ça y est. Nous sommes dans l'avion. Après les énervements d'avant tous les départs, grossis par le fait que nous partons trop loin et trop longtemps pour pouvoir résoudre les futurs problèmes à distance, nous avons fini par monter dans l'avion.
Le groupe : voir les têtes des autres, les repérer
parmi les passagers anonymes ; il ne sera vraiment constitué qu’à notre
arrivée à Los Angeles. Pendant tout le trajet Biarritz-Paris, les heures d’attente
à Roissy et ces onze heures de vol pour atteindre les U.S.A., nous ne parlerons
qu’à 3 ou 4 personnes.
Je me suis acheté un bouquin en anglais, pour me mettre
dans le bain, « The Beach », premier roman d’un jeune homme, Alex
GARLAND, et Jean-Louis a pris « La mondialisation heureuse » d’Alain
Minc. J’ai acheté depuis plusieurs semaines des cachets pour dormir dans l’avion
(qui n’auront aucun effet) et j’ai mis ma robe verte pour être le plus à l’aise
possible pendant toutes ces heures à rester dans les mêmes vêtements, assise,
dans cet air climatisé qui rend intolérable le port des lentilles.
Le plus pénible, c’est ce mal aux jambes lancinant,
et le mal de dos, l’impossibilité de s’allonger, le bruit de fond permanent,
et les agités de derrière qui bousculent le siège juste au moment où je commence
à me relaxer.
A Paris, il faisait froid et il y avait un épais plafond
nuageux qui traînait jusqu’à terre. Nous sommes passés au-dessus d’Amiens,
je le sais parce que le pilote diffuse périodiquement sur la télé la carte
de notre trajet avec le positionnement de l’avion, hauteur, température extérieure,
etc…
Puis nous avons survolé les côtes de la Manche, à peine
devinées, puis Londres. Ensuite, agitation dans l’avion, le tapis de nuages
s’est déchiré au-dessous de nous pour laisser entrevoir les glaciers luisants
du Groënland, panorama somptueux car le temps était très clair (dixit Jean-Louis,
parce que moi, j’avais enlevé mes lentilles et je n’ai rien vu …). Puis nous
avons survolé le Canada et entrevu des multitudes de lacs (et aussi de glaciers)
puis des lacs immenses au moment où nous sommes passés au large de Chicago.
Les Montagnes Rocheuses, brunes à perte de vue, m’ont paru fort peu intéressantes,
vues d’avion. Là, j’ai dû m’assoupir un peu. J’ai émergé au-dessus de Denver,
temps très clair, paysage désertique et drôles de champs parfaitement circulaires,
en raison sans doute de leurs méthodes d’irrigation. Le ciel s’est couvert
de nouveau en arrivant sur la plaine de Los Angeles.
Il y a une chose que je n’ai pas comprise : pourquoi l’avion faisait un tel détour par le Groënland et le Canada. N’aurait-il pas été plus simple de tracer une ligne directe de Paris à Los Angeles, puisque de toute façon, nous ne faisions pas d’escale ? Quelqu’un m’a dit d’un air docte qu’étant donné la rotondité de la Terre, c’était en fait le chemin le plus court. Mais je ne l’admets pas. Il me faudra un dessin.


