Parapente
Le parapente (suite)
Ce
qui est le plus étonnant, c'est qu'au départ, on ne tombe
pas, comme on pourrait s'y attendre, mais on s'élève
: c'est vraiment très différent de la sensation que l'on doit
éprouver en parachute (que Richard et Eric ont pratiqué au
service militaire). Je dirais même, sans exagérer, que cet
envol donne une impression de liberté extraordinaire, d'autant que
seuls deux à trois pas suffisent pour élever toute cette toile
à la verticale au-dessus de nos têtes, et qu'il faut simplement
un peu de force, de poids (et de technique) pour ne pas se laisser entraîner
pendant ce court laps de temps intermédiaire en arrière (tant
que le parapente n'est pas encore bien positionné et qu'il s'est
légèrement élevé au-dessus du sol où
il gisait, applati).
Cet
instant crucial, j'en prends conscience en voyant des parapentistes moins
expérimentés démarrer, dépend pour sa réussite
énormément des conditions atmosphériques : une rafale
de vent dans un sens ou dans un autre, et c'est le risque de se voir rabattu
ou emporté de façon incorrecte. Pour la plupart d'entre nous,
pas de problème, le temps était calme et nous nous sommes
envolé sans encombre. Par contre, Eric a vu quelqu'un avant lui qui
a couru quelques mètres sans pouvoir s'envoler et a dû rabattre
sa voile et remonter la pente. Eric a dû également attendre
un moment que le vent se calme.
Ensuite, une fois dans les
airs et que nous sentons un vent fort sur notre visage, le moniteur nous
dit de nous asseoir sur le siège, bien au fond (il fait partie intégrante
du harnais qui nous soutient et constitue une sorte de sac à dos
volumineux mais très léger) : il est d'un confort extrême,
et enveloppe presque tout le corps (sauf les jambes et les bras) d'une coque
douce et ferme à la fois. J'ai
la chance de m'envoler juste au moment où un couple de vautours percnoptères
plane au-dessus de la colline. Le moniteur m'explique comment les différencier
des vautours fauves, plus solitaires ou qui volent en troupe. Nous retournons
vers la colline pour mieux les voir. Le parapente obéit aux injonctions
des manettes avec une grande finesse. Cela semble très facile et
je demande à essayer.
Lorsque nous sommes suffisamment
éloignés du relief et que nous planons au-dessus de la vallée,
il me laisse les commandes. Pour s'arrêter, il faut tirer ensemble
les deux manettes vers le bas : la voile s'incurve, prend moins d'air, nous
perdons un peu d'altitude et n'avançons plus (pour le voir, il faut
prendre des repères en bas, sur le sol), et l'air ne fouette plus
la peau du visage. Pour tourner vers la droite, je tire vers le bas la manette
de droite et relève celle de gauche, en douceur ; vers la gauche,
c'est
la manoeuvre inverse : ceux sont des mouvements simples et naturels. Les
moniteurs expliquent aux hommes un détail supplémentaire :
pour éviter de perdre de l'altitude en virant, plutôt que de
trop tirer sur les manettes, il est préférable d'aider le
mouvement en se penchant, comme sur une moto, afin de continuer à
profiter des mouvements ascendants et ne pas trop incurver la toile. Les
enfants ne s'embarrassent pas de tant de détails, ce qu'ils veulent,
c'est de la vitesse et du mouvement : Jonathan demande au moniteur de le
faire descendre en spirale, préférant "faire des 360"
que de voler longtemps.
Max
passe en milieu d'après-midi. Le vent s'est levé, et le moniteur,
qui doit s'interrompre avec nous pour s'occuper de jeunes qui effectuent
un stage, va au-dessus de la forêt qui recouvre la montagne voisine
pour vérifier les conditions atmosphériques. Mal lui en prend
: le pauvre Max en a l'estomac tout barbouillé et profitera moins
de son séjour dans les airs que nous. Je pense que le passage entre
les deux montagnes et la présence des arbres créent des perturbations,
mouvements de l'air courts ascendants ou descendants qui malmènent
les intérieurs.
Pourtant
c'est là que planent très longtemps tout un groupe de parapentistes
qui évoluent sous le contrôle du moniteur au sol qui communique
avec eux par radio. L'un d'entre eux n'arrive pas à maîtriser
son parapente, se rapproche trop de la montagne et se scratche entre les
arbres : il s'en sortira avec des égratignures et un corps maculé
de boue ! D'autres ne parviennent pas à sortir de cet espace et,
au lieu d'atterrir dans notre champ, se posent à "l'hôpital",
champ voisin de la route, et doivent être récupérés
en voiture par le moniteur ! En fin d'après-midi, nous en voyons
évoluer un autre encore, super-équipé, avec un fourreau
pour garder les jambes à l'horizontale et une barre de manoeuvre
au lieu des manettes habituelles. Il se dirige vers notre champ mais descend
trop vite, manoeuvre mal et atterrit en catastrophe et fort brutalement
à quelques centaines de mètres de nous. Nous craignons qu'il
ne soit sur la route, mais non, il se trouve tout prêt de la clôture
barbelée dans un champ voisin. Quel manche !
En
ce qui concerne l'atterrissage, je demande au moniteur qu'il se fasse en
douceur. Ma seule appréhension dans cette histoire était de
me refaire une entorse. Richard demande la même chose à son
accompagnateur. Résultat, il atterrira carrément assis, tandis
que moi, je me pose comme une fleur, sans une secousse. Il suffisait de
demander ! Anna et Sammy lèvent leurs jambes à l'horizontale
pour laisser leur guide faire tout le travail, et Jonathan s'étale
de tout son long, entraîné par son élan...
C'est
l'heure du stage. Les moniteurs doivent s'absenter. Ils reviendront pour
s'occuper de la jeune classe. Nous sommes désolés de devoir
tant attendre (ils ne nous avaient pas expliqué ces contraintes dès
le départ) et il reste encore un adulte à passer. C'est Eric,
qui va faire finalement l'objet de l'envie générale car il
volera avec un membre du club non moniteur qui lui fait faire un grand tour
de la vallée pendant près d'une demi-heure (nous, c'était
1/4 h-20 mn) tandis qu'il mitraille avec son appareil photo et ne demande
même pas à conduire.
Finalement, les enfants passent également en fin d'après-midi, même Sammy, ultra-léger, par autorisation spéciale (il n'y a vraiment plus de vent). On entend hurler de joie les filles depuis le sol tant elles sont surexcitées : Anna et Manon nous hèle du plus loin qu'elles nous voient pour que nous admirions leurs évolutions. Chacun raconte ses impressions à l'arrivée. Tous (à part Max) sont enthousiastes et prêts à recommencer. A la question "Avec ou sans moniteur ?", les avis sont cependant partagés, les jeunes (et moi-même) avons envie d'un véritable apprentissage pour arriver à l'autonomie tandis que Richard et J-L montrent clairement leur désir de la sécurité en vol accompagné.


