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8 au 24 août 2017
ConfĂ©rence à Aci Gasconha, centre culturel Tivoli d’Anglet, suite au voyage aux USA effectuĂ© par Marie-Jeanne, Jean-Bertrand, JoĂ«lle, Jean-Louis et Cathy de la SociĂ©tĂ© d’Astronomie Populaire de la CĂŽte Basque et des amis californiens de Marie-Jeanne, Candi et Robert.

Voyage au Far-West: L’eau

Colorado River : une ressource en eau inépuisable ?

AprĂšs avoir vu l’incidence de notre mode de vie sur la forĂȘt des États-Unis d’AmĂ©rique, voici la seconde partie de cette prĂ©sentation, qui va se rapporter Ă  l’eau. Nous avons quittĂ© Bryce Canyon et Arches park, et nous randonnons maintenant dans le parc national Canyonlands, prĂšs de la ville de Moab, toujours dans le sud de l’Utah.

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Vue sur une boucle du Colorado, Canyonlands, sud Utah

Les forces implacables de l’eau et de la gravitĂ© ont lentement sculptĂ© ce vaste paysage de canyons. L’eau de pluie s’infiltre Ă  travers le grĂšs par des fissures trĂšs fines. Durant les froidures hivernales, l’eau gĂšle et fait Ă©clater la roche, Ă©largissant les fentes. De grandes dalles finissent par se dĂ©tacher et s’écroulent dans les canyons. Des orages violents Ă©clatent et des torrents d’eau de pluie entraĂźnent les cailloux et la poussiĂšre qui dĂ©valent en cascades brunes depuis le bord des falaises. Les pentes plus douces d’argile et de pierres s’écroulent sous l’effet de la force de l’eau.

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Hoodoos (cheminées de fée), Canyonlands

Il en rĂ©sulte un relief Ă©tagĂ© en marches d’escalier selon que l’eau rencontre des couches dures ou tendres. Lors de son passage, une grande partie de l’eau s’évapore ou bien est absorbĂ©e par la roche. Seule une faible portion atteint la Green River et la Colorado River, en entraĂźnant des centaines de mĂštres d’épaisseur de roche, grain aprĂšs grain.

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Relief étagé de Canyonlands

En observant le miracle de ce fleuve qui parcourt puissamment plus de 1500 miles (2500 km), depuis sa source dans les Montagnes Rocheuses jusqu’à son embouchure dans le Golfe de Californie, en traversant des zones dĂ©sertiques comme celle oĂč nous nous promenons, il est difficile d’imaginer que les humains aient pu avoir une quelconque influence sur son flux. Et pourtant
 En 1922, le grand delta Ă  l’embouchure du fleuve couvrait prĂšs de 8000 kmÂČ, il regorgeait de poissons et d’oiseaux aquatiques. Aujourd’hui, il couvre Ă  peine 700 kmÂČ et encore, il s’agit de l’eau rejetĂ©e aprĂšs avoir irriguĂ© les champs de luzerne, de laitue et de melon et les vergers de noyers de PĂ©can. Parfois, le Colorado n’arrive mĂȘme plus Ă  atteindre la mer. Que s’est-il passĂ© en un siĂšcle ?

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Vue sur une boucle du Colorado, Canyonlands, sud Utah
Cernes concentriques d’un arbre

Une Ă©tude rĂ©cente sur les palĂ©oclimats de l’ouest de l’AmĂ©rique du Nord a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e en examinant les cernes des arbres. Des sĂ©cheresses trĂšs sĂ©vĂšres y ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es durant la pĂ©riode mĂ©diĂ©vale chaude avec des pics en l’an 936, 1034, 1150, 1253. Elles dĂ©passaient en ampleur celle du dĂ©but du XXIe siĂšcle. Il y a eu aussi des records de prĂ©cipitations enregistrĂ©s en 1321, 1613, 1829 et 1915. Au cours du XXe et au dĂ©but du XXIe s., il n’y a donc pas eu d’évĂ©nement climatique majeur qui aurait pu engendrer une telle diminution du flux du Colorado et de ses affluents.

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SchĂ©ma : “Paleoclimates: Understanding Climate Change Past and Present” (Thomas M. Cronin)

La carte des prĂ©cipitations ci-dessous montre que la majeure partie du Far-West amĂ©ricain est trĂšs peu arrosĂ©e. Les Montagnes Rocheuses orientĂ©es nord-sud s’échelonnent sur plusieurs centaines de kilomĂštres de large Ă  l’ouest du continent et bloquent l’influence maritime du Pacifique qui se limite Ă  l’étroite bande cĂŽtiĂšre. Au contraire, le territoire est trĂšs ouvert aux masses d’air de caractĂšres radicalement opposĂ©s qui viennent du nord et du sud (Canada et Golfe du Mexique).

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 Carte ci-dessous : Précipitations annuelles moyennes, carte basée sur les normales de 1961-1990 des sites NOAA et NRCS SNOTEL avec le modÚle climatique PRISM

La tempĂ©rature locale est fonction de la latitude, de l’altitude et du versant montagneux. GĂ©nĂ©ralement, les prĂ©cipitations augmentent avec l’altitude, alors que les tempĂ©ratures diminuent. Ces conditions climatiques expliquent, outre l’éloignement des cĂŽtes et le relief montagneux, la colonisation tardive de l’Utah qui s’est faite avec les Mormons seulement Ă  partir de 1845.

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Réservoir Lower Bowns depuis Larb Hollow Overlook (Boulder Mountain, Sud Utah)

Voici l’exemple de Sandy Ranch, irriguĂ© grĂące au rĂ©servoir Lower Bowns alimentĂ© par une dĂ©rivation du torrent Pleasant Creek.

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La photo satellite donne une meilleure idĂ©e de l’importance de la Boulder Mountain sur le plan climatique. L’aride paysage de roche rouge en aval ne reçoit qu’une moyenne de 10 pouces (254 mm) de pluie chaque annĂ©e. La Boulder Mountain, en moyenne, en reçoit prĂšs du double.

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Une gestion collective ? John Wesley Powell et les Mormons

A l’est du 100e mĂ©ridien (qui coupe en deux le Kansas), le pays est vert: la pluviositĂ©, la topographie, les sols, l’accĂšs aisĂ© Ă  l’eau de surface permettent une agriculture conventionnelle sur des Ă©tendues de dimensions Ă©tonnamment grandes. Ces conditions assoient la dĂ©mocratie du troisiĂšme prĂ©sident Jefferson (1800-1808) fondĂ©e sur l’image d’une nation idĂ©ale de fermiers libres et indĂ©pendants. – Photos : EntrĂ©e d’un ranch, Wyoming – PrĂ©sident Thomas Jefferson en 1791, par Charles Willson Peale –

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Portail d’un ranch (Wyoming)

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Le Président Thomas Jefferson en 1791, par Charles Willson Peale

En 1862, pendant la Guerre Civile – que nous nommons en France la Guerre de SĂ©cession (1861-1865) -, le prĂ©sident Abraham Lincoln signe le Homestead Act. Cette loi accorde Ă  tout individu de 21 ans ou plus ou aux vĂ©tĂ©rans la possibilitĂ© de rĂ©clamer la propriĂ©tĂ© de toute terre sur laquelle il s’installe et travaille pendant cinq ans. DynamisĂ©s par l’opportunitĂ© de terres disponibles, les gens affluent vers l’Ouest. Les journaux, les compagnies de chemin de fer, les spĂ©culateurs et mĂȘme les scientifiques font croire aux “homesteaders” que la pluie viendra aprĂšs les labours.

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Prospection des gisements d’uranium par avion (Charlie Steen) autour de Moab
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Timbre sur John Wesley Powell sur le Colorado au Grand Canyon

Pour canaliser le mouvement, le gouvernement entreprend une Grande EnquĂȘte pour repĂ©rer l’emplacement des futures voies de transport qui devront relier l’ensemble du pays. C’est dans ce cadre que John Wesley Powell entreprend, de 1867 Ă  1871, ses explorations depuis les Montagnes Rocheuses jusqu’à l’épique descente du fleuve Colorado dans le Grand Canyon qui le rendra cĂ©lĂšbre. Il en retire une connaissance sans prĂ©cĂ©dent de la gĂ©ologie de l’ouest amĂ©ricain et il rĂ©alise que ces territoires diffĂšrent considĂ©rablement de ceux de la moitiĂ© orientale. A l’ouest du 100e mĂ©ridien, sans irrigation rien n’est possible. Powell pense que l’exploitation des mines serait une voie alternative pour subsister, mais cette industrie induit plutĂŽt un comportement de pillage, les mineurs abandonnant les lieux sitĂŽt le filon Ă©puisĂ©.

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Sud Wyoming
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Carte : Bassin du Colorado

L’eau est la clĂ© de la productivitĂ©. Voici ce qu’il prĂ©conise. Il faut dĂ©river les cours d’eau pour irriguer les cultures dans les vallĂ©es et consacrer le haut des montagnes Ă  l’exploitation forestiĂšre, l’élevage Ă©tant pratiquĂ© Ă  mi-pente quand la vĂ©gĂ©tation le permet. PlutĂŽt que de compter sur l’initiative individuelle, il vaudrait mieux, selon Powell, encourager les efforts communautaires. Dans son rapport de 1878 (Report on the Lands of the Arid Region) et pendant la douzaine d’annĂ©es qui suit, Powell remet en cause le modĂšle de colonisation par attribution de terres (Homestead) qui fonctionne bien dans la moitiĂ© orientale, mais ne convient pas du tout Ă  la moitiĂ© occidentale.

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Irrigation (sud Wyoming)

Ses idĂ©es sont inspirĂ©es par son observation des Mormons en Utah dont il a pu apprĂ©cier l’organisation communautaire durant ses deux campagnes d’exploration. Il pense qu’ainsi les usagers seront obligĂ©s de prendre soin de cette ressource rare, car son gaspillage ou la pollution serait dommageable Ă  l’ensemble des colons du bassin versant. Il croit Ă©galement que les communautĂ©s seront mieux aptes Ă  lutter contre des tentatives d’usurpation de leur eau. Son utopie est fondĂ©e sur l’idĂ©e d’autonomie. Les fermiers dĂ©pensent leur propre argent, non les fonds publics, pour construire les barrages et les canaux dont ils ont besoin et leur usage est strictement en relation avec les besoins de leur terre. Il ne leur sera pas permis de vendre l’eau sĂ©parĂ©ment Ă  des villes ou des syndicats.

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Flaming Gorge dam, barrage sur la Green River, affluent du Colorado (Nord Utah)

Mais ce n’est pas la “Voie amĂ©ricaine” (The American Way). Ces mesures prĂ©conisĂ©es vont Ă  l’encontre d’un dĂ©veloppement rapide. Elles interfĂšrent avec la libre entreprise. DĂšs 1902, le CongrĂšs en prend le contre-pied et amorce un siĂšcle de construction massive de barrages et de canaux, tous subventionnĂ©s par le gouvernement fĂ©dĂ©ral. Ces travaux permettent une irrigation Ă  grande Ă©chelle pour favoriser la colonisation des “homesteaders” et la crĂ©ation d’entreprises agricoles gĂ©antes. Les villes s’emparent des droits sur l’eau et la font venir depuis des centaines de kilomĂštres. C’est le dĂ©but de la guerre de l’eau.

Parc national des Arches (Moab, sud Utah)

John Locke : Travail et propriété

Portrait de John Locke, par Sir Godfrey Kneller, 1697

Les idĂ©es dĂ©battues au sein de la jeune nation amĂ©ricaine trouvent leur fondement dans plusieurs siĂšcles de rĂ©flexion Ă©conomique et politique en Europe. Pour s’en convaincre, il suffit de lire par exemple John Locke. Ce philosophe anglais du 17Ăšme siĂšcle (1632-1704) est considĂ©rĂ© comme l’un des fondateurs du libĂ©ralisme. Dans un monde europĂ©en rĂ©gi par un pouvoir absolu, il tente d’élaborer un systĂšme de gouvernement dans lequel les droits de l’individu seraient prĂ©servĂ©s. Il prĂ©conise la limitation du pouvoir Ă©tatique et la crĂ©ation d’un droit librement consenti.

Pronghorn (Antilocapra americana)

Faisant rĂ©fĂ©rence aux termes bibliques de la GenĂšse « Tu gagneras ton pain Ă  la sueur de ton front », il fonde le droit de propriĂ©tĂ© sur le travail agricole. Ainsi, l’auteur de la “Lettre sur la tolĂ©rance” en arrive cependant Ă  Ă©crire que, puisque les Indiens ne travaillent pas leurs terres et ne respectent pas ce commandement de Dieu, celui qui exploite ces terres en acquiert automatiquement la propriĂ©tĂ©. Et si un Indien s’y oppose par la violence, il est tout Ă  fait assimilable, comme tout criminel, aux “bĂȘtes sauvages prĂšs de qui l’ĂȘtre humain ne connaĂźt ni sociĂ©tĂ© ni sĂ©curitĂ©â€Â ; “on peut donc le dĂ©truire comme un lion, comme un tigre”.

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Grizzly mangeant un cerf

Pour John Locke, l’État a seulement pour rĂŽle de garantir ce qui est acquis, sans qu’il intervienne dans la sociĂ©tĂ© si ce n’est pour corriger les Ă©lĂ©ments qui tendraient Ă  lui nuire. Tandis que le recours Ă  la force concerne les pouvoirs exĂ©cutif (pour l’administration et la justice) et fĂ©dĂ©ratif (pour la sĂ©curitĂ© extĂ©rieure par la diplomatie), le lĂ©gislatif appartient Ă  la sociĂ©tĂ© elle-mĂȘme. Le pouvoir lĂ©gislatif est pour Locke le pouvoir suprĂȘme : il ne peut donc ĂȘtre absolu et arbitraire. Son TraitĂ© du gouvernement civil. De sa vĂ©ritable origine, de son Ă©tendue et de sa fin, publiĂ© en 1690, connaĂźtra un succĂšs Ă©norme au XVIIIe siĂšcle, au point de devenir une sorte de “Bible politique” des LumiĂšres. Il inspira les fondateurs des USA et les rĂ©volutionnaires français de la fin de ce siĂšcle.

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Cerf hémione, mùle (Mule-deer en américain), Grand Canyon de Yellowstone

En Ă©cho Ă  cette pensĂ©e, le troisiĂšme prĂ©sident des États-Unis, Thomas Jefferson, rĂ©dige ainsi le fameux texte de la DĂ©claration d’indĂ©pendance des États-Unis d’AmĂ©rique (4 juillet 1776) : « Nous tenons pour Ă©videntes pour elles-mĂȘmes les vĂ©ritĂ©s suivantes : tous les hommes sont créés Ă©gaux ; ils sont douĂ©s par le CrĂ©ateur de certains droits inaliĂ©nables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la libertĂ© et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont Ă©tablis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir Ă©mane du consentement des gouvernĂ©s  ».

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Fireweed (Epilobium angustifolium), Yellowstone

Adam Smith : Le dogme libéral

Au siĂšcle suivant, Adam Smith (1723-1790), dans son livre “La richesse des nations” effectue une brillante synthĂšse des idĂ©es dĂ©jĂ  Ă©noncĂ©es par des philosophes et des Ă©conomistes comme François Quesnay, John Locke, William Petty, David Hume, Turgot ou encore Richard Cantillon. Pour lui, l’origine de la richesse, c’est le travail des hommes. Analysant l’économie de son temps, il distingue trois grandes causes de l’enrichissement de la nation : la division du travail, l’accumulation du capital, et la taille du marchĂ©. Selon Adam Smith, les « lois » du marchĂ©, associĂ©es Ă  la recherche de l’intĂ©rĂȘt personnel des agents Ă©conomiques, conduiraient Ă  un rĂ©sultat inattendu : l’harmonie sociale. En faisant de l’initiative privĂ©e et Ă©goĂŻste le moteur de l’économie et le ciment de la sociĂ©tĂ©, il achĂšve d’énoncer le dogme libĂ©ral.

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Renard roux, Lamar vallée, Yellowstone

Dans le livre V de la Richesse des nations, Adam Smith dĂ©finit les devoirs rĂ©galiens dans leur sens moderne : la protection des libertĂ©s individuelles fondamentales contre les agressions du dedans et du dehors. Pour autant, Smith ne refuse pas Ă  l’État toute intervention Ă©conomique.

“Dans le systĂšme de la libertĂ© naturelle, le souverain n’a que trois devoirs Ă  remplir; trois devoirs d’une haute importance, mais clairs, simples et Ă  la portĂ©e d’une intelligence ordinaire.

– Le premier, c’est le devoir de dĂ©fendre la sociĂ©tĂ© de tout acte de violence ou d’invasion de la part des autres sociĂ©tĂ©s indĂ©pendantes.

– Le deuxiĂšme, c’est le devoir de protĂ©ger autant qu’il est possible chaque membre de la sociĂ©tĂ© contre l’injustice ou l’oppression de tout autre membre, ou bien le devoir d’établir une administration exacte de la justice.

– Et le troisiĂšme, c’est le devoir d’ériger et d’entretenir certains ouvrages publics et certaines institutions que l’intĂ©rĂȘt privĂ© d’un particulier ou de quelques particuliers ne pourrait jamais les porter Ă  Ă©riger ou Ă  entretenir, parce que jamais le profit n’en rembourserait la dĂ©pense Ă  un particulier ou Ă  quelques particuliers, quoiqu’à l’égard d’une grande sociĂ©tĂ© ce profit fasse beaucoup plus que rembourser les dĂ©penses.”

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Hirondelles rustiques (nichée), Ile Penelope, Grand Lac Salé, Utah

Irrigation, croissance de la population humaine et de son cheptel

Comme nous l’avons vu en Ă©voquant le personnage de John Wesley Powel, jusqu’au dĂ©but du 20e s., c’est le gouvernement fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain qui gĂšre les territoires de l’Ouest. Il considĂšre qu’il s’agit d’une ressource inexploitĂ©e et que sa transformation en une rĂ©gion agricole productive parsemĂ©e de villes aidera la nation Ă  prospĂ©rer. L’exploitation communautaire des bassins versants prĂŽnĂ©e par Powell n’ayant pas Ă©tĂ© acceptĂ©e, ThĂ©odore Roosevelt signe en 1902 le Reclamation Act qui donne le coup d’envoi de travaux gigantesques pour l’irrigation des 20 États de l’Ouest.

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Bisons, Yellowstone

En 1922, un accord de rĂ©partition de l’eau est signĂ© sous le nom de Colorado River Compact. Selon ses termes, 9,3 kmÂł sont allouĂ©s aux États du bassin supĂ©rieur, le Wyoming, le Colorado, l’Utah et le Nouveau Mexique et un volume Ă©gal aux États du bassin infĂ©rieur, l’Arizona, le Nevada et la Californie. Ce volume est dĂ©terminĂ© Ă  une Ă©poque de fortes prĂ©cipitations. Par consĂ©quent, en pĂ©riode de sĂ©cheresse, le bassin supĂ©rieur ne peut pas respecter ses engagements Ă  l’égard du sud, alors que durant les annĂ©es trĂšs pluvieuses, beaucoup d’eau est gaspillĂ©e, faute de moyens pour la stocker.

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Trout Lake (Yellowstone)

C’est la raison pour laquelle la crĂ©ation de nouveaux rĂ©servoirs est proposĂ©e le long des affluents comme les Green, San Juan et Gunnison Rivers. Si ces demandes de rĂ©partition plus rĂ©guliĂšre de l’eau sur le territoire des États-Unis sont initialement faites au dĂ©but du XXe siĂšcle par les Ă©leveurs et les agriculteurs, ce sont dĂ©sormais principalement les villes et les activitĂ©s industrielles qui prennent le relais des tractations.

Parc national des Arches, sud Utah

Aujourd’hui, trente millions de gens rĂ©partis sur sept États de l’Ouest des États-Unis – et deux provinces du Mexique – dĂ©pendent de l’eau du bassin du Colorado dont 82% est ponctionnĂ© par le secteur agraire. La Californie est la premiĂšre impactĂ©e par la rĂ©duction du volume d’eau disponible, puisque c’est le plus mĂ©ridional des sept États nord-amĂ©ricains. Elle utilise 86% de l’eau du fleuve qui lui est allouĂ©e pour l’irrigation de ses cultures. La croissance de sa population conjuguĂ©e au rĂ©chauffement climatique vont l’amener trĂšs rapidement Ă  devoir restreindre sa consommation d’eau. Mais l’Utah n’a pas une situation plus enviable, avec 82 % d’eau allouĂ©e au secteur agraire. Les trois quarts de ses revenus agricoles proviennent de l’élevage et de ses dĂ©rivĂ©s, principalement les bovins, et la culture principale est celle du foin, pour nourrir le bĂ©tail. Le spectre de pĂ©nurie d’eau dans le second Etat le plus aride est prĂ©occupant. Et, si les projections sont justes, il y aura deux fois plus d’habitants en Utah dans seulement 45 ans. Cela signifie davantage de stress Ă  propos d’une ressource qui est dĂ©jĂ  tendue. Il faudra l’utiliser plus judicieusement et donner des prioritĂ©s.

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Elinor Ostrom : La gouvernance des biens communs

Si le prĂ©sident et le congrĂšs amĂ©ricain s’appuient effectivement sur les penseurs du libĂ©ralisme tels que John Locke et Adam Smith, d’oĂč viennent les idĂ©es dĂ©fendues par John Powell et le mode d’exploitation communautaire adoptĂ© par les Mormons ? – Ci-dessous, livres d’Elinor Ostrom, la gouvernance des biens communs – L’avenir des biens communs –

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elinor ostrom
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Enclosures

Autrefois, les petits paysans et les pauvres, dans les coutumes et les premiers textes lĂ©gislatifs europĂ©ens, avaient des droits Ă©lĂ©mentaires sur les communaux dont ils tiraient leur subsistance : la vaine pĂąture, la rĂ©colte du miel, le bois de chauffe, les produits de la cueillette. Entre le XIIIe et le XVIIe siĂšcle se produisit en Angleterre le mouvement des “enclosures” qui opposa trĂšs violemment les pauvres des campagnes aux propriĂ©taires terriens sur le thĂšme des communaux. Les propriĂ©taires voyaient dans la privatisation et la clĂŽture des espaces la garantie d’une meilleure productivitĂ©, notamment pour l’élevage des moutons. Le commerce de la laine Ă©tait alors en pleine expansion, de concert avec le dĂ©veloppement des filatures. Cette expropriation conduisit les pauvres Ă  rejoindre les villes et Ă  accepter les travaux les plus ingrats, notamment l’engagement sur les bateaux de la marine anglaise. Ce mouvement des enclosures se propagea ensuite largement en Europe, marquant, selon certains auteurs, l’avĂšnement du capitalisme.

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Jacquerie (révolte paysanne), 1358

Elinor Ostrom est californienne, elle est au courant des sĂ©rieux problĂšmes d’approvisionnement en eau de l’État oĂč elle rĂ©side. Dans le cadre de sa thĂšse de doctorat, elle Ă©tudie les modes collectifs d’exploitation de la nappe phrĂ©atique du Bassin Ouest de Los Angeles. Suite Ă  l’obtention de son diplĂŽme en 1965, elle accĂšde Ă  un poste dans la recherche et mĂšne ensuite des enquĂȘtes de terrain dans des communautĂ©s dont la survie dĂ©pend de la gestion efficace des ressources partagĂ©es, parmi lesquelles certaines ont des siĂšcles d’expĂ©rience d’auto-gouvernance. En 2009, le prix Nobel d’économie lui sera attribuĂ© pour son travail sur « La Gouvernance des biens communs ».

Elle visite des systĂšmes d’irrigation Ă  petite Ă©chelle au NĂ©pal afin de mieux comprendre pourquoi les systĂšmes gĂ©rĂ©s par les agriculteurs sont plus performants que ceux gĂ©rĂ©s par l’État. Mais le premier cas prĂ©sentĂ© dans son livre “Gouvernance des biens communs” porte sur une tenure communale dans les prairies et forĂȘts de haute montagne Ă  Törbel, en Suisse. La mĂȘme problĂ©matique est rĂ©solue de façon comparable dans les villages de Hirano, Nagaike et Yamanaka au Japon. L’étude suivante porte sur les institutions toujours en vigueur des systĂšmes d’irrigation de huertas Ă  Valence, Murcie, Orihuela et Alicante en Espagne. Ce mode de gestion communautaire subsiste donc en Europe. Nous en avons des exemples jusque chez nous avec les accords de lies et passeries tout le long de la chaĂźne pyrĂ©nĂ©enne : ils assurent la paix entre communautĂ©s et organisent la jouissance indivise des pĂąturages d’altitude.

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Ours grizzly traversant une riviĂšre (Yellowstone)

Il s’avĂšre que ce thĂšme est redevenu d’une actualitĂ© brĂ»lante. En effet, la prise de conscience Ă©cologique qui se produit au cours des annĂ©es 1970 et 1980 va renforcer ses analyses. La question des communs va s’élargir de ressources principalement locales aux ressources globales. Les ocĂ©ans, le climat, la diversitĂ© biologique, l’Antarctique, les forĂȘts sont menacĂ©s de dĂ©gradation et d’appropriation
 Lors de la confĂ©rence Rio+20 qui a lieu en 2012, le thĂšme des communaux figure mĂȘme dans le titre: “Sommet des Peuples pour la justice sociale et environnementale en dĂ©fense des biens communs” et les activitĂ©s autogĂ©rĂ©es constituent l’essentiel du programme de rĂ©flexions. Comment la thĂ©orie des communs nous permet d’affronter les dĂ©fis qui se posent Ă  l’échelle globale ? Quelles sont les communautĂ©s concernĂ©es par leur protection, et les rĂšgles et agencements qui leur permettent d’exister et d’agir ? Elinor Ostrom montre que dans un grand nombre de situations, et notamment pour la gestion de ressources communes, laisser les individus organiser par eux-mĂȘmes leurs relations entre eux peut donner de meilleurs rĂ©sultats que le recours Ă  l’intervention publique, aussi bien qu’au marchĂ©.

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Beaver pond (étang au castor), Yellowstone