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| ConfĂ©rence Ă Â Aci Gasconha, centre culturel Tivoli dâAnglet, suite au voyage aux USA effectuĂ© par Marie-Jeanne, Jean-Bertrand, JoĂ«lle, Jean-Louis et Cathy de la SociĂ©tĂ© dâAstronomie Populaire de la CĂŽte Basque et des amis californiens de Marie-Jeanne, Candi et Robert. |
Voyage au Far-West: Lâeau
Colorado River : une ressource en eau inépuisable ?
AprĂšs avoir vu lâincidence de notre mode de vie sur la forĂȘt des Ătats-Unis dâAmĂ©rique, voici la seconde partie de cette prĂ©sentation, qui va se rapporter Ă lâeau. Nous avons quittĂ© Bryce Canyon et Arches park, et nous randonnons maintenant dans le parc national Canyonlands, prĂšs de la ville de Moab, toujours dans le sud de lâUtah.

Les forces implacables de lâeau et de la gravitĂ© ont lentement sculptĂ© ce vaste paysage de canyons. Lâeau de pluie sâinfiltre Ă travers le grĂšs par des fissures trĂšs fines. Durant les froidures hivernales, lâeau gĂšle et fait Ă©clater la roche, Ă©largissant les fentes. De grandes dalles finissent par se dĂ©tacher et sâĂ©croulent dans les canyons. Des orages violents Ă©clatent et des torrents dâeau de pluie entraĂźnent les cailloux et la poussiĂšre qui dĂ©valent en cascades brunes depuis le bord des falaises. Les pentes plus douces dâargile et de pierres sâĂ©croulent sous lâeffet de la force de lâeau.
Il en rĂ©sulte un relief Ă©tagĂ© en marches dâescalier selon que lâeau rencontre des couches dures ou tendres. Lors de son passage, une grande partie de lâeau sâĂ©vapore ou bien est absorbĂ©e par la roche. Seule une faible portion atteint la Green River et la Colorado River, en entraĂźnant des centaines de mĂštres dâĂ©paisseur de roche, grain aprĂšs grain.
En observant le miracle de ce fleuve qui parcourt puissamment plus de 1500 miles (2500 km), depuis sa source dans les Montagnes Rocheuses jusquâĂ son embouchure dans le Golfe de Californie, en traversant des zones dĂ©sertiques comme celle oĂč nous nous promenons, il est difficile dâimaginer que les humains aient pu avoir une quelconque influence sur son flux. Et pourtant⊠En 1922, le grand delta Ă lâembouchure du fleuve couvrait prĂšs de 8000 kmÂČ, il regorgeait de poissons et dâoiseaux aquatiques. Aujourdâhui, il couvre Ă peine 700 kmÂČ et encore, il sâagit de lâeau rejetĂ©e aprĂšs avoir irriguĂ© les champs de luzerne, de laitue et de melon et les vergers de noyers de PĂ©can. Parfois, le Colorado nâarrive mĂȘme plus Ă atteindre la mer. Que sâest-il passĂ© en un siĂšcle ?

Une Ă©tude rĂ©cente sur les palĂ©oclimats de lâouest de lâAmĂ©rique du Nord a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e en examinant les cernes des arbres. Des sĂ©cheresses trĂšs sĂ©vĂšres y ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es durant la pĂ©riode mĂ©diĂ©vale chaude avec des pics en lâan 936, 1034, 1150, 1253. Elles dĂ©passaient en ampleur celle du dĂ©but du XXIe siĂšcle. Il y a eu aussi des records de prĂ©cipitations enregistrĂ©s en 1321, 1613, 1829 et 1915. Au cours du XXe et au dĂ©but du XXIe s., il nây a donc pas eu dâĂ©vĂ©nement climatique majeur qui aurait pu engendrer une telle diminution du flux du Colorado et de ses affluents.

La carte des prĂ©cipitations ci-dessous montre que la majeure partie du Far-West amĂ©ricain est trĂšs peu arrosĂ©e. Les Montagnes Rocheuses orientĂ©es nord-sud sâĂ©chelonnent sur plusieurs centaines de kilomĂštres de large Ă lâouest du continent et bloquent lâinfluence maritime du Pacifique qui se limite Ă lâĂ©troite bande cĂŽtiĂšre. Au contraire, le territoire est trĂšs ouvert aux masses dâair de caractĂšres radicalement opposĂ©s qui viennent du nord et du sud (Canada et Golfe du Mexique).

La tempĂ©rature locale est fonction de la latitude, de lâaltitude et du versant montagneux. GĂ©nĂ©ralement, les prĂ©cipitations augmentent avec lâaltitude, alors que les tempĂ©ratures diminuent. Ces conditions climatiques expliquent, outre lâĂ©loignement des cĂŽtes et le relief montagneux, la colonisation tardive de lâUtah qui sâest faite avec les Mormons seulement Ă partir de 1845.
Voici lâexemple de Sandy Ranch, irriguĂ© grĂące au rĂ©servoir Lower Bowns alimentĂ© par une dĂ©rivation du torrent Pleasant Creek.

La photo satellite donne une meilleure idĂ©e de lâimportance de la Boulder Mountain sur le plan climatique. Lâaride paysage de roche rouge en aval ne reçoit quâune moyenne de 10 pouces (254 mm) de pluie chaque annĂ©e. La Boulder Mountain, en moyenne, en reçoit prĂšs du double.

Une gestion collective ? John Wesley Powell et les Mormons
A lâest du 100e mĂ©ridien (qui coupe en deux le Kansas), le pays est vert: la pluviositĂ©, la topographie, les sols, lâaccĂšs aisĂ© Ă lâeau de surface permettent une agriculture conventionnelle sur des Ă©tendues de dimensions Ă©tonnamment grandes. Ces conditions assoient la dĂ©mocratie du troisiĂšme prĂ©sident Jefferson (1800-1808) fondĂ©e sur lâimage dâune nation idĂ©ale de fermiers libres et indĂ©pendants. â Photos : EntrĂ©e dâun ranch, Wyoming â PrĂ©sident Thomas Jefferson en 1791, par Charles Willson Peale â
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Le Président Thomas Jefferson en 1791, par Charles Willson Peale |
En 1862, pendant la Guerre Civile â que nous nommons en France la Guerre de SĂ©cession (1861-1865) -, le prĂ©sident Abraham Lincoln signe le Homestead Act. Cette loi accorde Ă tout individu de 21 ans ou plus ou aux vĂ©tĂ©rans la possibilitĂ© de rĂ©clamer la propriĂ©tĂ© de toute terre sur laquelle il sâinstalle et travaille pendant cinq ans. DynamisĂ©s par lâopportunitĂ© de terres disponibles, les gens affluent vers lâOuest. Les journaux, les compagnies de chemin de fer, les spĂ©culateurs et mĂȘme les scientifiques font croire aux âhomesteadersâ que la pluie viendra aprĂšs les labours.

Pour canaliser le mouvement, le gouvernement entreprend une Grande EnquĂȘte pour repĂ©rer lâemplacement des futures voies de transport qui devront relier lâensemble du pays. Câest dans ce cadre que John Wesley Powell entreprend, de 1867 Ă 1871, ses explorations depuis les Montagnes Rocheuses jusquâĂ lâĂ©pique descente du fleuve Colorado dans le Grand Canyon qui le rendra cĂ©lĂšbre. Il en retire une connaissance sans prĂ©cĂ©dent de la gĂ©ologie de lâouest amĂ©ricain et il rĂ©alise que ces territoires diffĂšrent considĂ©rablement de ceux de la moitiĂ© orientale. A lâouest du 100e mĂ©ridien, sans irrigation rien nâest possible. Powell pense que lâexploitation des mines serait une voie alternative pour subsister, mais cette industrie induit plutĂŽt un comportement de pillage, les mineurs abandonnant les lieux sitĂŽt le filon Ă©puisĂ©.

Lâeau est la clĂ© de la productivitĂ©. Voici ce quâil prĂ©conise. Il faut dĂ©river les cours dâeau pour irriguer les cultures dans les vallĂ©es et consacrer le haut des montagnes Ă lâexploitation forestiĂšre, lâĂ©levage Ă©tant pratiquĂ© Ă mi-pente quand la vĂ©gĂ©tation le permet. PlutĂŽt que de compter sur lâinitiative individuelle, il vaudrait mieux, selon Powell, encourager les efforts communautaires. Dans son rapport de 1878 (Report on the Lands of the Arid Region) et pendant la douzaine dâannĂ©es qui suit, Powell remet en cause le modĂšle de colonisation par attribution de terres (Homestead) qui fonctionne bien dans la moitiĂ© orientale, mais ne convient pas du tout Ă la moitiĂ© occidentale.
Ses idĂ©es sont inspirĂ©es par son observation des Mormons en Utah dont il a pu apprĂ©cier lâorganisation communautaire durant ses deux campagnes dâexploration. Il pense quâainsi les usagers seront obligĂ©s de prendre soin de cette ressource rare, car son gaspillage ou la pollution serait dommageable Ă lâensemble des colons du bassin versant. Il croit Ă©galement que les communautĂ©s seront mieux aptes Ă lutter contre des tentatives dâusurpation de leur eau. Son utopie est fondĂ©e sur lâidĂ©e dâautonomie. Les fermiers dĂ©pensent leur propre argent, non les fonds publics, pour construire les barrages et les canaux dont ils ont besoin et leur usage est strictement en relation avec les besoins de leur terre. Il ne leur sera pas permis de vendre lâeau sĂ©parĂ©ment Ă des villes ou des syndicats.
Mais ce nâest pas la âVoie amĂ©ricaineâ (The American Way). Ces mesures prĂ©conisĂ©es vont Ă lâencontre dâun dĂ©veloppement rapide. Elles interfĂšrent avec la libre entreprise. DĂšs 1902, le CongrĂšs en prend le contre-pied et amorce un siĂšcle de construction massive de barrages et de canaux, tous subventionnĂ©s par le gouvernement fĂ©dĂ©ral. Ces travaux permettent une irrigation Ă grande Ă©chelle pour favoriser la colonisation des âhomesteadersâ et la crĂ©ation dâentreprises agricoles gĂ©antes. Les villes sâemparent des droits sur lâeau et la font venir depuis des centaines de kilomĂštres. Câest le dĂ©but de la guerre de lâeau.
John Locke : Travail et propriété
Les idĂ©es dĂ©battues au sein de la jeune nation amĂ©ricaine trouvent leur fondement dans plusieurs siĂšcles de rĂ©flexion Ă©conomique et politique en Europe. Pour sâen convaincre, il suffit de lire par exemple John Locke. Ce philosophe anglais du 17Ăšme siĂšcle (1632-1704) est considĂ©rĂ© comme lâun des fondateurs du libĂ©ralisme. Dans un monde europĂ©en rĂ©gi par un pouvoir absolu, il tente dâĂ©laborer un systĂšme de gouvernement dans lequel les droits de lâindividu seraient prĂ©servĂ©s. Il prĂ©conise la limitation du pouvoir Ă©tatique et la crĂ©ation dâun droit librement consenti.
Faisant rĂ©fĂ©rence aux termes bibliques de la GenĂšse « Tu gagneras ton pain Ă la sueur de ton front », il fonde le droit de propriĂ©tĂ© sur le travail agricole. Ainsi, lâauteur de la âLettre sur la tolĂ©ranceâ en arrive cependant Ă Ă©crire que, puisque les Indiens ne travaillent pas leurs terres et ne respectent pas ce commandement de Dieu, celui qui exploite ces terres en acquiert automatiquement la propriĂ©tĂ©. Et si un Indien sây oppose par la violence, il est tout Ă fait assimilable, comme tout criminel, aux âbĂȘtes sauvages prĂšs de qui lâĂȘtre humain ne connaĂźt ni sociĂ©tĂ© ni sĂ©curitĂ©â ; âon peut donc le dĂ©truire comme un lion, comme un tigreâ.
Pour John Locke, lâĂtat a seulement pour rĂŽle de garantir ce qui est acquis, sans quâil intervienne dans la sociĂ©tĂ© si ce nâest pour corriger les Ă©lĂ©ments qui tendraient Ă lui nuire. Tandis que le recours Ă la force concerne les pouvoirs exĂ©cutif (pour lâadministration et la justice) et fĂ©dĂ©ratif (pour la sĂ©curitĂ© extĂ©rieure par la diplomatie), le lĂ©gislatif appartient Ă la sociĂ©tĂ© elle-mĂȘme. Le pouvoir lĂ©gislatif est pour Locke le pouvoir suprĂȘme : il ne peut donc ĂȘtre absolu et arbitraire. Son TraitĂ© du gouvernement civil. De sa vĂ©ritable origine, de son Ă©tendue et de sa fin, publiĂ© en 1690, connaĂźtra un succĂšs Ă©norme au XVIIIe siĂšcle, au point de devenir une sorte de âBible politiqueâ des LumiĂšres. Il inspira les fondateurs des USA et les rĂ©volutionnaires français de la fin de ce siĂšcle.
En Ă©cho Ă cette pensĂ©e, le troisiĂšme prĂ©sident des Ătats-Unis, Thomas Jefferson, rĂ©dige ainsi le fameux texte de la DĂ©claration dâindĂ©pendance des Ătats-Unis dâAmĂ©rique (4 juillet 1776) : « Nous tenons pour Ă©videntes pour elles-mĂȘmes les vĂ©ritĂ©s suivantes : tous les hommes sont créés Ă©gaux ; ils sont douĂ©s par le CrĂ©ateur de certains droits inaliĂ©nables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la libertĂ© et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont Ă©tablis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir Ă©mane du consentement des gouvernĂ©sâŠÂ ».
Adam Smith : Le dogme libéral
Au siĂšcle suivant, Adam Smith (1723-1790), dans son livre âLa richesse des nationsâ effectue une brillante synthĂšse des idĂ©es dĂ©jĂ Ă©noncĂ©es par des philosophes et des Ă©conomistes comme François Quesnay, John Locke, William Petty, David Hume, Turgot ou encore Richard Cantillon. Pour lui, lâorigine de la richesse, câest le travail des hommes. Analysant lâĂ©conomie de son temps, il distingue trois grandes causes de lâenrichissement de la nation : la division du travail, lâaccumulation du capital, et la taille du marchĂ©. Selon Adam Smith, les « lois » du marchĂ©, associĂ©es Ă la recherche de lâintĂ©rĂȘt personnel des agents Ă©conomiques, conduiraient Ă un rĂ©sultat inattendu : lâharmonie sociale. En faisant de lâinitiative privĂ©e et Ă©goĂŻste le moteur de lâĂ©conomie et le ciment de la sociĂ©tĂ©, il achĂšve dâĂ©noncer le dogme libĂ©ral.
Dans le livre V de la Richesse des nations, Adam Smith dĂ©finit les devoirs rĂ©galiens dans leur sens moderne : la protection des libertĂ©s individuelles fondamentales contre les agressions du dedans et du dehors. Pour autant, Smith ne refuse pas Ă lâĂtat toute intervention Ă©conomique.
âDans le systĂšme de la libertĂ© naturelle, le souverain nâa que trois devoirs Ă remplir; trois devoirs dâune haute importance, mais clairs, simples et Ă la portĂ©e dâune intelligence ordinaire.
â Le premier, câest le devoir de dĂ©fendre la sociĂ©tĂ© de tout acte de violence ou dâinvasion de la part des autres sociĂ©tĂ©s indĂ©pendantes.
â Le deuxiĂšme, câest le devoir de protĂ©ger autant quâil est possible chaque membre de la sociĂ©tĂ© contre lâinjustice ou lâoppression de tout autre membre, ou bien le devoir dâĂ©tablir une administration exacte de la justice.
â Et le troisiĂšme, câest le devoir dâĂ©riger et dâentretenir certains ouvrages publics et certaines institutions que lâintĂ©rĂȘt privĂ© dâun particulier ou de quelques particuliers ne pourrait jamais les porter Ă Ă©riger ou Ă entretenir, parce que jamais le profit nâen rembourserait la dĂ©pense Ă un particulier ou Ă quelques particuliers, quoiquâĂ lâĂ©gard dâune grande sociĂ©tĂ© ce profit fasse beaucoup plus que rembourser les dĂ©penses.â
Irrigation, croissance de la population humaine et de son cheptel
Comme nous lâavons vu en Ă©voquant le personnage de John Wesley Powel, jusquâau dĂ©but du 20e s., câest le gouvernement fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain qui gĂšre les territoires de lâOuest. Il considĂšre quâil sâagit dâune ressource inexploitĂ©e et que sa transformation en une rĂ©gion agricole productive parsemĂ©e de villes aidera la nation Ă prospĂ©rer. Lâexploitation communautaire des bassins versants prĂŽnĂ©e par Powell nâayant pas Ă©tĂ© acceptĂ©e, ThĂ©odore Roosevelt signe en 1902 le Reclamation Act qui donne le coup dâenvoi de travaux gigantesques pour lâirrigation des 20 Ătats de lâOuest.
En 1922, un accord de rĂ©partition de lâeau est signĂ© sous le nom de Colorado River Compact. Selon ses termes, 9,3 kmÂł sont allouĂ©s aux Ătats du bassin supĂ©rieur, le Wyoming, le Colorado, lâUtah et le Nouveau Mexique et un volume Ă©gal aux Ătats du bassin infĂ©rieur, lâArizona, le Nevada et la Californie. Ce volume est dĂ©terminĂ© Ă une Ă©poque de fortes prĂ©cipitations. Par consĂ©quent, en pĂ©riode de sĂ©cheresse, le bassin supĂ©rieur ne peut pas respecter ses engagements Ă lâĂ©gard du sud, alors que durant les annĂ©es trĂšs pluvieuses, beaucoup dâeau est gaspillĂ©e, faute de moyens pour la stocker.
Câest la raison pour laquelle la crĂ©ation de nouveaux rĂ©servoirs est proposĂ©e le long des affluents comme les Green, San Juan et Gunnison Rivers. Si ces demandes de rĂ©partition plus rĂ©guliĂšre de lâeau sur le territoire des Ătats-Unis sont initialement faites au dĂ©but du XXe siĂšcle par les Ă©leveurs et les agriculteurs, ce sont dĂ©sormais principalement les villes et les activitĂ©s industrielles qui prennent le relais des tractations.
Aujourdâhui, trente millions de gens rĂ©partis sur sept Ătats de lâOuest des Ătats-Unis â et deux provinces du Mexique â dĂ©pendent de lâeau du bassin du Colorado dont 82% est ponctionnĂ© par le secteur agraire. La Californie est la premiĂšre impactĂ©e par la rĂ©duction du volume dâeau disponible, puisque câest le plus mĂ©ridional des sept Ătats nord-amĂ©ricains. Elle utilise 86% de lâeau du fleuve qui lui est allouĂ©e pour lâirrigation de ses cultures. La croissance de sa population conjuguĂ©e au rĂ©chauffement climatique vont lâamener trĂšs rapidement Ă devoir restreindre sa consommation dâeau. Mais lâUtah nâa pas une situation plus enviable, avec 82 % dâeau allouĂ©e au secteur agraire. Les trois quarts de ses revenus agricoles proviennent de lâĂ©levage et de ses dĂ©rivĂ©s, principalement les bovins, et la culture principale est celle du foin, pour nourrir le bĂ©tail. Le spectre de pĂ©nurie dâeau dans le second Etat le plus aride est prĂ©occupant. Et, si les projections sont justes, il y aura deux fois plus dâhabitants en Utah dans seulement 45 ans. Cela signifie davantage de stress Ă propos dâune ressource qui est dĂ©jĂ tendue. Il faudra lâutiliser plus judicieusement et donner des prioritĂ©s.

Elinor Ostrom : La gouvernance des biens communs
Si le prĂ©sident et le congrĂšs amĂ©ricain sâappuient effectivement sur les penseurs du libĂ©ralisme tels que John Locke et Adam Smith, dâoĂč viennent les idĂ©es dĂ©fendues par John Powell et le mode dâexploitation communautaire adoptĂ© par les Mormons ? â Ci-dessous, livres dâElinor Ostrom, la gouvernance des biens communs â Lâavenir des biens communs â
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Autrefois, les petits paysans et les pauvres, dans les coutumes et les premiers textes lĂ©gislatifs europĂ©ens, avaient des droits Ă©lĂ©mentaires sur les communaux dont ils tiraient leur subsistance : la vaine pĂąture, la rĂ©colte du miel, le bois de chauffe, les produits de la cueillette. Entre le XIIIe et le XVIIe siĂšcle se produisit en Angleterre le mouvement des âenclosuresâ qui opposa trĂšs violemment les pauvres des campagnes aux propriĂ©taires terriens sur le thĂšme des communaux. Les propriĂ©taires voyaient dans la privatisation et la clĂŽture des espaces la garantie dâune meilleure productivitĂ©, notamment pour lâĂ©levage des moutons. Le commerce de la laine Ă©tait alors en pleine expansion, de concert avec le dĂ©veloppement des filatures. Cette expropriation conduisit les pauvres Ă rejoindre les villes et Ă accepter les travaux les plus ingrats, notamment lâengagement sur les bateaux de la marine anglaise. Ce mouvement des enclosures se propagea ensuite largement en Europe, marquant, selon certains auteurs, lâavĂšnement du capitalisme.

Elinor Ostrom est californienne, elle est au courant des sĂ©rieux problĂšmes dâapprovisionnement en eau de lâĂtat oĂč elle rĂ©side. Dans le cadre de sa thĂšse de doctorat, elle Ă©tudie les modes collectifs dâexploitation de la nappe phrĂ©atique du Bassin Ouest de Los Angeles. Suite Ă lâobtention de son diplĂŽme en 1965, elle accĂšde Ă un poste dans la recherche et mĂšne ensuite des enquĂȘtes de terrain dans des communautĂ©s dont la survie dĂ©pend de la gestion efficace des ressources partagĂ©es, parmi lesquelles certaines ont des siĂšcles dâexpĂ©rience dâauto-gouvernance. En 2009, le prix Nobel dâĂ©conomie lui sera attribuĂ© pour son travail sur « La Gouvernance des biens communs ».
Elle visite des systĂšmes dâirrigation Ă petite Ă©chelle au NĂ©pal afin de mieux comprendre pourquoi les systĂšmes gĂ©rĂ©s par les agriculteurs sont plus performants que ceux gĂ©rĂ©s par lâĂtat. Mais le premier cas prĂ©sentĂ© dans son livre âGouvernance des biens communsâ porte sur une tenure communale dans les prairies et forĂȘts de haute montagne Ă Törbel, en Suisse. La mĂȘme problĂ©matique est rĂ©solue de façon comparable dans les villages de Hirano, Nagaike et Yamanaka au Japon. LâĂ©tude suivante porte sur les institutions toujours en vigueur des systĂšmes dâirrigation de huertas Ă Valence, Murcie, Orihuela et Alicante en Espagne. Ce mode de gestion communautaire subsiste donc en Europe. Nous en avons des exemples jusque chez nous avec les accords de lies et passeries tout le long de la chaĂźne pyrĂ©nĂ©enne : ils assurent la paix entre communautĂ©s et organisent la jouissance indivise des pĂąturages dâaltitude.
Il sâavĂšre que ce thĂšme est redevenu dâune actualitĂ© brĂ»lante. En effet, la prise de conscience Ă©cologique qui se produit au cours des annĂ©es 1970 et 1980 va renforcer ses analyses. La question des communs va sâĂ©largir de ressources principalement locales aux ressources globales. Les ocĂ©ans, le climat, la diversitĂ© biologique, lâAntarctique, les forĂȘts sont menacĂ©s de dĂ©gradation et dâappropriation⊠Lors de la confĂ©rence Rio+20 qui a lieu en 2012, le thĂšme des communaux figure mĂȘme dans le titre: âSommet des Peuples pour la justice sociale et environnementale en dĂ©fense des biens communsâ et les activitĂ©s autogĂ©rĂ©es constituent lâessentiel du programme de rĂ©flexions. Comment la thĂ©orie des communs nous permet dâaffronter les dĂ©fis qui se posent Ă lâĂ©chelle globale ? Quelles sont les communautĂ©s concernĂ©es par leur protection, et les rĂšgles et agencements qui leur permettent dâexister et dâagir ? Elinor Ostrom montre que dans un grand nombre de situations, et notamment pour la gestion de ressources communes, laisser les individus organiser par eux-mĂȘmes leurs relations entre eux peut donner de meilleurs rĂ©sultats que le recours Ă lâintervention publique, aussi bien quâau marchĂ©.


