Le
paysage est très varié. Tantôt la vue est dégagée,
à l'arrière sur la vallée verdoyante et Bidarray (au
sommet, elle portera jusqu'à Saint Jean Pied de Port), et devant
nous, sur les contreforts des sommets espagnols du Gora Makil et du Gorramendi,
tantôt nous nous enfonçons dans le sillon tracé par
l'Urizate, sur les berges boisées où nous surprenons des paysans
(sans doute de la ferme voisine) en train de récupérer avec
une pelle mécanique les gros moellons d'une borde abandonnée
et en ruine. Ils en profitent pour dégager un bout de terrain, en
vue d'y faire paître les moutons sans doute, car il n'y a guère
de cultures dans ce lieu peu accessible.
Il
semble parfois que nous suivions des tronçons de routes antiques,
chemins soigneusement empierrés, envahis de feuilles mortes ou de
mousses par endroits, bordés de murets, qui furent jadis utilisés
par les pèlerins de Compostelle, ou plus prosaïquement, par
les fermiers et éleveurs, anciens propriétaires de toutes
ces fermes et bordes abandonnées, et qui ne peuvent plus survivre
ici maintenant qu'en nombre infime.
Nous
avons l'impression que ce col de Meaca est "un pays où l'on
n'arrive jamais" (livre que j'ai lu dans ma jeunesse). Sans cesse,
nous montons et descendons, avec la sensation (à force) de perdre
notre énergie vainement, car nous avançons sans distinguer
notre but. Une fronde commence à se former : l'arrière-garde
a faim !
C'est
toujours pareil, ceux qui marchent vite ne conçoivent de manger qu'arrivés
au sommet (ce qui n'est pas un mauvais calcul, car il est toujours difficile
de redémarrer le ventre plein). Dès que nous rejoignons les
bons marcheurs qui nous attendent depuis un moment déjà, ils
repartent de plus belle, faisant la sourde oreille à nos récriminations.
Enfin, nous les trouvons assis en train de déjeuner.
Evidemment, ils ont fini les bouteilles de cidre apportées par Richard,
nous avons trop tardé. Heureusement, Jean-Marc partage une bonne
bouteille de vin achetée à la venta d'Ibardin ou de Dancharia.
Nous n'aurons pas tout perdu ! Il a même un thermos de café
brûlant, avec morceaux de sucre et petites cuillères : le luxe...
Jusque
là, la promenade était bien, mais c'est après que nous
avons eu la récompense de nos efforts. Très vite après
cette pause repas, nous nous sommes retrouvés sur les crêtes
: c'était superbe ! Marchant dans une hêtraie aux fûts
clairs et élancés, nous avons aperçu à travers
les branchages les premières cimes enneigées, et puis le pic
d'Orhy et la pointe triangulaire reconnaissable du pic d'Anie. Nous ne savions
où donner des yeux. Quand je pense que les touristes ratent ça
: ils ne se rendent pas compte qu'il n'y a pas que la plage, et que la vue
est bien plus belle en hiver ou en demi-saison. L'été, une
brume recouvre souvent d'un voile léger l'horizon qui se rapproche
et devient flou. Bien sûr, il fait plus chaud (quoique en ce moment
la température monte certains jours au-dessus de 20°C l'après-midi),
mais souvent également plus humide. Bref, notre région vaut
la peine d'être visitée en toutes saisons.