Economie de l'île
La
surface agricole a diminué de 20% en dix ans, sous les effets conjugués
de l’urbanisation et de la construction d’infrastructures routières. La
volonté de revenir à 30 000 hectares plantés dans les années à venir est
inscrite dans le schéma d’aménagement régional (S.A.R.). Grâce à l’irrigation,
les rendements au champ augmentent de façon spectaculaire et les exploitants
agricoles réalisent des gains de productivité notables. Le basculement des
eaux d’Est en Ouest permettra, à l’horizon 2008, d’irriguer entre 5 000
et 7 000 hectares de la région Ouest souffrant aujourd’hui de sécheresse
et devraitpermettre de récolter plus de 350 000 tonnes de cannes supplémentaires,
tout en améliorant notablement les revenus des agriculteurs de cette région.
Après avoir causé des ravages alarmants sur l’ensemble de l’île, le ver blanc (larve de hanneton) est aujourd’hui maîtrisé. Le bétel, dont une unité de production a vu le jour à la Réunion en 1990, confirme son efficacité. Ce champignon, appelé Beauveria, se développe sur les larves de hanneton et les anéantit. Le CERF travaille depuis 1929 à sélectionner les variétés de cannes à sucre les meilleures. Résistance aux maladies, rendement à l’hectare, richesse en sucre, sont les critères retenus pour la sélection. Il faut 15 années d’étude sur 2 millions de graines pour extraire 1 à 2 variétés qui méritent d’être utilisées par les planteurs. »
Puisque
le prix de vente est bloqué, la marge de manœuvre est étroite et ne peut
s’exercer que par le biais de l’accroissement des rendements. Lorsque les
producteurs de cannes réclament une augmentation de leurs revenus, il est
très difficile de les satisfaire, sinon en agissant sur le long terme, comme
je l’ai indiqué ci-dessus.En ce qui concerne les ouvriers, le problème est
le même. Une meilleure rémunération ne peut venir que d’une amélioration
de la rentabilité de l’usine.
L’ambiance
de l’usine est particulière. La majeure partie des ouvriers est créole (métis),
et avec un niveau d’éducation très faible. Les jeunes cafres (noirs – féminin
cafrines) arrêtent très tôt les études et n’y portent qu’un intérêt minime.
En ce qui les concerne, Bernard a une formule lapidaire pour résumer leur
attitude : « Rien ne sert d’être heureux, pourvu que l’autre ne
le soit pas ». Ils sont très jaloux les uns des autres, s’inhibent
mutuellement, se connaissent tous car ils habitent tous dans les proches
environs, font bloc contre la direction, n’ont pas d’initiative et doivent
être « portés » en permanence, comme des enfants. C’est la lutte
des classes comme aux tous débuts de l’industrialisation, avec un degré
zéro de compréhension mutuelle entre ouvriers noirs et encadrement blanc.
Bernard espère que les prochaines mesures sociales de mise en préretraite
vont permettre de faire évoluer l’ambiance. Les « vieux » partis,
il compte les remplacer par des jeunes diplômés (qui ne sont pas plus chers),
de préférence issus de régions plus éloignés, afin d’ôter un peu de la cohésion
anti-progrès. Il veut accroître également la proportion des autres ethnies,
plus souples et positives. Les cafres ont été très marqués par l’esclavage
(aboli en 1848) et n’ont pas encore réussi à acquérir de comportement dynamique
et entreprenant, contrairement aux malbars (ou malabars, Indiens d’Inde),
aux Chinois ou autres Asiatiques, ou bien aux « z’oreilles » (blancs
de métropole) ou autres Européens, dont la mentalité est bien différente.

