Economie de l'île

Album de d'Hastrel, usine du Piton Sainte-Rose (coll. A.D.R.)La surface agricole a diminué de 20% en dix ans, sous les effets conjugués de l’urbanisation et de la construction d’infrastructures routières. La volonté de revenir à 30 000 hectares plantés dans les années à venir est inscrite dans le schéma d’aménagement régional (S.A.R.). Grâce à l’irrigation, les rendements au champ augmentent de façon spectaculaire et les exploitants agricoles réalisent des gains de productivité notables. Le basculement des eaux d’Est en Ouest permettra, à l’horizon 2008, d’irriguer entre 5 000 et 7 000 hectares de la région Ouest souffrant aujourd’hui de sécheresse et devraitpermettre de récolter plus de 350 000 tonnes de cannes supplémentaires, tout en améliorant notablement les revenus des agriculteurs de cette région.

Après avoir causé des ravages alarmants sur l’ensemble de l’île, le ver blanc (larve de hanneton) est aujourd’hui maîtrisé. Le bétel, dont une unité de production a vu le jour à la Réunion en 1990, confirme son efficacité. Ce champignon, appelé Beauveria, se développe sur les larves de hanneton et les anéantit. Le CERF travaille depuis 1929 à sélectionner les variétés de cannes à sucre les meilleures. Résistance aux maladies, rendement à l’hectare, richesse en sucre, sont les critères retenus pour la sélection. Il faut 15 années d’étude sur 2 millions de graines pour extraire 1 à 2 variétés qui méritent d’être utilisées par les planteurs. » 

H.-M. Marquis de Trévise (1835-1892), usine des Casernes à Saint-Pierre vers 1865 (coll. A.D.R.)Puisque le prix de vente est bloqué, la marge de manœuvre est étroite et ne peut s’exercer que par le biais de l’accroissement des rendements. Lorsque les producteurs de cannes réclament une augmentation de leurs revenus, il est très difficile de les satisfaire, sinon en agissant sur le long terme, comme je l’ai indiqué ci-dessus.En ce qui concerne les ouvriers, le problème est le même. Une meilleure rémunération ne peut venir que d’une amélioration de la rentabilité de l’usine.

Quartier-Français (cliché bibl. E. Hugot, coll. ANSOM)L’ambiance de l’usine est particulière. La majeure partie des ouvriers est créole (métis), et avec un niveau d’éducation très faible. Les jeunes cafres (noirs – féminin cafrines) arrêtent très tôt les études et n’y portent qu’un intérêt minime. En ce qui les concerne, Bernard a une formule lapidaire pour résumer leur attitude : « Rien ne sert d’être heureux, pourvu que l’autre ne le soit pas ». Ils sont très jaloux les uns des autres, s’inhibent mutuellement, se connaissent tous car ils habitent tous dans les proches environs, font bloc contre la direction, n’ont pas d’initiative et doivent être « portés » en permanence, comme des enfants. C’est la lutte des classes comme aux tous débuts de l’industrialisation, avec un degré zéro de compréhension mutuelle entre ouvriers noirs et encadrement blanc. Bernard espère que les prochaines mesures sociales de mise en préretraite vont permettre de faire évoluer l’ambiance. Les « vieux » partis, il compte les remplacer par des jeunes diplômés (qui ne sont pas plus chers), de préférence issus de régions plus éloignés, afin d’ôter un peu de la cohésion anti-progrès. Il veut accroître également la proportion des autres ethnies, plus souples et positives. Les cafres ont été très marqués par l’esclavage (aboli en 1848) et n’ont pas encore réussi à acquérir de comportement dynamique et entreprenant, contrairement aux malbars (ou malabars, Indiens d’Inde), aux Chinois ou autres Asiatiques, ou bien aux « z’oreilles » (blancs de métropole) ou autres Européens, dont la mentalité est bien différente. 

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