Arrivée

Mais c’était le prix à payer pour traverser ces 9 350 km (en 11 heures) et nous retrouver en pleine chaleur (pas torride, car le ciel était couvert et il y avait une petite brise) à faire tous les stands de location de voitures pour en trouver une suffisamment spacieuse pour nos dix bagages et nos cinq petites personnes à un bon rapport qualité - prix.

Nous voilà partis : nous gagnons la voie rapide qui fait le tour de l’île, dépassons Saint Denis, où se situe la préfecture, et longeons la côte ouest, en gardant la mer à notre droite. Nous avons en mémoire les paysages de Guadeloupe que nous avons parcourus Jean-Louis et moi fin mai - début juin de cette même année 2000, et nous sommes dans un premier temps un peu déçus des alentours arides, bâtis de bric et de broc (et de tôle ondulée), sans véritable souci d’aménagement urbain, avec des ordures dispersées sur les bas-côtés et des décharges sauvages et terrains vagues inesthétiques. 

En outre, en raison sans doute du manque d’espace, car l’île est essentiellement montagneuse et tout l’habitat est concentré sur la côte, de même que les zones de culture, les villes ne sont pas contournées par cette autoroute sans péage qui se transforme en simple deux voies très dangereuse, fort encombrée, ce qui rend fort aléatoire l’évaluation du temps qu’il faut pour aller d’un point à un autre. Notre voiture n’a pas d’air conditionné, le contrôle technique automobile n’a apparemment pas atteint l’île qui laisse rouler des voitures en fort mauvais état dégageant des gaz d’échappement noirs et malodorants.  

Nous nous laissons charmer cependant par cette route côtière d’où nous plongeons nos regards dans l’océan indien ourlé de vagues qui heurtent les rochers sombres, et par le relief aigu et tourmenté des montagnes voisines, creusées de canyons étroits et profonds appelés ravines, causés par l’érosion des pluies diluviennes qui dévalent rarement mais avec une grand violence les flans multiples de cette île volcanique. 

D’ailleurs, nous traversons de temps à autre des « oueds » immenses où serpente un filet d’eau ridicule qui nous donnent une idée des fleuves gigantesques qui peuvent se former lors du passage des cyclones porteurs de pluie et générateurs de dévastation. La végétation est desséchée, paille et buissons épineux, d’où surgissent des îlots de verdure dans les endroits irrigués ou arrosés de la main de l’homme. Les pluies tombent sur les flans est du volcan et nous nous trouvons dans la partie sèche de l’île, la plus prisée car la plus ensoleillée, mais également la plus artificielle, car la vie n’y peut subsister qu’avec l’apport à grand frais de l’eau puisée de l’autre côté. Il n’y a pas d’usine de dessalement de l’eau de mer, ce n’est pas nécessaire, mais nous verrons au cours de nos marches en montagne des lieux de captage et des tuyaux parcourir les flans pour approvisionner en eau la population de l’autre moitié de l’île.

Nous faisons une halte réparatrice dans la coquette station balnéaire de Boucan-Canot (prononcer Canotte), aux maisons particulières, hôtels et restaurants soignés et aux jardins luxuriants, avant de reprendre la route en direction de l’usine sucrière du Gol que dirige Bernard et qu’il va nous faire visiter avant de nous emmener au Tampon où il réside.

3/3