Economie de l'île

La Réserve, bâtiment de machine à vapeurBernard et Fabienne veulent nous emmener sur la côte où ils espèrent nous trouver un peu de soleil. Nous n’avions pas réalisé qu’à la veille de Noël les gens s’activent encore à faire leurs courses : l’accès de Saint Pierre commence déjà à bouchonner dès la bretelle de sortie de la quatre voies. Le temps est toujours pluvieux. Bernard décide à brûle pourpoint d’obliquer vers une petite route dégagée pour rendre visite à des amis communs.

La sœur d’un ami d’enfance de Bernard et Jean-Louis a épousé un créole réunionnais et réside à la campagne, non loin de Saint Pierre. Fille d’un agriculteur agenais, Cécile a suivi des études d’assistante sociale ( ?) et son mari, Jean-Paul, qu’elle a rencontré en France, est formateur agronome. Elle a acquis très vite toutes les nuances de la langue créole, étant donné que ses « clients » ne parlaient pas français (les enfants, essentiellement). A la naissance de ses enfants, elle a préféré acquérir une propriété agricole où elle cultive la canne à sucre, afin de pouvoir consacrer plus de temps à sa famille et être plus présente à la maison.

BeaulieuCette culture ne nécessite pas de travaux des champs trop épuisants. La canne à sucre, après avoir été coupée (et livrée à l’usine de Bernard, dont Cécile est un des multiples fournisseurs), repousse du pied. Suivant les espèces, un même pied reste rentable de 6 à 12 ans : c’est la teneur en sucre qui prime, de même que la densité à l’hectare. Il n’y a donc quasiment pas de travail de labourage et semailles. Par contre, grâce à l’aide de l’usine, elle est guidée dans le choix des semences quand il faut régénérer un champ « usé », de même que dans l’utilisation de produits contre les maladies et les insectes.

Autour de la maison poussent de multiples arbres fruitiers. Quand la pluie s’arrête, nous faisons le tour du propriétaire et elle nous cueille des mangues en nous expliquant la différence entre les mangues américaines (grosses) et josé (créoles, plus petites en forme de cœur et plus goûteuses), nous voyons également des goyaves, du combava (petit fruit vert rond plus grumeleux qu’un citron, utilisé en zeste râpé comme épice dans les ragoûts de poisson, et qui entre dans la composition du massalé). Nous admirons son frangipanier rose (celui à fleurs blanches de Fabienne est encore plus odorant), et elle nous montre son jasmin de nuit, dont les fleurs ont la particularité de ne s’ouvrir que la nuit, en dégageant une odeur sublime qui porte à des dizaines de mètres. Elle nous fait goûter de tous les fruits mûrs et humer les plantes à épices. C'est un régal des sens (du goût et de l’odorat) qui ne peut être immortalisé par l'appareil photo.

Le Petite-Saint-Pierre, maison de maîtreJean-Paul, pendant ce temps, est allé chez son voisin, muni de son coupe-coupe, nous chercher une canne à sucre fraîche. Nous faisons cercle autour de lui. Il la coupe en petits tronçons qu’il pèle à l’aide d’un couteau et nous les offre à sucer (suivant la technique de consommation des asperges, en mordant et dégageant le nectar des fibres) : c’est une délicieuse gourmandise. Le jus sucré dégouline le long du menton et nous poisse les mains, dont nous suçons les doigts, l’un après l’autre, pour ne rien en perdre. Jean-Paul nous raconte qu’il a récemment changé de métier, et qu’il est devenu formateur de formateurs. Il leur apprend à intéresser leur auditoire et transmettre leurs connaissances de façon vivante. Quant à Cécile, elle s’apprête elle aussi à se remettre aux études.

Ceux sont des gens fins, à l’esprit caustique, intelligents, courageux et dynamiques. Ils n’ont bien sûr rien à voir avec le producteur de cannes moyen. Afin d’arrondir leurs fins de mois, ils ont bâti à l’écart de la maison (dans le champ de bananiers) une dépendance classée gîte rural. Lorsqu’ils sympathisent avec leurs clients (et qu’ils ont du temps à leur consacrer), il leur arrive de les inviter à manger chez eux. Sinon, ils les laissent passer leurs vacances de façon tout à fait indépendante. On peut réserver chez eux par le biais de la centrale de réservation, ou bien directement par internet. Ils sont bien placés, dans un endroit retiré mais proche de la voie rapide qui mène en quelques minutes à Saint Pierre et les plages. La montagne n’est guère loin non plus. Ils louent pratiquement toute l’année sans problème, principalement à des « métro » (de la métropole), et souvent les gens reviennent.

Le soir, barbecue créole.

5/5