Un peu d'histoire

(informations extraites de la brochure éditée par la Direction régionale des Affaires culturelles de la Réunion, Conservation régionale du patrimoine)

J.-B.-L. Dumas (1792-1849), usine sucrière et bande de travailleurs vers 1830 (coll. A.D.R.)« L’île de la Réunion, autrefois île Bourbon, ne s’est orientée vers la production industrielle de sucre qu’à partir du XIXème siècle. La canne à sucre, présente dès les débuts de la colonisation (1665) est cultivée de manière marginale pour la confection de boissons fermentées (arack).

L’échec des deux précédentes cultures de spéculation, le café et les épices, la perte de l’île de Saint-Domingue par la France (1804), la lourde taxation dans l’île des alambics (1810), déterminent les colons à s’orienter vers la production de sucre au moment où la restitution de l’île à la France (1815) par l’Angleterre qui l’occupait depuis 1810, garantissait, avec la stabilité politique, des perspectives de développement. »

Utilisation du sang et du corail dans le processus de fabrication du sucre 

Four à chaux Méralikan à Saint-Leu-L’ingénieur Joseph-Martial Wetzell (1793 - 1857), installé dans l’île en 1830, opère les avancées techniques définitives en ce qui concerne la purification du sucre, sa cristallisation et sa dessiccation. Il détermine précisément les proportions de chaux, puis de sang et de charbon nécessaires à la purification du « vesou » (jus).

Four à chaux Méralikan à Saint-Leu-Pour assurer le bon fonctionnement des usines, des activités pré-industrielles annexes se sont développées. Des forges et ateliers mécaniques, et la chaufournerie, à base de coraux extraits des lagons, sur la côte ouest de l’île. La chaux, déjà utilisée pour la construction (badigeons, mortiers) est devenue rapidement un produit de base pour les sucriers. A Saint-Leu subsiste le four à chaux Méralikan.

Le four à chaux Méralikan (inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques) est constitué d’un massif carré construit en maçonnerie de moellon et de pierre de taille de basalte, le four lui-même est de forme cylindrique. Une rampe appuyée sur le massif du four et où étaient stockés les blocs de corail et le bois nécessaire à la chauffe, permet d’accéder au sommet du four. Il est chargé par le haut en alternant couches de corail et couches de bois. L’allumage se fait par les deux baies ouvertes à sa base. C’est par ces mêmes ouvertures que la chaux est extraite à la pelle pour être éteinte puis broyée. Son système d’alimentation, dit à feu continu, le fait appartenir à la seconde génération des fours à chaux construits sur l’île à partir de 1850-1860.

Langevin, la roue hydrauliqueAujourd’hui, la canne à sucre occupe près de 6 000 exploitants agricoles, constitue la principale culture de l’île et couvre la moitié des terres cultivées. L’essentiel de la production sucrière de l’île est exporté. Quelque 190 000 tonnes de sucre sont envoyées vers la métropole et l’Europe. Le sucre constitue 65% des exportations réunionnaises, soit 700 millions de francs par an. Pour défendre l’avenir de la filière canne-sucre, le gouvernement français et l’Union Européenne garantissent le prix de la canne. Le volume total de cannes s’élève, pour les deux usines de Bois Rouge et du Gol à 1,8 million de tonnes en moyenne annuelle de 1996 à 1998, pour une capacité nominale de chaque usine de 1 million de tonnes de cannes.

Récemment, la municipalité de Saint Louis, qui cherche à mettre en valeur son patrimoine culturel et historique, a pris contact avec l’usine sucrière du Gol qui en dépend pour lui demander de rénover les anciennes canalisations d’eau. Bernard a regardé dans toutes ses archives afin de vérifier qui en était propriétaire : « Heureusement, ce n’était pas nous, sinon il aurait fallu engager de grandes dépenses de réhabilitation aux frais de l’usine. » En fait, elles ont changé de main plusieurs fois. Voici ce qu’en dit le petit fascicule référencé ci-dessus :

Aqueduc du Gol à Saint Louis, album de d'Hastrel (coll. A.D.R.)« La canalisation du Gol, qui franchit par un aqueduc la Ravine du Gol, desservait en eau une grande partie de la commune de Saint-Louis. L’origine de la canalisation remonte à 1816 par l’octroi d’une concession d’eau au sieur Dehaulme pour l’alimentation d’un moulin à cannes qu’il projette d’établir à Saint-Louis. Cette canalisation a servi à l’entraînement de moulins à eau destinés au traitement de la canne à sucre ainsi qu’à l’irrigation. La canalisation, d’abord en bois sur des appuis en maçonnerie de moellons, a été remplacée par une canalisation en fer que l’on peut encore voir. Elle est restée en service jusqu’en 1970. »

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