Un peu d'histoire
(informations extraites de la brochure éditée par la Direction régionale des Affaires culturelles de la Réunion, Conservation régionale du patrimoine)
« L’île
de la Réunion, autrefois île Bourbon, ne s’est orientée vers la production
industrielle de sucre qu’à partir du XIXème siècle. La canne à sucre, présente
dès les débuts de la colonisation (1665) est cultivée de manière marginale
pour la confection de boissons fermentées (arack).
L’échec des deux précédentes
cultures de spéculation, le café et les épices, la perte de l’île de Saint-Domingue
par la France (1804), la lourde taxation dans l’île des alambics (1810),
déterminent les colons à s’orienter vers la production de sucre au moment
où la restitution de l’île à la France (1815) par l’Angleterre qui l’occupait
depuis 1810, garantissait, avec la stabilité politique, des perspectives
de développement. »
Utilisation du sang
et du corail dans le processus de fabrication
du sucre
-L’ingénieur Joseph-Martial Wetzell (1793 - 1857), installé dans l’île
en 1830, opère les avancées techniques définitives en ce qui concerne la
purification du sucre, sa cristallisation et sa dessiccation. Il détermine
précisément les proportions de chaux,
puis de sang et de charbon nécessaires à la purification du « vesou »
(jus).
-Pour assurer le bon fonctionnement des usines, des activités pré-industrielles
annexes se sont développées. Des forges et ateliers mécaniques, et la chaufournerie,
à base de coraux extraits des lagons, sur la côte ouest de l’île. La chaux,
déjà utilisée pour la construction (badigeons, mortiers) est devenue rapidement
un produit de base pour les sucriers. A Saint-Leu subsiste le four à chaux
Méralikan.
Le four à chaux Méralikan (inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques) est constitué d’un massif carré construit en maçonnerie de moellon et de pierre de taille de basalte, le four lui-même est de forme cylindrique. Une rampe appuyée sur le massif du four et où étaient stockés les blocs de corail et le bois nécessaire à la chauffe, permet d’accéder au sommet du four. Il est chargé par le haut en alternant couches de corail et couches de bois. L’allumage se fait par les deux baies ouvertes à sa base. C’est par ces mêmes ouvertures que la chaux est extraite à la pelle pour être éteinte puis broyée. Son système d’alimentation, dit à feu continu, le fait appartenir à la seconde génération des fours à chaux construits sur l’île à partir de 1850-1860.
Aujourd’hui, la canne à sucre
occupe près de 6 000 exploitants agricoles, constitue la principale culture
de l’île et couvre la moitié des terres cultivées. L’essentiel de la production
sucrière de l’île est exporté. Quelque 190 000 tonnes de sucre sont
envoyées vers la métropole et l’Europe. Le sucre constitue 65% des exportations
réunionnaises, soit 700 millions de francs par an. Pour défendre l’avenir
de la filière canne-sucre, le gouvernement français et l’Union Européenne
garantissent le prix de la canne. Le volume total de cannes s’élève, pour
les deux usines de Bois Rouge et du Gol à 1,8 million de tonnes en moyenne
annuelle de 1996 à 1998, pour une capacité nominale de chaque usine de 1
million de tonnes de cannes.
Récemment, la municipalité
de Saint Louis, qui cherche à mettre en valeur son patrimoine culturel et
historique, a pris contact avec l’usine sucrière du Gol qui en dépend pour
lui demander de rénover les anciennes canalisations d’eau. Bernard a regardé
dans toutes ses archives afin de vérifier qui en était propriétaire :
« Heureusement, ce n’était pas nous, sinon il aurait fallu engager
de grandes dépenses de réhabilitation aux frais de l’usine. » En fait,
elles ont changé de main plusieurs fois. Voici ce qu’en dit le petit fascicule
référencé ci-dessus :
« La canalisation du
Gol, qui franchit par un aqueduc la Ravine du Gol, desservait en eau une
grande partie de la commune de Saint-Louis. L’origine de la canalisation
remonte à 1816 par l’octroi d’une concession d’eau au sieur Dehaulme pour
l’alimentation d’un moulin à cannes qu’il projette d’établir à Saint-Louis.
Cette canalisation a servi à l’entraînement de moulins à eau destinés au
traitement de la canne à sucre ainsi qu’à l’irrigation. La canalisation,
d’abord en bois sur des appuis en maçonnerie de moellons, a été remplacée
par une canalisation en fer que l’on peut encore voir. Elle est restée en
service jusqu’en 1970. »

