Le Tampon

Nous quittons l’usine, après que j’aie photographié un superbe flamboyant qui pousse sous un passage aérien entre deux corps d’usine (entre l’usine sucrière et la centrale thermique ?).

Pour aller au Tampon, il faut monter. L’île est bâtie sur plusieurs niveaux : le niveau de la mer, qui est le plus chaud, la ligne des 400, c’est à dire 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, où la température est plus modérée, et le ciel souvent plus couvert, la ligne des 600, et ensuite, on parle en kilomètres, le 14ème, 19ème, 23ème, 24ème, 27ème à partir de la grosse ville la plus proche sans doute, qui est Saint Pierre.

La jolie villa de Bernard et Fabienne se situe sur la ligne des 400. Effectivement, nous nous trouvons bien plus à l’aise à cette hauteur, il y fait plus frais. La véranda donne sur le jardin et la piscine de forme patatoïde (dixit Bernard), et dans le lointain, nous avons une vue sur toute la côte de Saint Pierre à Saint Louis et même au-delà, quand il n’y a pas de brume de chaleur. En nous tournant vers la droite, et depuis le jardin, en tournant le dos à la pente et la mer, nous voyons les contreforts des montagnes aux couleurs sombres et aux pics acérés. Comme nous sommes dans l’hémisphère sud, le mois de décembre est le début de l’été, et toute la famille vit en permanence dehors. Une grande table est dressée sous l’auvent où nous prendrons tous nos petits déjeuners, déjeuners et dîners, à côté, il y a un salon de jardin en rotin autour d’une petite table d’où les journaux n’ont jamais besoin d’être retirés pour être mis à l’abri dans la maison. A travers la rambarde de bois, celui (ou celle) qui s’y repose peut compter les points des joueurs de ping-pong sur la terrasse au-dessous ou surveiller de loin celui qui s’occupe des grillades sur le barbecue attenant à l’abri près de la piscine.

L’intérieur de la maison est carrelé, frais et plus sombre, les quelques ouvertures, relativement petites, donnent de tous côtés sur le jardin ou les maisons voisines. L’aménagement est cossu et fonctionnel, sauf la marche, trop haute, qui sépare la cuisine américaine du salon - salle à manger, où je crains à chaque fois de trébucher et qui est bien pénible lorsque nous revenons de nos longues marches en montagne.

La mezzanine possède un salon - télé et un bureau muni d’un ordinateur. Je découvre rapidement que ce dernier est bien moins fonctionnel que le nôtre : il « rame ». D’abord, l’île n’est pas câblée, ce qui ralentit beaucoup le débit des envois, réceptions et recherches sur internet, ensuite, ils n’ont pas pris de forfait, et les communications mensuelles dépassent vite le temps imparti dans l’abonnement. Il me faudra apprendre à travailler hors connexion et sans pouvoir accéder à tous les services et facilités auxquels je suis habituée à la maison pour rester en contact avec les amis et la famille de métropole.

Nous dînons tous les neuf dehors, après avoir attendu que la vague des petits moustiques du soir et des « vers blancs » (gros hannetons) soit passée. Ces derniers sont vraiment bizarres : ils volent à toute vitesse, heurtent portes et fenêtres, parfois nous rentrent même dedans, puis tombent, s’agitent quelques instants, sur le dos ou sur le ventre, puis meurent. Ayant passé presque toute leur vie sous forme de larves, ils se métamorphosent, se reproduisent et meurent en l’espace de quelques heures. De petits « margouillats » (lézards) grimpent le long des murs de la maison et envoient de petits baisers sonores tout en cherchant à atteindre les insectes qui se cognent et s’égarent.

3/3