Le réveillon de Noël
Nous
arrivons fort tard à la maison : heureusement que Fabienne avait tout
préparé à l’avance. Ce soir, elle reçoit un couple d’amis et leurs enfants
pour passer le Réveillon avec nous, nous serons 14 convives. Nous mangeons
sur la terrasse, face à la piscine et à la mer à l'horizon (invisible dans
le noir, mais la côte parsemée de lumières), comme au petit déjeuner et
comme au déjeuner (en fait, nous mangeons tout le temps dehors, en tenue
estivale). Le clou de la soirée commence à 11 heures et demie : Fabienne
a apporté une poche plastique avant le dessert (nous avons déjà tellement
mangé (huîtres, crevettes, saumon, crevettes créoles) que nous avons besoin
de faire une petite pause) et nous sortons tous de la maison pour nous poster
sur la voie à sens unique pentue.
Ce
sachet contient des pétards et autres mini-fusées de toutes sortes, que
toute la gens masculine, du plus petit au plus grand, se délecte à faire
éclater pendant un bon moment, Céline, Fabienne, son amie Marie-Christine
et moi restant à distance respectueuse, d'autant que les démarrages ne sont
pas toujours verticaux,Nico en évite un de justesse en baissant
la tête, et que d'autres fois, le projectile part en rase motte en brûlant,
et tout le monde s'éparpille dans les cris. Bernard s’amuse à planter des
tiges dans les plates-bandes extérieures du voisin , et même dans sa rambarde
métallique creuse, que les pétards font longuement résonner. Je ne dis pas
le boucan ! Fabienne est inquiète et attrape son mari qui n’en a cure… Au
bout d’un long moment, une fusée semble provoquer l’extinction de tous les
lampadaires de la rue. Est-ce une coïncidence, ou bien avons-nous réellement
détérioré les équipements publics ? Mystère. Peut-être que la ville
a voulu juste à ce moment-là faire le noir en prévision des feux d'artifice
de minuit.
Après,
nous retournons sur la terrasse, abandonnant une route dévastée, remplie
de projectiles déchiquetés (nous ne les voyons plus, puisque la rue est
plongée dans le noir). A minuit, c’est l’apothéose. Tous les Réunionnais
se mettent à démarrer leur petit (ou grand) feu d’artifice en même temps.
Nous nous postons sur la terrasse d’Olivier, à l’étage, qui domine tout
l’ouest de l’île en direction de la mer. Dans le noir, seulement troué par
les lumières lointaines des quatre villes qui s'étalent en bas, nous entendons
les explosions et pétarades et voyons s'élever les gerbes de couleur. C'est
féerique ! (peut-être pas très religieux, mais festif en diable, ou plutôt
en chinois, grâce auxquels nous avons ce spectacle, parfaitement interdit
en métropole, bien sûr, parce que trop dangereux)… C’est un spectacle extraordinaire !
Nous avons l'impression d'être sur une autre planète.
Un couple d’amis vient s’ajouter
à ceux de la veille pour le repas de Noël à midi : du cochon
de lait déjà cuit écartelé sur une immense tôle. Ils sont trésoriers payeurs
des impôts, lui au Tampon et elle à Saint Louis. Avant, ils étaient sur
Saint Denis. Il est de métropole et elle Martiniquaise, créole, mais pratiquement
sans accent. Marie-Madeleine (Mado) me confie qu’elle ne pourrait pas habiter
si haut en altitude (à 400 mètres), car il y fait trop froid en hiver (le
thermomètre peut descendre jusqu’à 14°C) et qu’il est impossible de manger
toute l’année sur la terrasse ! Comme quoi, tout est relatif !

