La Roche Verre Bouteille
Levés
à 6 heures par Céline, nous nous retrouvons à pied d’œuvre au départ d'un
sentier de montagne au-dessus de La Possession et de La Rivière des Galets
à 8 heures et demie. C'est déjà un peu tard, le soleil est très haut et
tape déjà fort. Heureusement qu'à 1200 mètres la température est plus douce,
et une petite brise fort agréable nous ventile.
Nous sommes partis à 7 dans
la voiture, Jonathan assis sur mes genoux devant et les 4 autres enfants
entassés derrière. Sur l’île, la police n’est présente que dans les villes,
nous n’avons d’autre inquiétude que celle de rencontrer un chauffard. Mais
les routes (mis à part la quatre voies) sont tellement mal entretenues,
étroites et dangereuses que les conducteurs conduisent prudemment. En raison
des fortes pluies, elles sont bordées de fossés profonds (j’ai vu une voiture
plongée dedans, elle ne risquait pas de se dégager seule). Parfois, nous
traversons une zone indiquée « radier submersible », tronçon de
route en creux qui correspond au passage à gué du lit d’une rivière le plus
souvent à sec. Les panneaux préviennent de ne pas essayer de passer quand
l’eau les submerge. Les routes sont donc parfois coupées, et par fortes
pluies les enfants sont dispensés de se rendre à l’école (de même qu’en
cas de cyclone). Arrivés non loin de La Possession, nous obliquons en direction
de La Rivière des Galets et montons jusqu’à trouver le point de départ de
la balade.
C’est
celle que Jean-Louis préfèrera : la vue est formidable, flans ravinés
de la partie ancienne du volcan d'un côté, et océan indien de l'autre. Nous
grimpons jusqu’à un point de vue qui domine la côte et donne de l’autre
côté sur le cirque de Mafate. Je m’amuse à noter l’appellation locale de
plantes que moi je dénomme lanternes chinoises : les tomates poc-poc
ou groseilles du Cap. Nous entendons également l’oiseau tec-tec. Le sentier
odorant, accroché au flan de la montagne, est remplacé à plusieurs reprises
par une échelle qu’il faut escalader. Nous faisons de nombreuses haltes
– boissons, admirant la vue panoramique sur les pics que Céline nous nomme.
Depuis six ans qu’elle habite à la Réunion, elle a déjà eu l’occasion de
faire maintes balades et elle nous sert de guide.
Nous atteignons la double
roche noire qui, avec beaucoup de bonne volonté, peut ressembler effectivement
à un verre posé à côté d’une bouteille. Jean-Louis veut prolonger la marche,
mais il se heurte à la volonté conjuguée de tous les enfants (et de moi-même) :
nous n’avons pas emporté de pique-nique et nous avons prévu d’aller à la
plage l’après-midi. L’heure du repas approche et nous craignons que Jean-Louis
ne nous amène trop loin : il est très déçu. Nous reprenons la boucle
en direction du parking et faisons halte, en attendant que Jean-Louis se
décide et nous rejoigne. Je remarque des papillons géants, aussi grands
que des papillons de nuit, de couleur noire à reflets bleutés, que j’essaie
vainement de photographier. Ils sont trop rapides. Ils passent et repassent,
évitant avec élégance le bec acéré des hirondelles qui s’activent en criant.

