Phoenix – Sedona – Grand Canyon
Si
un jour nous voulons refaire l’aéroport de Biarritz-Parme, il faudra prendre
modèle sur celui de Phoenix, c’est une beauté : couleurs chaudes, matières
agréables au sol, proportions harmonieuses, et, le clou, une magnifique fresque
qui recouvre un immense mur dans un grand hall, avec en son centre un phénix
multicolore plus beau encore que dans les livres d’histoires à raconter aux
enfants. Magnifique !
Et en sortant, le four. Nous avons été pris à la gorge
par une chaleur dingue, pas étonnant qu’avec tous ces changements de température
durant tout le voyage, nous ayons tous attrapé les uns après les autres une
sacrée bronchite californienne (sauf Jean-Louis, qui toussait plutôt moins,
la sécheresse de l’air et la détente des vacances lui convenant mieux que
le climat basque).
Au Ramada Plaza Hotel, nous avons dîné à une table
contre un mur orné de deux posters fort intéressants, bien illustrés et commentés
sur tous les piments des deux Amériques (mais surtout du sud). Ceux d’Espelette
n’y étaient pas, j’ai cherché.
La douceur de l’air du soir nous a tous attirés dehors,
et l’une de nos compatriotes s’est baignée dans la piscine et le jacouzzi
extérieurs après le dîner. Mais il n’y avait rien à visiter à proximité.
Le
lendemain matin, il y avait beaucoup de vent et il faisait nettement plus
frais : en route vers le Grand Canyon. Nous nous sommes arrêtés dans
un petit village assez joli pour manger dans un restaurant où j’ai goûté le
meilleur pain de toute ma vie : son goût me rappelait àla fois notre
brioche (la petite, ronde et chaude juste sortie du four), le Brötchen allemand
et le pain à l’anis du Moulin de Bassilour – tout à fait délicieux. Le serveur
n’a malheureusement pas pu m’en donner la recette. Le guide m’a expliqué après
qu’en fait, le restaurant se fournissait à la boulangerie voisine qui était
la seule à le faire, et ils n’avaient pas voulu me l’avouer.
On
monte, on monte. Il pleut. Court arrêt « confort » à Sedona, très
mignon petit village aux maisons enchâssées dans la verdure, la route s’élargit
en avenue bordée de petits magasins d’artisanat d’art. Les habitants ont aménagé
une vaste esplanade apte à recevoir des cars entiers de touristes. Je n’ai
qu’un regret, c’est que le guide nous ait mal conseillé : « N’achetez
rien, c’est très cher, vous aurez la même chose au Grand Canyon ». En
fait, même à San Francisco, je n’ai jamais revu l’équivalent. Je pleure encore
de jolies poupées indiennes et des bijoux originaux, sans parler des poteries,
objets de verre et de cuir d’inspiration indienne, mexicaine ou modernes.
Malheureusement, il n’était prévu qu’une courte halte et j’y serais bien restée
la journée. Le cadre est superbe (malgré la pluie battante), et fait penser
à un village suisse, entouré de montagnes bien plus colorées, les « Red
Rocks », montagnes rouges souvent utilisées dans les décors de westerns.
De nouveau la pampa : arbustes isolés (yuccas)
sur un immense plateau, végétation qui devient progressivement plus dense,
le long de la route toute droite. Je guette au loin les prémices du Grand
Canyon et ne vois rien venir (« que la terre qui poudroie et l’herbe
qui verdoie »). J’imaginais une montagne, un plissement de terrain, un
signe quelconque. Rien. Pourtant
l’après-midi avance, il devrait être proche. Nous nous arrêtons à l’héliport.
On nous pèse, nous payons notre dû, on nous range par groupe de six. Cà y
est, c’est notre tour, photo souvenir devant l’hélicoptère (très mauvaise),
heureusement, c’est au départ, parce que, à l’arrivée, je n’étais plus très
fraîche ! On nous arrime, on nous accroche un casque à écouteurs sur
la tête, çà y est, c’est parti, d’abord du sur-place, puis un virage et nous
volons au-dessus de la forêt. Dans les écouteurs est diffusé un commentaire
lyrique et historique en français, dessous, le Canyon commence à se dessiner.
C’est en fait une immense faille qui déchire le plateau, il est magnifique
et multicolore, en outre, il fait froid mais il ne pleut plus et les nuages
laissent filtrer le soleil, juste pour nous.
Quelle
affreuse impression ! Pendant que Jean-Louis mitraille à qui mieux mieux
de son appareil photo et que le pilote avance avec une grande lenteur au-dessus
du vide qui se précise et s’agrandit, l’hélicoptère se met à épouser les moindres
mouvements de l’air, il n’avance pas droit, comme un bus sur la route, mais
plutôt comme ces graines en forme d’hélice, montant, descendant, dérapant
tantôt vers la gauche, tantôt vers la droite. Mon estomac n’aime pas du tout
çà, je cherche avec affolement une poche en plastique que je ne trouve pas,
ils n’ont pas prévu ce cas dans l’hélicoptère, contrairement à l’avion, et
j’en suis réduite à regarder strictement à l’horizontale, dès que je baisse
les yeux, mon bol alimentaire remonte. Je me mets à faire les mêmes exercices
respiratoires qu’à la corrida, non plus pour ne pas tomber dans les pommes,
mais pour ne pas vomir. Horrible, vexant. En plus, Jean-Louis et ma voisine
me regardent d’un air inquiet, je dois être vraiment blanche. Je fulmine et
les envoie paître. Je pensais trouver la promenade aérienne trop courte, au
contraire, elle n’en finit pas !
Enfin,
nous survolons de nouveau la forêt, où nous guettons les cerfs qui doivent
s’y trouver, je vais mieux, l’air est plus stable. Il me faudra au moins deux
heures pour récupérer et je suis très fâchée de dépendre ainsi de mes intérieurs.
Nous reprenons le bus pour aller tout au bord du précipice,
où Jean-Louis et moi marchons un peu, bien couverts parce que çà gèle. Je
me sens nettement mieux sur le plancher des vaches. Malgré tout, je ne regrette
pas. C’est un site extraordinaire qui mérite bien sa renommée et d’hélicoptère,
on se rend bien mieux compte de son étendue et de la variété de sa géologie.
Nous avons même acheté une cassette vidéo pour revivre ces instants magiques
à la maison.
Jean-Louis
se promet d’y revenir y faire du trekking jusqu’en bas, en réservant (des
mois à l’avance) une place au refuge ou en y campant. Il faut compter deux
ou trois jours pour faire la descente et la remontée. Sinon, on risque
d’en mourir d’épuisement (des pancartes tout le long préviennent les promeneurs).
Nous reprenons le bus pour nous rendre au belvédère,
d’où nous pouvons photographier le coucher de soleil sur le Canyon. Le temps
d’y aller, c’est déjà le soir et nous arrivons juste à temps pour les photos.
Ensuite re-bus pour rejoindre notre hôtel au milieu
de la forêt, dont l’entrée du bâtiment principal en triangle est soutenue
par des troncs entiers. Il est flanqué de part et d’autre de petits bâtiments
à un étage où se situent les chambres, spacieuses, comme elles le seront toutes
durant ce séjour.
Buffet
self-service, nous avons enfin l’occasion de reposer nos estomacs fatigués
par ces repas obligatoires avec menus imposés au restaurant. J’ai beau essayer
de compenser par des petits déjeuners légers et nature (fruits, lait), le
total par journée est décidément trop copieux, compte tenu du fait que nous
nous remuons fort peu et roulons beaucoup en bus.
Une animation est prévue : un chanteur de country-songs
et nous avons une bonne surprise, il est excellent. C’est un petit brun d’origine
indiano-mexicaine avec un registre très étendu et dans la voix (du plus grave
au plus aigu) et dans le répertoire (anglais, américain, rock, espagnol).
Presque tout ce qu’il chante, nous le connaissons et je chante en sourdine.
Jean-Louis me fait même danser quasiment en arrivant (on fait sensation et
une vieille américaine vient nous demander d’où nous sommes) et une autre
fois en fin de soirée : le pied !


