Las Vegas (suite)
Michaël
était pressé d’arriver à Las Vegas. Sans même s’assurer qu’il avait toutes
ses ouailles, il s’est précipité vers le bus, nous laissant à peine le temps
d’immortaliser ce site intéressant et spectaculaire.
Avant d’aller aux Etats Unis, les seules étendues désertiques
que j’avais vues étaient celles du Gard, du Maroc, dont je ne me souviens
pas bien, de l’Espagne, et Lanzarote. Les plus comparables sans doute sont
les espagnoles : d’immenses étendues désolées et monotones et des villes
ou villages regroupés autour d’un point d’eau permettant l’émergence d’un
havre de verdure. L’œil n’a nulle part où s’accrocher, les passagers du bus
dorment, ou écoutent Michaël qui parle dans son micro. Parfois ils bavardent
entre eux (ce qu’ils feront de plus en plus, au fur et à mesure que les corps
s’accoutumeront au décalage horaire, que les nuits seront plus reposantes,
et qu’ils se connaîtront mieux).
Las
Vegas ! Je n’avais vraiment aucune envie d’y aller : visiter des
machines à sous, moi qui déteste le jeu, je n’en voyais pas l’intérêt. Eh
bien, en fait, cette ville m’a plu. Pas les machines à sous, bien sûr, mais
tout le reste.
D’abord, le cadre est magnifique. Un cirque de montagnes
désertiques ceint une vallée plate et ordonnée. Une banlieue de coquettes
maisons entourées de jardins soignés, de larges avenues propres et bordées
d’arbres offrent une entrée reposante à l’œil, après tous ces espaces arides.
Par rapport à Los Angeles, c’est le jour et la nuit. La ville est jolie, aisée,
avec de grands magasins, des entreprises, une cité à part entière où les retraités
aiment à séjourner en hiver pour fuir les rigueurs nordiques. L’été il y fait
trop chaud, mais octobre est une bonne saison, douce et agréable. Les routes
ont une taille humaine, contrairement à cet affreux réseau d’autoroutes encombrées
d’automobilistes seuls dans leur véhicule qui défigure Los Angeles. Ici c’est
calme et reposant. Tout le bus est sous le charme.
Et lorsque nous arrivons dans le centre ville (rapidement,
parce que les faubourgs ne sont pas très étendus), nous nous mettons à pousser
des oh ! et des ah ! Les hôtels sont tous plus étonnants les uns
que les autres, imitations fantaisistes des architectures orientales ou européennes,
ou même château de dessin animé, nous ne savons où donner de la tête. Et Michaël
nous promet que le soir, avec les lumières électriques, ce sera encore mieux.
Nous avons de la peine à le croire.
A
ce moment-là, notre guide fait quelque chose que nous ne lui pardonnerons
pas. Il aura été parfait sous tout rapport, sauf là. Il nous dit qu’il veut
voir absolument un spectacle et que, si certains le désirent, ils peuvent
l’accompagner pour faire le tour des hôtels les plus prestigieux.
Ce sera $20 par personne. Il faut dire que depuis le
début du séjour, nous n’arrêtons pas de faire des rallonges au prix soit disant
tout compris au départ. « Tips » (pourboires) pour les chauffeurs
(à chaque fois que nous changeons de lieu, nous changeons de bus et de chauffeur),
hélicoptère sur le Grand Canyon, boissons alcoolisées aux repas (bières ou
vins, toujours très chers), souvenirs …
Je pense qu’il s’attendait à n’avoir qu’une dizaine
de volontaires. Mais comme nous avons appris à l’apprécier, lui et ses commentaires,
qui ajoutent toujours beaucoup à ce que nous voyons, pour nous aider à comprendre
et bien interpréter, tout le bus décide de le suivre, sauf trois personnes.
Cela fait, pour une simple balade d’une heure et demie en bus et à pied, avec
chauffeur et guide, hors programme mais sans aucun spectacle payant $20 x
50 personnes = 6 000 F ! Pas mal, n’est-ce pas ?
Bref.
Nous entrons dans l’hôtel Monte Carlo, à l’entrée majestueuse à colonnes et
« hall de gare » gigantesque avec un comptoir d’accueil à perte
de vue. Comédie habituelle de déchargement des bagages, retrouver les siens,
les porter, attendre l’appel pour la distribution des clés (cartes magnétiques),
on se dirige vers les ascenseurs au bout du hall et à l’entrée des salles
de jeux du casino, encore plus immenses.
Ah, j’ai oublié ! Pendant le déchargement du bus,
Michaël nous fait faire un « tour d’orientation » dans l’hôtel,
parce que la dernière fois qu’il y est venu, il s’est perdu ! Nous le
suivons tous à travers le grand hall, à l’immense baie vitrée qui donne sur
un jardin tropical, arrivons au sas qui dessert le couloir aux ascenseurs,
les salles de jeux et autres pièces, nous traversons sur une moquette épaisse
le casino où les machines à sous (« slot-machines ») font un bruit
tamisé, dans un décor de lustres, serveuses aux tenues aguichantes qui apportent
à boire gratuitement ( ?) aux joueurs, bars et restaurants tout le long,
salle à droite avec un immense panneau pour parier sur les courses (on dirait
la salle avec l’immense tableau de bord de la série américaine Star Trek).
Enfin,
nous atteignons le buffet où nous dînerons le soir, avant la visite nocturne
de la ville. Michaël nous dit : « Et maintenant,à vous, vous me ramenez jusqu’au bus pour retrouver les bagages ! »
Nous avons passé le test avec succès, mais il n’avait pas tort, c’est un vrai
dédale.
Babou nous avait dit que nous aurions peut-être un
lit rond assez grand pour que dix personnes y tiennent ensemble. Ce n’était
pas çà, mais nous avions deux lits dans un vrai appartement (sans cuisine)
et en nous couchant tous les deux dans le même, bras et jambes écartés, nous
ne nous touchions pas ! Gigantesques !
Michaël a déclaré que de toutes les façons, nous n’y
dormirions pas et que notre chambre ne nous servirait qu’à y poser les valises :
à Las Vegas, défense de se coucher, c’est la fête toute la nuit !
En fait, nous n’avons pas tenu le coup, et nous y avons
tout de même dormi un peu.


