San Francisco (suite)
Que
faut-il faire en cas de tremblement de terre ? Rester chez soi, loin
de toute vitre. Dans le journal, à la page météo, une rubrique séisme indique
le degré des secousses sur l’échelle de Richter, chose courante et banale,
tous les jours ou presque, mais on ne les sent pas.
Nous
traversons le quartier des hippies, où ceux de la première heure se sont établis
dans les maisons et ne supportent plus maintenant les déprédations occasionnées
par ceux de la rue ; c’est également le quartier de la drogue. Mais,
si les gens y sont moins apprêtés que dans le quartier des affaires aux gratte-ciel,
on ne peut pas dire que les rues soient laides. Le coin est simplement plus
délaissé et les gens moins nets.
Nous
passons dans un beau parc qui sert également de terrain multi-sports. C’est
au cours du siècle dernier que le maire de San Francisco a demandé à un créateur
de jardins célèbre s’il était possible de créer un espace vert sur une petite
surface sablonneuse. Il lui fut répondu que c’était impossible. Alors il s’est
adressé à un autre qui a pris le problème à bras le corps. La « petite
surface » en question faisait plusieurs kilomètres carré. Il a d’abord
planté de l’herbe rase, puis progressivement des buissons, et puis des arbres,
créant un lac, des tennis, une serre magnifique à orchidées dont les vitres
ont été malheureusement brisées et les plantes détruites par la dernière tornade
d’il y a un ou deux ans. Enfin, il y a consacré sa vie entière (il est mort
à plus de 90 ans, deux jours après sa mise à la retraite) et son second a
pris le relais. Le résultat en vaut le coup, surtout si l’on pense qu’il ne
s’agissait que de dunes stériles, les arbres sont déjà immenses, la disposition
harmonieuse et les essences variées. Comme il détestait les statues, il les
a toutes cachées dans des écrins de verdure. Pourquoi pas ?
Le
Pier 39 (thirty-nine) nous plaît beaucoup. Exceptionnellement, les constructeurs
ont laissé le bois apparent et on dirait de petits chalets de montagne placés
sur des pontons de bois au bord de la baie. Ils contiennent une myriade de
petits magasins et restaurants (l’un d’eux attire l’œil : il est spécialisé
dans le chocolat) ; nous en visitons un autre, entièrement consacré aux
coquillages et tous les objets qu’on peut faire avec. Je suis très attirée
par de jolies compositions faites de plantes hors sol disposées dans des carapaces
d’oursin (sans les épines). Malheureusement, Jean-Louis m’a fait la remarque
qu’elles seraient très difficiles à ramener dans l’avion intactes. Dommage !
Au détour des quais, nous découvrons un banc d’otaries
qui se prélassent au soleil. Elles ont fui les requins blancs du Pacifique
pour se réfugier dans la baie (qui ne doit pas être très polluée et dont l’eau
est très claire et sans aucun déchet apparent, malgré les nombreux bateaux).
Les organisations protectrices des animaux ont prié les propriétaires des
bateaux de plaisance de s’installer ailleurs pour laisser la place à cette
centaine d’animaux sympathiques.
Nous
mangeons dans un restaurant avec une grande ouverture vitrée sur la baie avec
vue sur l’île d’Alcatraz, les paquebots, les voiliers, les pélicans, cormorans
et mouettes de toutes tailles : je n’arrive pas à en détacher mon regard.
Plus tard, nous avons appris que la multitude de ces
oiseaux est tout à fait inhabituelle. « El Niño » a encore fait
des siennes. Il s’agit d’un courant chaud qui normalement se déplace dans
le Pacifique depuis l’Amérique Centrale vers l’Indonésie. Depuis plusieurs
mois, il n’a pas fait le trajet habituel. Ceci provoque la sécheresse dans
les pays de mousson et au contraire des trombes d’eau dans des régions d’ordinaire
sèches. Ils s’attendent en Californie à avoir de sérieuses intempéries dans
les mois à venir. En attendant, les oiseaux sont contents, l’eau est plus
chaude et fait également le bonheur des surfers.
On a beau nous dire que l’été est plutôt frais et humide,
avec des brouillards très épais sur la baie, que l’eau est plutôt fraîche
et peu propice à la baignade, qui se pratique de préférence vers Los Angeles
et ses plages de Santa Monica, Venice ou Malibu, et qu’à San Francisco, on
ne va dans l’eau qu’en combinaison pour y faire du surf ou du wind-surf (planche
à voile) sur la « Ocean Beach », plage de l’océan, à une encablure
du Golden Gate Bridge, cette ville nous semble vraiment très agréable à vivre,
très estivale, les gens n’y paraissent pas stressés et ont l’air d’y vivre
en bonne entente. Et pourtant, ils sont de toutes les couleurs et il y a certainement
ici aussi de grosses différences de revenus.


