San Francisco (suite)

L’après-midi, nous cinglons vers le Golden Gate Bridge. Comme nous sommes à la veille de la « Fleet Week », des avions de chasse passent en vrombissant et semblent frôler le pont. J’ai même l’impression que parfois ils passent dessous, et ils font des loopings dans les airs. C’est très beau mais assourdissant. Le guide nous donne peu de temps pour prendre nos photos. Nous fonçons à pied vers le pont pour nous faire photographier dessus par un autre touriste compréhensif. Jean-Louis prend le pont sous toutes ses coutures. C’est vrai qu’il est assez majestueux et qu’il fait une belle porte pour l’entrée de la baie. En face, c’étaient des terrains militaires qui sont devenus un parc national inconstructible : les sportifs vont y faire du vélo ou leur jogging, mais c’est assez dénudé. Le principal intérêt réside dans la vue sur la mer et la baie de part et d’autre du promontoire.

Nous avons repris le bus et sommes passés sur le Golden Gate Bridge pour aller voir le petit village très coquet de Sausalito : jolis magasins, joli port de plaisance et vue superbe sur la baie et San Francisco. Michaël nous fait crouler sous les chiffres de l’immobilier. Le terrain est très cher, donc les jardins sont réduits au strict minimum, d’autant qu’il y a très peu d’immeubles, comme à Los Angeles, en raison des fréquents séismes. Le moindre studio coûte davantage qu’une maison chez nous. Résultat logique : plus on est pauvre, plus on habite loin, plus on fait de longs trajets pour aller travailler. Mais en raison de la topographie particulière de la péninsule, ils n’ont fait que peu d’autoroutes et elles ne défigurent pas la ville. Au contraire, ils ont gardé le « cable-car », les trolley-bus, les bus, de grands parkings ont été aménagés et par conséquent, la circulation semble bien plus fluide et moins envahissante que dans l’autre métropole du sud. En outre, les habitants marchent beaucoup, la ville est pleine de piétons et équipée de grands trottoirs pour les accueillir.

Nous retournons au bus qui nous amène à l’hôtel que nous garderons plusieurs nuits, halte salvatrice, car changer six fois d’hôtel en douze jours, c’est épuisant. Il s’appelle le Shannon Court Hotel, il est situé en plein centre, offre un petit déjeuner des plus honnêtes, et c’est celui qui nous offrira les plus petites chambres de tout le séjour (de taille malgré tout très convenable à l’échelle européenne).

Nous dînons chinois et je m’endors quasiment sur la table, assommée par les médicaments américains que j’ai achetés pour vaincre la bronchite californienne que je traîne depuis de nombreux jours et que je n’avais soignée au début qu’avec l’aspirine française destinée à Jean-Louis, puisque c’est lui d’habitude qui est malade.

A ce propos, nous sommes assez choqués tous les deux par le système pharmaceutique américain. Comme je n’étais vraiment pas bien, lorsque nous nous promenions avant le dîner dans les rues proches de l’hôtel, j’ai traversé une avenue pour pénétrer au bas d’un gratte-ciel dans un magasin où ils indiquaient, entre autres choses, « Pharmacy ». En fait, il y avait de tout et, au milieu, plusieurs rayons consacrés aux médicaments. J’erre, je regarde, cherche l’ordre caché des choses, guette un employé du magasin et finis par repérer tout au fond, et pas indiquée du tout nulle part, la pharmacie proprement dite, c’est à dire deux aide- pharmaciennes qui ne s’occupent que des médicaments prescrits sur ordonnance. Quand elles daignent s’occuper de moi (elles sont concentrées sur leur écran d’ordinateur plus loin), l’une d’elle s’approche du haut comptoir et je lui explique mon problème. Elle me répond sèchement « Rayon 2 », plus, à ma demande expresse, deux noms de médicaments que je lui soutire et lui fait écrire pour ne pas faire de méprise. Je finis par trouver toute seule le rayon 2, mais impossible de trouver au milieu de ces centaines de boîtes les médicaments contre la bronchite. Je retourne au fond, toujours toussant et fiévreuse, crevée, et je lui explique qu’étant étrangère, je n’ai pas l’habitude de ces rayons et que je ne trouve rien. Elle sonne sans me répondre et fait venir un employé qui m’amène au bon endroit et balaie d’un geste large des pans entiers d’étagères en me disant, ici, ici, ici. Et je me retrouve devant toute une série de médicaments qui portent bien les deux noms indiqués mais n’ont pas les mêmes prix, ni les mêmes conditionnements, ni les mêmes prescriptions derrière pour savoir ce qu’ils soignent. Il y a même des médicaments en promotion !

Au bout d’un moment de tergiversations, j’en choisi un, où la posologie indiquée est de deux cachets à chaque prise. Je présume qu’ils avaient oublié d’indiquer que c’était pour des gars de 2 mètres et 200 kgs. C’était un vrai remède de cheval. Ah ! Je ne toussais plus et respirais à nouveau, mais j’étais groggy, ma tête tournait, incapable de fixer mon attention. Le lendemain, je ne les ai plus pris qu’à l’unité.

Quand mes compagnons de voyage ont vu que j’étais presque guérie, deux m’ont demandé de les accompagner à la pharmacie proche de l’hôtel. C’était dimanche. Pas de pharmacien au fond du magasin. Un simple employé, bougon et désagréable, que je suis allée pêcher à un autre rayon et qui m’a suivie de mauvaise grâce au rayon des médicaments en me jetant un « ce sera « Five bocks » d’un ton sauvage. A traduire : cinq dollars de « tips » ou pourboire. Je n’en croyais pas mes oreilles. Pour faire seulement son boulot, il me réclamait çà ! Je lui ai répondu « You’re joking ? - Not at all », a-t-il rétorqué (Vous plaisantez ? - Pas du tout). Nous avons quand même fini par avoir nos renseignements et je me suis refusée à les lui donner (ses $5). Pas pour la somme. Pour le principe.

Michaël nous a fait, lors d’un de nos longs trajets en bus, tout un cours sur la fiscalité, la sécurité sociale et les assurances aux Etats Unis. Il en a conclu (comme il connaît également le système français) que finalement un Américain devait sortir une somme sensiblement équivalente à celle qui sort de la poche des Français, sauf que c’est lui qui doit s’assurer alors que chez nous ce sont des cotisations obligatoires ou des impôts. D’après lui, ce serait plus indolore et flatterait davantage l’amour propre indépendant des Américains : ils ne sont pas moins malades, prennent aussi leur retraite (plus tard), mettent aussi leurs enfants à l’école (souvent payante pour être meilleure), etc. Le système est différent, mais le résultat au niveau de la bourse serait sensiblement pareil.

Il y a tout de même beaucoup de S.D.F., en particulier dans le centre ville, où sont situés de nombreux hôtels. La ville est accueillante, les gens tolérants, les rues pourvues de larges trottoirs parcourus de piétons pas trop pressés et de parcs bien verts, si bien qu’il y en a en assez grosse concentration, mais ils semblent peu agressifs et racoleurs. Sans doute que les associations caritatives font le nécessaire au moins pour les nourrir : certains n’hésitent pas à réclamer sur leur pancarte des dollars pour une bière.

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