San Francisco - Brenda
Et
c’est au milieu de cette foule bigarrée du port en fête que j’ai donné rendez-vous,
la veille au soir par téléphone, à la correspondante de Catherine, Brenda,
dont je ne connais que la voix. A quinze heures, je me trouve avec Jean-Louis
(totalement désabusé et défaitiste et qui, en plus, ne voit absolument pas
l’intérêt de cette rencontre) devant le musée de la mer local.
Un quart d’heure de retard, je ne vois toujours personne.
Je cherche un couple avec un bébé. J’interroge une jeune femme qui paraît
attendre avec son bébé et ne pas s’intéresser au spectacle « Are you
Brenda ? » Réponse négative. Je commence à désespérer et me donne
encore un quart d’heure, Jean-Louis en a marre. Tout d’un coup, je vois arriver
une jeune rousse mince, je descends l’escalier, tenant ma petite fiche où
j’ai inscrit « Brenda » au bic. Nous nous reconnaissons tout de
suite sans nous être jamais vues « Are you Brenda ? – Are you Cathy ? »
- C’est le miracle !
Je récupère Jean-Louis et nous passons quelques heures
avec ce couple fort sympathique. Je suis contente. Son mari nous attend dans
la voiture en double file avec bébé qui dort. Ils nous emmènent dans les jolis
quartiers de San Francisco, nous désignent la maison de l’acteur qui a joué
dans « Le cercle des poètes disparus », puis nous longeons le golf
qui surplombe la ville, voyons la baie depuis un belvédère (une mariée s’y
fait prendre en photo), nous photographions sa limousine, mais il fait froid
et il y a du vent là-haut, alors nous nous réfugions dans un superbe bar un
peu plus loin, au-dessus de la « Ocean-Beach ».
Lorsque
nous y arrivons, nous voyons garés dans le parking une voiture de la télé,
plusieurs voitures de pompiers, la police : nous apprenons que quelqu’un
est tombé des rochers. Vu la hauteur, j’ai peu d’espoir qu’il soit retrouvé
vivant. Brenda me dit que çà arrive souvent, et elle précise que ce ne sont
pas des suicides, mais des accidents, les gens s’approchent pour admirer la
vue et tombent. Fait divers.
Brenda est avocate en droit social, avec une associée,
et parmi ses occupations, elle mentionne le « sexual harassement »,
harcèlement sexuel, qui me fait immédiatement penser à Michaël Douglas, dans
l’un de ses derniers films. Son mari, Frank, est informaticien à son compte
à San Francisco avec deux associés (il n’est pas à la Silicon Valley, qu’il
trouve très laide, comme Los Angeles, et surpeuplée). Il a trois employés
qui sont des programmeurs et il fait des programmes sur commandes pour des
entreprises. Il a également créé un programme spécialisé qu’il cherche à diffuser.
Apparemment un bon créneau.
Il
est adorable avec sa petite fille. Il la fait goûter, joue avec elle et pouponne,
pousse la poussette. Il a 39 ans et sa femme un peu moins, je crois. On voit
qu'ils ont longtemps attendu pour faire un enfant. Elle a divorcé et il est
son second mari, depuis deux ans. Sans doute qu’il a dû divorcer lui aussi.
Notre guide, Michaël, a divorcé lui aussi pour épouser
une femme française qui vit maintenant avec lui à 40 km de San Francisco,
et vient d’avoir un bébé depuis 15 jours.
Frank nous pose une drôle de question : est-ce
que cela ne nous gêne pas qu’ils soient avec leur bébé ? Parce que la
plupart de leurs amis n’ont pas d’enfant et qu’ils trouvent çà ennuyeux.
Il a fallu que je leur fasse un dessin : ils n’avaient
pas réalisé que nous avions quatre enfants, et que nous savions ce que c’était !
D’ailleurs, à notre retour à l’hôtel, je jouais avec le bébé derrière dans
la voiture et j’avais une sacrée cote !
Le
lendemain, nous avons eu une conférence à l’hôtel, au quatorzième étage (belle
vue sur San Francisco). Un jeune surdoué français travaillant en coopération
nous fait un exposé sur le champagne californien produit au Domaine Chandon,
avec la technique de Moët et Chandon, que nous avons visité le jour suivant.
Puis, un avocat du nom de Lendormi, français à l’accent
américain, nous parle de la façon d’investir aux U.S.A., techniques juridiques,
formalités … C’est intéressant. Nous rêvons en apprenant qu’une société peut
se fonder en 24 heures et démarrer aussitôt son activité.
Au dîner, j’attire le jeune surdoué à côté de moi,
pour discuter. Il a étudié à l’école Centrale de Lyon. Comme l’allemand l’ennuyait,
il l’a abandonné pour faire deux ans de chinois. Il est allé à Pékin en tant
qu’assistant d’université pendant quelques mois. Souhaitant y retourner, il
a postulé auprès de plusieurs entreprises, dont Moët et Chandon qui lui a
répondu en lui disant qu’ils n’avaient rien pour la Chine, mais qu’il y avait
un poste à pourvoir à San Francisco, est-ce que çà lui dirait ? … Son
poste, c’est de travailler dans la salle d’informatique (sans fenêtres et
avec air conditionné) pour leur créer un réseau Intranet. Si seulement mes
enfants pouvaient devenir des jeunes hommes aussi intéressants et ouverts !


