San Francisco - Oakland : visite du port
L’après-midi,
nous visitons le port d’Oakland. Nous traversons un autre pont sur la baie
(je crois que c’est le Bay Bridge), passons sur l’autoroute qui s’est écrasée
sur celle du dessous lors du dernier gros tremblement de terre. Elle a été
refaite aussitôt, mais aux normes antisismiques.
Comme c’est une voie indispensable, la mairie a demandé
à une entreprise de la refaire aux conditions suivantes : pénalités de
retard exorbitantes, primes très avantageuses par jour d’avance sur le temps
imparti. L’entrepreneur (d’origine italienne) a accepté le risque. Il a prévenu
tous ses collègues aux quatre coins des U.S.A. et ils se sont tous mis à travailler
d’arrache-pied. Ils ont terminé avec un mois et demi d’avance et ont empoché
le pactole.
Nous faisons un petit circuit dans le bus avec un responsable
du port qui nous donne quelques explications. C’est un port spécialisé dans
les containers. Le vrac est déchargé dans un autre endroit. Nous voyons donc
des alignements impressionnants d’énormes grues et de gros bateaux chargés
jusque sur le dessus de containers. Quand il y a de grosses vagues, je me
demande comment ils font pour ne pas en perdre (même arrimés comme on me l’a
décrit par la suite). Ce port est géré par la mairie d’Oakland, de même que
l’aéroport, en plus des tâches habituellement réservées aux mairies. Ils n’ont
pas de chômage à gérer, c’est le contraire. Ils sont en train de doubler la
superficie (et la capacité ?) du port.
Toute
la région de San Francisco (de même qu’à Los Angeles) a été gravement touchée
par la baisse des budgets accordés à l’armée, ainsi que par la baisse d’activité
de l’aéronautique. Cela a eu pour conséquence la libération, qui se poursuit
encore aujourd’hui, de nombreux terrains, que tous les lobbies locaux se disputent,
et de bâtiments industriels, qui sont maintenant réutilisés à d’autres fins.
En ce qui concerne Oakland, c’est ce qui lui permet
d’agrandir son port à ce point, car le problème des terrains est crucial.
Il a même fallu créer une île artificielle dans la baie pour l’armée (qui
commence d’ailleurs à s’enfoncer lentement, comme Venise), et qui sera sans
doute attribuée aux riches pour qu’ils y établissent leurs villas (avec vue
imprenable sur San Francisco).
La mairie a un pouvoir économique assez important.
Deux compagnies privées de voies ferrées arrivent jusqu’au port (les trains
sont très longs et passent en pleine ville sans passages à niveau ni barrières
en bloquant la circulation). C’est la mairie qui discute des tarifs. Une année,
elle a tellement fait baisser les prix en mettant les deux compagnies en concurrence
qu’elles ont décidé que ce n’était plus rentable de travailler avec Oakland
et qu’elles se sont détournées de la ville pour commercer ailleurs !
Les conseillers municipaux ont compris qu’il y avait des limites à ne pas
dépasser et que chacun devait y trouver son compte.
Il
y a aussi la question des espaces verts. La mairie impose au port de réserver
quelques espaces verts, de façon à ce que la ville soit plus esthétique d’une
part (elle est bien plus industrielle que San Francisco et me fait penser
au Boucau par rapport à Bayonne) et d’autre part, que les gens puissent venir
bader et observer l’activité portuaire tout en restant hors de portée des
grues.
Oakland est bien plus contrastée que San Francisco :
le bas est réservé aux bâtiments industriels, port et aéroport, les ouvriers
y habitent aussi (souvent de couleur), le haut, la colline, est couvert de
villas pour les plus riches. Il y a également un antagonisme historique et
une jalousie entre les deux villes, San Francisco étant considérée comme plus
chic et plus huppée qu’Oakland.
Comme d’habitude, le guide nous a abreuvés de chiffres,
tonnages, millions de dollars, que je me suis empressée d’oublier. La seule
chose qui me reste, c’est que leur souci est de gérer harmonieusement leur
dynamisme et bien répartir leurs activités, accompagner leur croissance pour
qu’elle ne se fasse pas aux dépens du cadre de vie : j’aimerais que nous
ayons des problèmes similaires en Europe.
Nous
avons eu une soirée de gala. Au dernier étage d’un très grand hôtel, garni
de baies vitrées de tous côtés avec vue sur les lumières de San Francisco
la nuit. Il y avait un buffet central où chacun pouvait se choisir les plats
qu’il voulait, asiatiques, européens ou américains.
A la fin, tous les convives voulaient descendre par
l’ascenseur extérieur transparent, il y avait une queue pas possible. Alors
Marc, Geneviève, Jean-Louis et moi avons repris l’ascenseur intérieur par
lequel nous étions montés et nous sommes sortis pour faire le tour de l’hôtel
et voir l’autre ascenseur descendre le long de la paroi. Le temps de faire
le tour, le bus avec tout le groupe était parti sans nous ! Nous en avons
été quitte pour une bonne marche avant de nous coucher …


