Inverness
Surf et méduses
Je
demande à notre hôtesse où faire du cheval sur la lande
et les tourbières. Le centre équestre est plus loin sur la
route côtière, à Bettyhill. Nous voyons dans un jardin
deux jeunes filles en train de bouchonner chacune une monture. Nous sommes
au bon endroit, bien qu'aucune pancarte ne l'indique : le bouche à
oreille doit bien fonctionner ici. L'une d'elle va chercher la propriétaire,
une femme élancée aux cheveux blonds tressés, à
fière allure dans son pantalon d'équitation. Malheureusement,
les chevaux sont déjà réservés jusqu'à
mardi (nous sommes samedi). Cela nous aurait bien plu, d'autant que les
chevaux étaient calmes et qu'il n'y avait pas besoin d'avoir appris
à monter préalablement.
Plutôt que de revenir
sur nos pas, nous préférons longer encore un peu la côte
jusqu'après Strathy pour redescendre ensuite sur Helmsdale et la
côte est. Est-ce la fatigue de la route, ou l'accoutumance au paysage,
nous trouvons ce trajet quelque peu ennuyeux et nous poussons un ouf de
soulagement lorsque nous voyons la mer au port de Helmsdale. Nous nous serions
bien arrêtés, mais la route ne s'y prête pas. Nous faisons
donc une pause à Brora, où nous achetons à manger comme
d'habitude au bureau de poste et descendons marcher sur une plage à
surfers, la première où nous voyons des vagues ! Sur
le sable, nous découvrons deux squelettes d'oiseaux de mer, et des
méduses échouées. Les rochers sont toujours couverts
de ce varech brun clair, caractéristique des rivages écossais,
et de quelques algues vertes. Un pilier de bois échoué porte
encore sa charge de ces drôles de coquillage bivalves blanc-noir qui
y sont fixés par un long corps souple.
Quelques miles plus loin,
nous décidons de pique-niquer. La mer paraît proche, mais la
voie ferrée nous en barre l'accès. Nous prenons une petite
route au hasard sur notre gauche et débouchons dans la cour d'une
ferme où nous devons faire demi-tour au milieu des aboiements réprobateurs
d'un chien. Nous contournons une petite église isolée au milieu
de la campagne et passons par un tunnel sous la voie ferrée pour
déboucher sur un rivage rempli de camping-cars et caravanes, jusque
là invisibles. L'herbe s'arrête brutalement à 3 mètres
de l'eau et nous sautons du talus sur le sable fin. Il fait très
chaud. C'est la première fois que nous avons réellement une
température estivale, et cela me dérange presque... je m'étais
habituée à la fraîcheur. Les
petits Ecossais pataugent gaiement dans l'eau peu profonde mais, lorsque
nous nous en approchons une fois rassasiés, nous découvrons
quantités de petites méduses en suspension ou échouées
sur le sable humide. Apparemment elles ne doivent pas être très
dangereuses puisqu'aucun des baigneurs ne ressort de l'eau en hurlant ni
couvert de rougeurs, mais quand même, malgré la chaleur, nous
ne sommes pas très inspirés pour nous y plonger. En plus,
il y a plein d'algues flottantes, ce n'est pas très ragoûtant.
Pendant que les enfants et moi examinons la mer, J-L s'est installé
pour lire et resterait bien un bon moment. La côte est rectiligne,
plutôt monotone, avec sa bande étroite de sable, la voie ferrée,
la route et une ligne de collines qui forment quatre lignes parallèles
: rien à découvrir, pas de mystères, le soleil cru
éclaire toutes choses. Je préférais le paysage tout
en nuances des lochs et des firths sous le ciel mouvant.


