Inverness
Dingwall
Les
enfants se défoulent un moment à trois sur une trottinette
abandonnée dans l'herbe, puis nous poursuivons notre descente vers
le sud. Nous retrouvons une campagne plus ordonnée, des champs cultivés,
des bourgs cossus formés d'innombrables maisons. En longeant un fjord
(firth), nous apercevons avec surprise des plate-formes de forage, sans
doute de pétrole ou de gaz (apparemment, il n'y en a pas qu'en Mer
du Nord au large), et au bout, un port avec de nombreux entrepôts
et une véritable zone industrielle.
La circulation devient dense, les routes plus larges, parfois même de véritables tronçons d'autoroute où les conducteurs se défoulent, frustrés par le ralentissement occasionné par les nombreuses caravanes et autres camping-cars, très utilisés par les Britanniques (ce qui n'est pas étonnant, étant donné la cherté de l'hébergement, même en B & B, sans parler des hôtels). Nous avons déjà la sensation que le voyage se termine. Je compulse mes papiers et découvre que nous ne dormons pas à Inverness même, mais dans un village situé plus au nord, en bordure de ce firth industriel.
Nous
avons la surprise de pénétrer dans un bourg coquet, aux jolies
maisons, et nous arrivons à une villa individuelle au gazon ras,
uniquement limité par un petit muret qui la sépare du jardin
voisin (gazon ras, et plantes à fleurs en bordure) qui permet d'avoir
une vue imprenable sur le firth. Un jogger passe sur le sentier qui le longe,
et après avoir déchargé nos bagages dans nos chambres,
toujours aussi propres et moquetées de neuf, nous partons en exploration
sur la piste cendrée.
Un ruisseau dont les berges abritent des familles entières de canards, avec de mignons canetons duveteux, une petite île longitudinale reliée à la rive par un pont suspendu, un parc fleuri donnant sur l'étendue d'eau et de grève découverte par la marée basse, la brise du soir rebroussant les plumes des mouettes et autres sternes de mer, nous sommes sous le charme. Le calme n'est rompu que par les cris de quelques enfants qui s'ébattent sur l'herbe, et le regard, aussi loin qu'il puisse aller, ne porte que sur la beauté d'un estuaire immense et paisible.
De
retour chez notre hôte, nous apprenons qu'il y a fête au village.
C'est une manifestation annuelle, à laquelle nombre de villageois
prennent part. Des camions et remorques tirées par des tracteurs
sont disposés en cercle au milieu duquel circulent les badauds de
tous âges. A l'intérieur, des groupes présentent chacun
une scène, avec décor, déguisement, musique et thèmes
aussi variés que les O.G.M., des parodies de chanteurs célèbres,
Harry Potter, le magicien d'Oz, le far-west... Nous errons au milieu de
l'ambiance bon enfant.
Le
micro hurle le nom des vainqueurs. Ceux sont les O.G.M. qui sont promus
premiers et gagnent la modique somme de 150 £ (je le sais, parce que
quelqu'un vêtu de blanc dans le camion m'a fait un signe de la main,
et il s'est avéré que c'était notre hôte, que
bien sûr je n'avais pas reconnu sous son déguisement !). Il
m'a reproché gentiment de l'avoir ignoré (je n'imaginais pas
que l'on puisse me saluer dans ce village inconnu encore 2 heures avant)
et m'a dit que le groupe allait s'offrir un bon repas à l'automne
avec leur gain. C'était la deuxième année de suite
qu'ils gagnaient. En tout cas, cela a semblé bien l'amuser, et pour
notre part, nous avons apprécié nous immerger ainsi dans une
ambiance typiquement britannique, où même les adolescents et
les personnes âgées ne dédaignaient pas d'y faire acte
de présence.
Pour
terminer notre séjour en beauté, je suggère de dîner
dans un restaurant indien. Nous nous faisons servir toute une panoplie de
plats épicés et odorants et le restaurateur (du Bangladesh)
vient me raconter sa vie (à laquelle je ne comprends pas grand chose,
car il a un accent à couper au couteau, mais je fais comme si...).
Et d'abord, il y a un million d'Indiens en Grande Bretagne, ils constituent
une force économique non négligeable et contribuent considérablement
à la richesse nationale (sic dixit). Pour lui, le pays idéal,
c'est l'Ecosse, et il ne changera pour rien au monde, d'ailleurs, ses enfants
sont nés ici, et il tolère à peine qu'ils aillent rendre
visite une petite semaine à leur pays d'origine, mais pas plus, parce
que c'est dangereux, qu'il faut distribuer partout des bakchich, que là-bas
on les considère comme des richards (ce qu'ils ne sont pas, mais
tout est relatif), etc., etc. C'est amusant de l'entendre et les enfants
sont étonnés de voir la façon dont il se confie à
nous (à moi).


