Oban
Oban
L'arrivée
à Oban est un enchantement. Depuis les hauteurs, nous descendons
vers le village de pêcheurs aux maisons soignées et fleuries.
La côte découpée, éclairée par le soleil
couchant, offre un paysage féerique. Nous suivons les indications
de notre feuille de route et roulons bien après le village sur une
étroite route côtière entre colline et murets de pierre
où seule passe une voiture, avec des élargissements de loin
en loin pour se croiser. La montagne s'éloigne. Deux-trois maisons
plus communes se dressent non loin d'un appontement où se tient la
voiture d'un club de plongée sous-marine. Deux
mobile-homes sont installés dans la cour de la première maison.
Je crains le pire. Nous
restons un moment à l'entrée : personne ne réagit à
la sonnerie. Nous faisons le tour et apercevons enfin une silhouette derrière
les vitres.
Un
vieux monsieur nous reçoit et nous introduit dans nos chambres à
l'étage : je suis contente, nous dormirons à l'intérieur
de la maison. De nouveau
une moquette épaisse étouffe le bruit de nos pas. Le fils,
arrivé sur ces entrefaites, nous fait les honneurs des lieux en bavardant
gaiement, volubile. Il veut tout savoir, d'où nous venons, notre
métier, nos impressions...
Après nous être reposés, nous reprenons la voiture malgré l'incommodité de cette "one-track road", car la distance à parcourir jusqu'au village est un peu longue pour la faire à pied. Le soir, la température descend beaucoup, et le vent se lève. La lumière, plus terne, et les nuages qui envahissent le ciel, ôtent à Oban une partie de son charme, d'autant que les magasins, selon la coutume britannique, ont tous fermé très tôt. Nous trouvons une cafétéria près du port et mangeons des plats aux noms connus mais au goût peu habituel.
Nous
assistons après à un spectacle de cornemuse sur une placette
qui attire toute une foule de touristes. Je me juche sur la margelle d'un
monument et m'étonne de l'allure martiale du chef d'orchestre. On
dirait une parade militaire, avec une grosse caisse (tenue par un énorme
percussionniste dont les cuisses rivalisent avec la largeur de l'instrument),
des tambours frappés avec des baguettes ou bien des bâtonnets
terminés par une boule blanche douce et souple attachés aux
doigts par un lien. Avant de frapper un coup assourdi sur la peau tendue,
les percussionnistes font pirouetter leurs tampons autour du doigt une ou
plusieurs fois comme les majorettes avec leur canne.
Les cornemuses sont des instruments relativement peu harmonieux et j'ai du mal à distinguer les airs les uns des autres. Je m'amuse donc à observer les musiciens de tous âges et sexes qui s'évertuent chacun à leur manière à souffler dans le tuyau qui gonfle l'outre d'air : ils le tiennent entre leurs lèvres de face, de côté, comme une pipe, en gonflant une ou deux joues, plissant le cou, penchant la tête... Ils portent bien sûr tous le kilt, avec des épaulettes et un béret, et réussissent à ne pas paraître ridicules dans leur accoutrement suranné. Finalement, j'aime assez.


