Skye
Portree
Redescendus
du Ben Nevis, nous reprenons la route et passons le pont pour accéder
à l'île de Skye. Lorsque je découvre en compulsant mes
papiers que Bennett Voyage nous a réservé un B & B situé
tout à l'extrémité, nous sommes un peu découragés.
Nous avons déjà beaucoup roulé et nous sommes fatigués.
Nous faisons halte à
Portree, petit village de pêcheurs sympathique qui fait office de
capitale de l'île. Ici, les gens ont conservé plus qu'ailleurs
leurs coutumes et continuent en majorité à parler la langue
gaélique, directement issue du celte. Des
écoles s'ouvrent depuis quelques années, privées, où
l'enseignement se fait uniquement en cette langue. D'ailleurs, les panneaux
indicateurs sont bilingues, et je m'amuse à lire les noms gaéliques
en m'aidant de leur transcription anglaise : ce n'est pas piqué des
vers ! Nous regardons les menus sur les pancartes des restaurants du port
et faisons notre choix. Malheureusement, ce n'est pas si simple : ils sont
minuscules, réservés par les autochtones et bondés.
Nous les faisons tous et l'un d'eux accepte enfin de nous prendre si nous
patientons un moment à l'extérieur. Nous allons observer le
manège des grandes mouettes qui surveillent les clients du Fish and
Chips installés en terrasse. L'une d'elle descend en piqué
et fait mine de voler une frite directement dans la barquette de son long
bec crochu impressionnant. Elle se détourne au dernier moment : pire
que les pigeons et moineaux parisiens !
Nous faisons connaissance avec les "midgies", minuscules insectes quasiment invisibles qui volent en nuages et piquent désagréablement. Nous avons l'air de fous à agiter les mains devant nos visages et retournons bien vite nous abriter dans le restaurant. Cette pause nous fait du bien : les accus sont rechargés pour parcourir les derniers 19 miles.
Le bout de l'île
Nous
allons au bout du monde. Les montagnes sont déchiquetées,
les falaises deviennent vertigineuses. Le paysage devient de plus en plus
sauvage, les maisons se raréfient et nous suivons les indications
de notre brochure avec une perplexité croissante. Ici, pas de nom
de rue ni de numéros ; seulement une distance en miles à partir
du village de Staffin, puis un hôtel à repérer, emprunter
une petite route sur la gauche et c'est la deuxième maison, au fond,
à gauche, ouf ! Nous sommes accueillis par une grand-mère
mécontente (il est plus de 21 heures) qui nous reproche d'emblée
et sur le pas de la porte de n'avoir pas téléphoné
pour la prévenir de notre retard. Elle aurait pu louer les chambres
plusieurs fois depuis 6 heures du soir, des gens sont venus se renseigner,
et elle n'était pas tenue de nous réserver la place ! Nous
avons eu de la chance, mais à l'avenir, il faudra nous méfier.
Quand même, elle exagère, il n'y a rien ici pour dîner,
il fallait bien s'arrêter avant. Un B & B, comme son nom l'indique,
n'offre que le lit et le petit déjeuner, il est donc difficile, dans
un endroit aussi reculé, d'arriver à 6 heures tapantes !
Une
fois essuyée l'algarade, nous obtenons la permission d'entrer : l'extérieur
n'est pas particulièrement remarquable mais l'intérieur est
un véritable bijou suranné. Les couleurs sont assorties à
l'extrême, il y a pléthore de coussins sur les oreillers et
les fauteuils, des bibelots envahissent le moindre recoin. Même la
salle de bain est très décorée, et garnie de plantes
vertes. J-L surnomme notre chambre la chambre "bonbon". Le séjour
comporte les inévitables photos de famille, y compris celle de son
mariage avec le marié en kilt ! Les petits enfants, impeccablement
mis et figés dans une attitude raide et compassée, illustrent
bien l'immobilité dans laquelle ils doivent être tenus au milieu
de cet encombrement extraordinaire de mobilier surchargé. C'est amusant
à voir mais je n'y vivrais pas. Notre hôtesse doit être
hyper-maniaque : il n'y a pas un grain de poussière et la moquette
neuve assourdit partout le bruit de nos pas. Petits détails qui diffèrent
de notre confort français, les WC sont toujours dans la salle de
bain, il n'y a pas de bidet, les Britanniques ne connaissent pas l'emploi
du mitigeur (il y a toujours, à l'ancienne, un robinet d'eau chaude
et un d'eau froide, qui font rouspéter J-L à chaque fois qu'il
doit se raser) et la douche fonctionne avec un mécanisme très
compliqué.
Nous avons acheté à Oban un adaptateur électrique car les prises britanniques ne ressemblent pas du tout aux françaises (et en plus, c'est du 240 V au lieu du 220 V). Malheureusement, il ne marche pas, et je dois me lancer dans mille explications pour m'en faire prêter un - ce sera le même problème dans chaque B & B - pour recharger la batterie de l'appareil photo numérique de Richard et Max, prêté pour l'occasion et, accessoirement, pour faire fonctionner mon sèche-cheveu.


