El monasterio de San Juan de la Peña
Los Mallos de los Riglos
Malheureusement,
à 7heures et demie du matin, il pluvine et le temps est très
couvert. Je laisse un message sur le répondeur de l'association de
parapente Abélio pour avertir que nous ne viendrons pas et nous décidons
de passer le col du Somport pour aller chercher le soleil en Aragon de l'autre
côté des Pyrénées. Richard a envie de voir "los
Mallos de los Riglos".
Cela ne rate pas, peu après la frontière, le ciel s'éclaircit à l'horizon, et les nuages s'effilochent, chassés par un vent violent (et pas si chaud que ça). Nous n'avons pas de carte d'Espagne et descendons sur Jaca, où j'aperçois le panneau "San Juan de la Peña" qui me rappelle de bons souvenirs. L'an dernier, nous étions passés devant le monastère à moitié troglodyte du XIe siècle, mais il était trop tard pour le visiter. Il me semble qu'il est sur la route des Riglos, et je propose de suivre cette direction. Je n'avais pas pensé aux virages : la route de montagne est très sinueuse, et Elisabeth et Richard ne se sentent pas bien.
Les
visites étant à l'heure espagnole, nous décidons de
retarder l'heure de notre pique-nique et empruntons un sentier au milieu
d'un bois de pins qui fleure bon le soleil et la résine. Des cigales
cachées dans les branches crissent vaillamment, nous donnant l'impression
d'être sur les rives de la Méditerranée. Je propose
à trois Français de se joindre à nous pour atteindre
le nombre fatidique de 20, qui permet de bénéficier d'un tarif
de groupe. Carolina, mignonne guide espagnole qui a étudié
à l'école de tourisme d'Oloron, nous initie à l'histoire
navarro-aragonaise, nous apprend à distinguer l'architecture mozzarabe
de l'art roman, et nous fait apprécier les quelques rares vestiges
rescapés d'incendies et destructions successifs. Elle sait mettre
en valeur le patrimoine de l'ancien monastère et nous communique
son enthousiasme pour ces époques révolues de ferveur religieuse.
Nous
partageons nos victuailles sur une aire de pique-nique située non
loin du "nouveau" monastère du XVIIe siècle, construit
au sommet de la montagne pour plus de commodité (la falaise incurvée
maintenait une humidité propice aux rhumatismes) à une époque
où l'insécurité n'était plus le problème
majeur. Cependant, les moines n'avaient pas prévu que toutes les
richesses amassées grâce aux dotations des fidèles seraient
confisquées au bénéfice de l'état espagnol.
Privé de toutes ressources, le monastère s'est effondré
et seule l'église est restaurée à l'heure actuelle.
Une dizaine de moines y résident encore dans une dépendance,
deux ou trois d'entre eux étant affectés à l'ancien
monastère.
Richard
est décidément mal en point et déçu de ce temps
maussade. Il repart au gîte avec ses enfants tandis que nous nous
dirigeons vers los Mallos de los Riglos. Nous ne regrettons pas : le site
est petit mais superbe. Les roches aux couleurs chaudes s'élèvent
vers le ciel, masses imposantes autour desquelles planent les gypaètes,
vautours bicolores à la tête jaune et la queue largement étalée,
et les choucards noirs et criards. Le petit village de los Riglos est blotti
à leur pied, un peu délabré, plusieurs maisons étant
consacrées à l'hébergement des marcheurs et grimpeurs.
J'y aurais bien vu des balcons fleuris et des pots de fleurs au pied des
façades blanches ou ocres, comme au Périgord. Dommage que
les habitants n'en aient pas le goût. Avec un cadre de vie pareil,
ils auraient dû mettre leur village à l'unisson. Je pense que,
là encore, la population vieillit et l'attrait de la ville (et du
travail) vide les maisons. La rivière en contrebas dévale
avec énergie, offrant des rapides attrayants pour les adeptes du
rafting. Il n'y a pas grand monde, et nous nous garons sans problème
dans le petit parking de terre à l'entrée du village.
Le
vent s'est atténué et, en cette fin d'après-midi, le
soleil commence réellement à percer. Nous avons presque chaud
et laissons pulls et coupe-vent dans les voitures. Des Français rentrent
de balade : ils ont marché toute la journée autour de la montagne
rouge, une chouette balade avec une bonne montée et une vue panoramique
au sommet. Cela nous donne envie de revenir une autre fois, plus tôt,
pour en faire autant. Etant donné l'heure, nous nous contentons de
gagner le pied de la montagne, un groupe la longe un peu vers le haut, puis
redescend pour tenter une escalade, assuré par la corde de Max. J'explore
une des anfractuosités à la base, puis contourne la montagne
pour observer les vautours gypaètes qui planent, assise à
l'ombre d'un romarin. A la jumelle, je suis leurs évolutions et garde
l'appareil photo branché, dans l'éventualité où
l'un d'entre eux me survolerait suffisamment bas pour que je puisse le prendre
en photo : ce n'est pas gagné. Avec le vent qu'il y a, et la forme
du relief, les ascendances sont fortes et régulières, et ils
volent à une grande hauteur, parcourant de grandes distances sans
un battement d'aile.


