Sommaire
| ConfĂ©rence Ă Â Aci Gasconha, centre culturel Tivoli dâAnglet, suite au voyage aux USA effectuĂ© par Marie-Jeanne, Jean-Bertrand, JoĂ«lle, Jean-Louis et Cathy de la SociĂ©tĂ© dâAstronomie Populaire de la CĂŽte Basque et des amis californiens de Marie-Jeanne, Candi et Robert. |
Voyage au Far West
LâEurope sous le prisme de lâAmĂ©rique
La biodiversité
La culture Fremont
AprĂšs avoir Ă©tudiĂ© lâimpact de la colonisation europĂ©enne sur la forĂȘt et lâeau en AmĂ©rique du Nord, quâen est-il de la biodiversité ? Alors que nous poursuivons notre pĂ©riple en quittant la ville de Moab et son parc naturel Canyon lands au sud de lâUtah pour nous rendre dans le nord, au parc naturel de Yellowstone, nous faisons halte Ă mi-chemin au musĂ©e prĂ©historique de Price. A cĂŽtĂ© des dinosaures et des mammouths, un espace est dĂ©diĂ© aux AmĂ©rindiens de la culture Fremont, ainsi nommĂ©e en raison du site archĂ©ologique dĂ©couvert entre 1928 et 1929 par Noel Morss : les vestiges se trouvaient le long de la riviĂšre Fremont et dans la zone du Nine Mile Canyon. La culture Fremont âclassiqueâ sâest dĂ©veloppĂ©e dans lâest de lâUtah et lâouest du Colorado, Ă lâest des Wasatch Mountains, durant une pĂ©riode comprise entre 450 et 1250 aprĂšs J.-C. AprĂšs cette date, on suppose que ces Indiens ont quittĂ© la rĂ©gion et quâils se sont fondus dans les populations voisines du Grand Bassin et du Plateau du Colorado. Leur disparition remonte bien avant la colonisation europĂ©enne. Que leur est-il advenu ? â Photos : Livre de Noel Morss â
Aujourdâhui, les AmĂ©ricains essaient de se forger une histoire ancrĂ©e dans le Nouveau Monde. Ils fouillent le sous-sol et reconstituent peu Ă peu la chronologie de la colonisation du continent par les humains. Lors dâinvestigations dans la rĂ©gion de Canyon lands (Moab), des vestiges archĂ©ologiques ont rĂ©vĂ©lĂ© lâexistence de cette population indienne disparue relativement rĂ©cemment. Pourtant, tout montrait sa grande capacitĂ© dâadaptation Ă un environnement parfois dur et extrĂȘmement variable. Son territoire sâĂ©tendait sur des montagnes, des canyons, des marais et un dĂ©sert semi-aride, chaque zone Ă©cologique Ă©tant caractĂ©risĂ©e par une flore et une faune particuliĂšre. Avant lâarrivĂ©e des EuropĂ©ens, le mouflon dâAmĂ©rique Ă©tait lâanimal le plus communĂ©ment chassĂ© dans la rĂ©gion. Il Ă©tait une source alimentaire, vestimentaire et dâoutillage pour ces Indiens Fremont qui le reprĂ©sentaient souvent sur leurs pĂ©troglyphes.
Ils étaient principalement des agriculteurs et cultivaient du maïs, des haricots et de la courge, mais ils complétaient leur régime alimentaire par la cueillette de plantes sauvages et la chasse. La proportion entre ces sources alimentaires variait suivant les régions. Ces gens étaient trÚs efficaces pour exploiter leur environnement local et ajuster leur régime en fonction des fluctuations des conditions environnementales.
En dĂ©pit de sa flexibilitĂ©, la culture Fremont a disparu. On pense quâune longue pĂ©riode de sĂ©cheresse a obligĂ© les gens Ă migrer sous des cieux plus clĂ©ments. Si pareille calamitĂ© se reproduisait dans ces Ătats de lâOuest amĂ©ricain, les habitants actuels auraient beaucoup moins de cordes Ă leur arc pour sâadapter en fonction de sources alimentaires locales. LâĂ©levage est dĂ©jĂ sous perfusion et ne se maintient que grĂące Ă lâirrigation de prairies artificielles de luzerne, et lâagriculture nâest possible que sur une trĂšs faible portion de ce territoire, Ă©galement grĂące Ă une irrigation intensive. Que feront-ils si lâeau vient Ă manquer ? â Photo ci-dessous : Mormon-tea (Ephedra nevadensis) : utilisĂ© comme aliment et remĂšde par les Indiens â Liste : Ressources sauvages vĂ©gĂ©tales et animales de la culture Fremont â
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Plantes sauvages
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Gibier
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| le tournesol | Cerf hémione | |
| lâamarante | mouflon | |
| le chénopode blanc (lambsquarter) | bison | |
| le chénopode berlandieri (goosefoot) | Cerf du Canada | |
| le cactus | antilocapra | |
| le genévrier | lapin | |
| lâarachide (pickleweed) | porc-Ă©pic | |
| les pignons | écureuil | |
| les noix | castor | |
| les prĂȘles (horsetails) | grenouille | |
| le jonc | gaufre | |
| le typha | oiseaux des marais | |
| poissons | ||
Les Shoshone-Bannock
Nous avons dĂ©couvert lâexistence des tribus indiennes Shoshone-Bannock sur le chemin du retour vers Salt Lake City. Au sud de lâIdaho se trouve la rĂ©serve Fort Hall et son musĂ©e en bordure de la route principale, non loin de la ville de Pocatello. Il est bien triste de voir les panneaux dâinterprĂ©tation marquĂ©s au sceau de PacifiCorp, une grosse compagnie dâĂ©lectricitĂ© de lâouest des Ătats-Unis. Ce financement a dĂ» ĂȘtre une compensation bien modeste des dĂ©sagrĂ©ments occasionnĂ©s par la construction de barrages et lâennoiement consĂ©cutif de vallĂ©es de leur territoire aux ressources en eau trĂšs convoitĂ©es. Avant lâarrivĂ©e des EuropĂ©ens, les Shoshone-Bannock vivaient de chasse, de pĂȘche et de cueillette le long des berges des riviĂšres. Sachant cela, lâironie du panneau ci-dessous est grinçante, et mĂȘme choquante : bien en Ă©vidence, on peut lire au centre « Lâeau, centrale pour la vie des Natifs » â câest-Ă -dire des AmĂ©rindiens â et dans lâangle infĂ©rieur droit, le logo et le nom de la sociĂ©tĂ© (un peu de publicitĂ©, cela ne peut pas nuireâŠ).
Parmi tous les sentiers tracĂ©s par les Indiens durant leurs pĂ©rĂ©grinations saisonniĂšres, une portion de la Grande Route de la MĂ©decine sera empruntĂ©e par les colons en provenance de lâest qui se rendent en Oregon. De part et dâautre se trouvent beaucoup de piscines chaudes et de sources thermales entourĂ©es de roches rouges ou blanches et de plantes particuliĂšres qui sont utilisĂ©es Ă des fins mĂ©dicinales et cĂ©rĂ©monielles. Leur collecte et leur administration sont dĂ©volues aux femmes indiennes.
Deux traitĂ©s sont signĂ©s, lâun en 1863, lâautre en 1868, pour prĂ©server un espace oĂč les Shoshone-Bannock pourront perpĂ©tuer leur mode de vie traditionnel. Mais la pression des colons est immense, et les Indiens sont obligĂ©s de rĂ©trocĂ©der en lâespace dâune trentaine dâannĂ©es, en 1880 et en 1898, les deux tiers de la superficie qui leur a Ă©tĂ© dĂ©volue. Câest pourtant bien peu de chose, au regard de lâaire occupĂ©e autrefois qui sâĂ©tendait du nord-ouest du Mexique au sud-ouest du Canada.
Carte sur lâĂ©volution des limites de la rĂ©serve â Vannerie Shoshone-Bannock |
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Le traitĂ© de Fort Bridger de 1868 ratifiĂ© par le gouvernement U.S. et les tribus Shoshone-Bannock est essentiel pour celles-ci. En sus dâaffirmer lâĂ©tablissement de la rĂ©serve de Fort Hall, il Ă©nonce les droits inhĂ©rents de ces tribus Ă lâauto-gouvernance et lâauto-prĂ©servation. Cela implique que leurs membres ont le droit dâutiliser toutes terres publiques fĂ©dĂ©rales inoccupĂ©es dans le pays pour y pratiquer la chasse, la pĂȘche et la cueillette. Cet article du traitĂ© est toujours en vigueur. Le musĂ©e recĂšle une foule dâinformations sur leur mode de vie, mais je nâen ai extrait que deux exemples qui illustrent lâincidence de la colonisation sur leurs ressources vitales.
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Icones de Pocatello, chef Shoshone, devant la façade de la High School (Pocatello, Idaho)
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Lors de lâĂ©tablissement du traitĂ© de 1868, les Bannock avaient sĂ©lectionnĂ© les prairies Ă Camas pour quâelles soient incluses dans la rĂ©serve, mais en raison dâune erreur typographique (sic), Camas fut transcrit par Kansas, et cette demande fut effacĂ©e du TraitĂ©. Camas, ou Quamash, est une plante qui pousse dans les marais, les prairies humides et sur les rives des cours dâeau. Les Shoshone et Bannock en rĂ©coltent les bulbes comestibles, nourrissants, au goĂ»t de patate douce, en plus sucrĂ©. Câest lâune des sources alimentaires majeures. Lorsque, aprĂšs la signature du traitĂ©, les Shoshone et les Bannock sâen vont les collecter, ils sâaperçoivent que ceux-ci ont Ă©tĂ© dĂ©racinĂ©s par les cochons des fermiers. Ce sera lâune des causes de la Guerre Bannock.
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Illustration : Camas, ou Quamash â Carte : Zone dâimplantation de la Camas
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Aujourdâhui, câest sur le plan lĂ©gal que se poursuit le combat pour restaurer dans leurs conditions naturelles le bassin de la Snake River et les terres inoccupĂ©es attenantes. La construction de barrages hydroĂ©lectriques a engendrĂ© la baisse des populations de saumon et de truite en aval de la Snake et de la Columbia River. Les dĂ©rivations de lâeau, les mines, lâexploitation forestiĂšre, le pĂąturage du bĂ©tail, lâagriculture, lâurbanisation, la sĂ©dimentation et les pĂȘches commerciales ont aussi jouĂ© un rĂŽle significatif dans cette rĂ©duction au point que ces poissons sont dĂ©sormais protĂ©gĂ©s par la loi des espĂšces menacĂ©es.
Pour inverser la tendance et accroĂźtre lâabondance, la distribution, la diversitĂ© gĂ©nĂ©tique et la productivitĂ© des populations de saumons et de truites qui remontent jusquâen Idaho, les Tribus prĂ©conisent dâamĂ©liorer leur habitat, de crĂ©er des Ă©closeries supplĂ©mentaires, de prĂ©server un flux suffisant, et de gĂ©rer leur pĂȘche. Dans ce but, les Tribus incitent toutes les parties prenantes Ă la concertation et la coopĂ©ration et elles nĂ©gocient avec les rĂ©dacteurs du programme de compensation en aval de la Snake River, le ministĂšre de la pĂȘche et de la chasse de lâIdaho, les pĂȘches NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), lâadministration de lâĂ©lectricitĂ© de Bonneville et les autres agences.
Le loup et le castor
La culture des Indiens Fremont a donc disparu pour des raisons climatiques, et celle des Shoshone-Bannock se maintient trĂšs difficilement en marge du monde moderne, dans un environnement gravement perturbĂ© par la colonisation de lâouest amĂ©ricain. Mais au sein de la grande administration des parcs amĂ©ricains, une rĂ©flexion chemine lentement. Au bout dâun siĂšcle de gestion du parc national Yellowstone, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© de restaurer un Ă©quilibre perdu en rĂ©introduisant en 1995 un animal longtemps dĂ©criĂ© et pourchassĂ© par les colons, le loup. Quinze ans plus tard, en 2011, le parc publie un article sur le site officiel. Il relate les Ă©tonnants changements en cascades qui en ont dĂ©coulĂ©. Par exemple, les colonies de castors sont passĂ©es de une Ă neuf, et les bosquets de peuplier tremble amĂ©ricain, de saule et de peuplier qui sâĂ©tiolaient le long des cours dâeau se sont remis Ă prospĂ©rer. Quel rapport avec la rĂ©introduction du loup ?
Pour le comprendre, il faut revenir aux annĂ©es 1930, lorsque le dernier loup du parc fut tuĂ©. MĂȘme si le grand cerf de Yellowstone (wapiti) Ă©tait encore chassĂ© par les ours noirs et grizzly, les cougars, et dans une moindre mesure les coyotes, lâabsence de loup ĂŽta une Ă©norme pression de prĂ©dation sur le cerf. Par consĂ©quent, sa population se porta trĂšs bien â peut-ĂȘtre mĂȘme trop bien. Il en rĂ©sulta deux effets: le cerf Ă©puisa les ressources de Yellowstone en y demeurant sur place mĂȘme en hiver et en broutant tous les arbres le long des cours dâeau. Cela fit du tort au castor qui a besoin de ces arbres pour survivre en hiver.
En 2011, on compte trois fois plus de cerfs quâen 1968, mais, Ă©tonnamment, les saules ont bonne allure. Pourquoi? Parce que la pression de prĂ©dation de la part des loups oblige les cerfs Ă bouger, ils nâont plus le temps de brouter trop Ă ras les saules. AprĂšs la coupe de jeunes arbres par des castors, le bosquet reconstitue 84% de sa biomasse en deux ans, alors que les arbres broutĂ©s nâarrivent Ă rĂ©cupĂ©rer dans le mĂȘme temps que 6% de leur biomasse perdue. Continuons la liste des effets en cascade. Lorsque les castors se rĂ©pandirent et construisirent de nouveaux barrages formant des Ă©tangs, lâhydrologie du courant fut modifiĂ©e, les diffĂ©rences saisonniĂšres de flux furent nivelĂ©es, lâeau stockĂ©e permit de recharger la nappe phrĂ©atique. Les poissons disposĂšrent dâune eau fraĂźche et ombragĂ©e, tandis que le saule de nouveau robuste offrait un habitat pour les oiseaux chanteurs.
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Castor ! Beaver !
(Yellowstone)
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Quant aux cerfs, ils ont prouvĂ© leurs capacitĂ©s dâadaptation. Quand les loups sont dans les parages, ils deviennent plus vigilants et broutent moins. Le troupeau se divise en petites unitĂ©s qui vont se cacher dans lâĂ©paisseur des fourrĂ©s. Ils retournent dans les prairies ouvertes sitĂŽt le danger Ă©cartĂ©. Autrefois, la premiĂšre cause de mortalitĂ© des cerfs Ă©tait la neige et les rigueurs hivernales. Aujourdâhui, les hivers sont plus doux, et câest le loup qui devient la principale cause de leur mortalitĂ©. Cette combinaison de moins de neige et plus de loups a aussi bĂ©nĂ©ficiĂ© aux charognards petits et grands, du corbeau Ă lâours grizzly. Au lieu dâun cycle dâexcĂšs et de manque de disponibilitĂ© de charognes â comme câĂ©tait le cas avant la rĂ©introduction du loup et lorsque les hivers Ă©taient plus rudes â il y a maintenant une distribution plus rĂ©guliĂšre de charognes durant tout lâhiver et le dĂ©but du printemps.
Cela bĂ©nĂ©ficie aux corbeaux, aux aigles, aux pies, aux coyotes et aux ours (noirs et grizzly), tout particuliĂšrement lorsque ces derniers sâĂ©veillent affamĂ©s de leur hibernation. Le rĂ©seau de vie liĂ© aux proies tuĂ©es par les loups est mĂȘme plus vaste encore : les colĂ©optĂšres, le carcajou, le lynx et dâautres encore en dĂ©pendent. Les lĂ©gendes indiennes sur les corbeaux qui suivent les loups sont exactes: ils le font parce que la prĂ©sence de loups signifie celle de nourriture.
Bisons et Indiens
Du loup, passons au bison. Il était et demeure encore important pour beaucoup de tribus indiennes. Sa chasse procure de la viande fraßche pour beaucoup de jours, mais la majorité est découpée et séchée, puis écrasée et mélangée avec des baies pour confectionner du pemmican. Les peaux pour les tipis étaient rendues étanches par fumage. Les cornes servaient de supports arqués, de matériau pour fabriquer des louches, des cuillÚres et des coupes, tandis que les sabots donnaient des hochets et de la glu. Les calculs biliaires fournissaient un pigment jaune pour la peinture et le fumier séché était utilisé comme combustible.
La quasi-disparition du bison dans les Grandes Plaines a eu des rĂ©percutions Ă©cologiques. A lâinverse du bĂ©tail bovin, les bisons sont naturellement adaptĂ©s pour prospĂ©rer dans cet environnement, leur tĂȘte gĂ©ante leur permet dâavancer dans la neige et ils sont mieux Ă mĂȘme de survivre lors de sĂ©vĂšres conditions hivernales. En outre, le pĂąturage des bisons aide Ă cultiver la prairie, la prĂ©parant pour hĂ©berger toute une gamme de plantes. Le bĂ©tail bovin, en revanche, sĂ©lectionne lâherbe parmi la vĂ©gĂ©tation et son Ă©levage nĂ©cessite une telle quantitĂ© dâeau que les nappes aquifĂšres sont en train de sâĂ©puiser. Le surpĂąturage des herbes engendre lâĂ©rosion de la terre vĂ©gĂ©tale et ce fut sans doute un important facteur dans lâapparition des âbols de poussiĂšre et des blizzards noirsâ des annĂ©es 1930, de concert avec la mĂ©canisation de lâagriculture qui dĂ©butait dans ces rĂ©gions et lâavĂšnement dâune dĂ©cennie de grande sĂ©cheresse.
Il y a dix ans, pendant lâhiver 2007-2008, 1631 bisons furent tuĂ©s par des fonctionnaires du Montana : ces animaux en quĂȘte de pĂąturage avaient quittĂ© lâaire protĂ©gĂ©e du parc Yellowstone qui est Ă cheval sur le Wyoming, le Montana et lâIdaho. Le fondateur dâune association indienne commentait ainsi ce rĂ©cent massacre : ââŠJe pense que le fond du problĂšme avec la sociĂ©tĂ© des Blancs est sa peur de tout ce qui est sauvage. Elle est terrifiĂ©e par tout ce quâelle ne peut pas contrĂŽler, alors que les âPremiĂšres Nationsâ (les Indiens) sont fiĂšres de faire partie de cette nature et elles la protĂšgent car elles sont conscientes de son importance.â
Braconnage du bison au Yellowstone
Dans les annĂ©es 1800, la chasse commerciale, la chasse sportive et lâarmĂ©e amĂ©ricaine rĂ©duisirent drastiquement la population de bisons. Pourquoi lâarmĂ©e ? Car, dâune part, il fallait approvisionner les troupes et, dâautre part, elle avait trouvĂ© ce moyen de lutte en coupant les vivres aux Indiens des plaines devenus trĂšs mobiles grĂące Ă leur adoption du cheval. Enfin, mĂȘme si les bisons de Yellowstone Ă©taient devenus thĂ©oriquement protĂ©gĂ©s depuis la crĂ©ation du parc, vers 1902 les braconniers avaient rĂ©duit le troupeau Ă quelque 25 animaux.
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Du bison au menu de Roosevelt Lodge (Yellowstone)
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LâarmĂ©e amĂ©ricaine, qui alors administrait Yellowstone, eut cette fois pour charge, ironiquement, dâassurer leur protection en luttant activement contre le braconnage. Des bisons de troupeaux privĂ©s furent envoyĂ©es en renfort, dont 18 femelles de Michael Pablo et Charles Allard des tribus confĂ©dĂ©rĂ©es Salish et Kootenai dans le nord-ouest du Montana. Durant des dĂ©cennies, on contrĂŽla les mouvements des bisons car on pensait alors que ces animaux sur-pĂąturaient le parc, de concert avec le cerf et lâantilocapra americana. A partir de 1968, toute gestion intrusive cessa (y compris les rĂ©ductions dâeffectifs) et aujourdâhui, environ 3000 bisons sauvages errent librement dans le parc national Yellowstone.
Si ce troupeau qui a frĂŽlĂ© lâextinction il y a juste un siĂšcle a ainsi pu se reconstituer, câest parce quâil est composĂ© uniquement de bĂȘtes non hybridĂ©es avec le bĂ©tail venu dâEurope. Il a conservĂ© un comportement naturel, les bisons se rĂ©unissent Ă la saison de reproduction pendant laquelle les mĂąles sâaffrontent pour former des harems. Le moment venu, ils partent en migration et explorent de nouveaux territoires.
Le bison, la vache et le lapin
Voici une autre histoire de bison. En 1941, lâĂtat amĂ©ricain dĂ©cide de rĂ©introduire le bison sur les Henry mountains dans le sud-est de lâUtah en prĂ©levant 18 individus du troupeau sauvage de Yellowstone. De nos jours, le troupeau compte environ 325 individus et sa population est maintenue stable par lâattribution de permis de chasse distribuĂ©s au compte-goutte (70 par tirage au sort pour 1000 demandes). Bien sĂ»r, les Ă©leveurs se plaignent que le bison mange lâherbe dont leurs vaches dĂ©pendent pour survivre en hiver. Pour en avoir le cĆur net, un chercheur de lâuniversitĂ© de lâUtah a rĂ©alisĂ© une Ă©tude dont il a publiĂ© les rĂ©sultats tout rĂ©cemment, en 2015.
Il a isolĂ© 40 enclos dont la moitiĂ© Ă©tait interdite dâaccĂšs aux bisons et aux bovins et lâautre moitiĂ© empĂȘchait Ă©galement les liĂšvres dây pĂ©nĂ©trer. Le rĂ©sultat Ă©tonna tout le monde, chercheurs et Ă©leveurs : il sâavĂ©ra que le bĂ©tail consommait 52,3% de lâherbe, les lagomorphes (liĂšvres, lapins et pikas) 34,1% et les bisons seulement 13,7%. Qui plus est, les liĂšvres ont un cycle de vie variable et leur population au moment de lâĂ©tude Ă©tait en dessous du pic, ce qui signifie que leur impact pourrait ĂȘtre encore supĂ©rieur Ă celui qui a Ă©tĂ© Ă©valuĂ©, mais aussi quâil pourrait ĂȘtre moindre. Les Ă©leveurs en tirĂšrent immĂ©diatement la leçon: ils comprirent quâil fallait rĂ©duire, ou du moins rĂ©glementer, la chasse au coyote, prĂ©dateur naturel du liĂšvre. Elle est pratiquĂ©e dans ces montagnes pour protĂ©ger le cerf hĂ©mione qui fait lâobjet dâune chasse au trophĂ©e. En conclusion, lĂ encore se produit une rĂ©action en chaĂźne, le retrait ou lâintroduction dâun animal conduisant Ă des consĂ©quences inattendues.
Incendies : Peuplier tremble américain, Pin ponderosa
Quand les colons sâinstallĂšrent, de nouvelles pratiques de gestion â incluant le pĂąturage du bĂ©tail, la rĂ©colte de bois et la suppression des incendies â modelĂšrent les forĂȘts. Depuis 1996, des scientifiques nord-amĂ©ricains notent une augmentation du nombre de peupliers trembles morts ou mourants et le phĂ©nomĂšne sâaccĂ©lĂšre en 2004, que se passe-t-il ? Ce nâest ni un insecte, ni une maladie, ni une condition environnementale spĂ©cifique. Parfois juste quelques arbres sont touchĂ©s, parfois des bosquets entiers. Les ongulĂ©s sont-ils les coupables ? A haute altitude, lorsque lâherbe est rare, les ongulĂ©s broutent les jeunes rejets de peuplier tremble et les empĂȘchent dâatteindre la maturitĂ©. De ce fait, les bosquets de peuplier tremble poussant Ă proximitĂ© du bĂ©tail ou en prĂ©sence de cervidĂ©s (cerf hĂ©mione, elk-wapiti) ont trĂšs peu de jeunes arbres et peuvent se voir envahis par les conifĂšres qui ne sont pas broutĂ©s.
Le dĂ©pĂ©rissement actuel constatĂ© en AmĂ©rique de lâOuest sâenracine peut-ĂȘtre dans la politique stricte de suppression des incendies aux Ătats-Unis. Lorsque les parties aĂ©riennes sont brĂ»lĂ©es, ces arbres rejettent vigoureusement Ă partir des racines, car elles sont souvent protĂ©gĂ©es des tempĂ©ratures lĂ©tales par lâĂ©paisseur de terre. Il semble que lâincendie soit un mal nĂ©cessaire pour que les peupliers trembles puissent rĂ©sister Ă la concurrence des conifĂšres (Ă©picĂ©as et sapins) qui tendent Ă les remplacer durant de longs intervalles de temps sans perturbation. Toutefois, les forĂȘts de conifĂšres sont dĂ©cimĂ©es Ă une large Ă©chelle par le dendroctone du pin ponderosa, un colĂ©optĂšre ravageur qui peut procurer de nouvelles opportunitĂ©s de prolifĂ©ration au peuplier tremble si les conditions sây prĂȘtent. La recherche poursuit son cours.
Avant la colonisation, la ceinture forestiĂšre de pin ponderosa qui pousse Ă lâĂ©tage au-dessus des peupliers trembles (ex. Boulder Mountain, sud Utah) brĂ»lait au moins tous les 20 ans. LâĂ©paisse Ă©corce protĂ©geait les arbres matures du feu qui consumait les semis et les espĂšces concurrentes. Les herbes prospĂ©raient dans ce sous-bois ouvert, et constituaient un pĂąturage sĂ©duisant pour les herbivores. Les Ă©clairs et la foudre provoquaient bien quelques uns de ces feux pĂ©riodiques, mais les Indiens y contribuaient en allumant rĂ©guliĂšrement des feux pour amĂ©liorer lâhabitat du gibier quâils chassaient. Ainsi, quand les colons arrivĂšrent dans la rĂ©gion, ils ne pĂ©nĂ©trĂšrent pas dans un pays sauvage exempt de toute action humaine. Au contraire, les humains Ă©taient depuis longtemps des membres de cette communautĂ© naturelle dynamique, sculptant activement le paysage avec le feu. A lâheure actuelle, les forestiers cherchent Ă retrouver par des feux limitĂ©s et contrĂŽlĂ©s cet Ă©quilibre perdu.
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 Baies sauvages
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Pin ponderosa (Grand Teton, Wyoming)
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La plupart des arbres du parc national du Grand Teton sont des conifĂšres. Le pin tordu (Lodgepole pine) occupe les sections qui sont pĂ©riodiquement brĂ»lĂ©es. Ses cĂŽnes possĂšdent des Ă©cailles piquantes et soudĂ©es solidement ensemble par de la rĂ©sine. Pour dĂ©gager les semences, il faut donc une chaleur intense provenant dâun incendie ou une longue exposition aux rayons du soleil. VoilĂ pourquoi la plupart des peuplements purs se sont installĂ©s Ă la suite dâun feu de forĂȘt. Les autres espĂšces de conifĂšres sâinstallent aprĂšs que le pin tordu et le peuplier tremble amĂ©ricain aient prĂ©parĂ© et stabilisĂ© le sol.
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Pommes de pin : rĂ©serve de lâĂ©cureuil sous un grand sapin (Canyon Lodge, Yellowstone) OrchidĂ©e : Western Spotted Coralroot (Corallorhiza maculata var. occidentalis) |
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Lâherbe et lâarmoise
Au cours du 20e siĂšcle, la densitĂ© dâarmoise a augmentĂ© (particuliĂšrement les variĂ©tĂ©s artemisia tridentata et artemisia arbuscula). Pour quelle raison ? Parce que la population dâherbivores mixtes se nourrissant de plantes herbacĂ©es et arbustives a diminuĂ© (cerf hĂ©mione, antilocapra, chĂšvre, mouton), tandis que celle des herbivores stricts sâaccroissait (bĂ©tail bovin et wapiti). De ce fait, ce sont toujours les mĂȘmes graminĂ©es et plantes herbacĂ©es qui sont rĂ©guliĂšrement pĂąturĂ©es chaque annĂ©e, particuliĂšrement au printemps, tandis que, parallĂšlement, les incendies sont supprimĂ©s. Cette hĂ©gĂ©monie induit dans le mĂȘme temps une perte de biodiversitĂ© dans lâAmĂ©rique du nord-ouest. Au cours de nos randonnĂ©es, nous observons ce phĂ©nomĂšne dans la Lamar Valley Ă Yellowstone et dans le parc du Grand Teton.
Des scientifiques testent avec des Ă©leveurs une solution : faire pĂąturer vaches et moutons Ă lâautomne, lorsque lâherbe et les graminĂ©es sont dessĂ©chĂ©es et quâil nây a que lâarmoise Ă brouter. Les troupeaux doivent ingĂ©rer des supplĂ©ments alimentaires qui leur permettent de consommer davantage dâarmoise. En effet, lorsque nous nous promenons et que nous effleurons les buissons, ceux-ci dĂ©gagent un parfum agrĂ©able qui est en rĂ©alitĂ© une dĂ©fense ! Ces plantes contiennent des toxines, abortives pour les brebis Ă partir du 2Ăšme trimestre de gestation et difficiles Ă digĂ©rer, pour ne pas dire carrĂ©ment toxiques. En fait, si on habitue le bĂ©tail progressivement, leur corps sâadapte et supporte mieux cette nouvelle alimentation.
Lâinteraction est mĂȘme encore plus complexe. En effet, une autre étude montre que la concentration et composition de ces dĂ©fenses chimiques est Ă©minemment variable, aussi bien au sein dâune mĂȘme plante selon les feuilles (Ă©phĂ©mĂšres ou persistantes), que parmi les pieds dâune mĂȘme prairie, dâun lieu Ă lâautre, dâune saison Ă lâautre, ou selon les variĂ©tĂ©s. Ces facteurs dĂ©pendent de la tempĂ©rature, de lâensoleillement (proportion dâUV), du degrĂ© dâhumiditĂ©, de lâagression par des champignons, des insectes ou des mammifĂšres herbivores tels que le lapin pygmĂ©e (Brachylagus idahoensis)âŠ
Le problĂšme se pose en des termes similaires avec une autre plante buissonnante trĂšs rĂ©pandue dans lâouest amĂ©ricain : le genĂ©vrier.
La forĂȘt, capteur du CO2 Ă©mis par la combustion des sources dâĂ©nergies fossiles
Aux Ătats-Unis, lâutilisation de sources dâĂ©nergie fossile (charbon et pĂ©trole) pour gĂ©nĂ©rer lâĂ©lectricitĂ© est la plus grande source dâĂ©missions atmosphĂ©riques de CO2. Des chercheurs de lâuniversitĂ© de lâUtah viennent de publier une étude sur le rĂŽle que pourrait jouer la forĂȘt. Selon lâAdministration nationale ocĂ©anique et atmosphĂ©rique (NOAA), 2011-2015 a Ă©tĂ© la pĂ©riode de cinq ans la plus chaude enregistrĂ©e aux USA et 2016 a Ă©tĂ© la deuxiĂšme annĂ©e la plus chaude, chaque Ă©tat ayant une tempĂ©rature moyenne supĂ©rieure et des prĂ©cipitations moyennes infĂ©rieures. Les chercheurs disent quâil y a deux maniĂšres dâinverser la tendance du rĂ©chauffement climatique :
1/ rĂ©absorber le CO2 en surplus dans lâatmosphĂšre ;
2/ réduire les émissions de CO2 et des autres gaz à effet de serre.
Les arbres peuvent contribuer dans les deux sens. Aux Ătats-Unis la forĂȘt couvre approximativement le tiers du pays. Le Forest Carbon Accounting Framework (FCAF) a Ă©tĂ© créé en 2015 par le USDA (ministĂšre de lâagriculture) pour quantifier le montant de carbone dans les forĂȘts des Ătats-Unis et pour mesurer les effets de changements dâusage du sol tels que la conversion de forĂȘts pour lâagriculture, les perturbations de lâaccroissement de leur dĂ©veloppement comme les incendies et le changement des modĂšles de croissance de la forĂȘt pour en faire des piĂšges Ă carbone. Au taux actuel, selon cette Ă©tude, la surface de forĂȘts US est en dĂ©calage de 15% par rapport aux Ă©missions de CO2 gĂ©nĂ©rĂ©es par la combustion dâĂ©nergies fossiles chaque annĂ©e. Les auteurs du rapport prĂ©conisent une politique de prĂ©servation des forĂȘts existantes et la reforestation, y compris la plantation dâarbres en ville pour attĂ©nuer lâimpact des tempĂ©ratures extrĂȘmes.
La génération spontanée, les extrémophiles
Depuis le dĂ©but de cette prĂ©sentation, je vous parle de Yellowstone sans vous dire en quoi ce site est vraiment exceptionnel : câest une immense caldeira de volcan. Dans certaines zones, le sol ne forme parfois quâune mince couche au-dessus du magma qui chauffe lâeau souterraine. Celle-ci remonte Ă des vitesses variables et se manifeste sous forme de boues brĂ»lantes, de coulĂ©es et suintements, de sources dâeau bouillante qui Ă©mettent des fumerolles et parfois des geysers. Certaines nappes dâeau sont suffisamment acides pour brĂ»ler les pieds Ă travers les chaussures.
La protection du parc Yellowstone de toute exploitation privĂ©e eut une consĂ©quence inattendue. En 1964, Thomas D. Brock, professeur Ă lâuniversitĂ© de lâIndiana, sâintĂ©ressait Ă lâĂ©cologie des micro-organismes. Sa surprise fut de taille lorsquâil dĂ©couvrit Ă Yellowstone une âvie microbienne extrĂȘmement riche dans les Ă©coulements de sources chaudes, sous la forme de tapis colorĂ©s ou de masse gĂ©latineuse rose pĂąleâ. Il y retourna lâĂ©tĂ© suivant afin de poursuivre ce travail de dĂ©couverte.
Il Ă©tudia tout dâabord les algues qui se dĂ©veloppent dans des Ă©coulements dâeau Ă plus de 60 °C, puis il dĂ©montra que des bactĂ©ries peuvent prolifĂ©rer dans des sources chaudes Ă 82 °C. Il dĂ©couvrit ainsi les premiers hyper-thermophiles. Le record actuel est de 113 °C. Ă cette Ă©poque, la communautĂ© scientifique ne croyait pas en la possibilitĂ© que la vie puisse se dĂ©velopper Ă de telles tempĂ©ratures. Il inaugura ainsi un nouveau champ de recherche et Yellowstone devint lâun des meilleurs endroits sur Terre pour les observer dans leur habitat naturel. En effet, ailleurs dans le monde, les sources similaires dâeaux chaudes ont souvent Ă©tĂ© dĂ©truites pour la production dâĂ©nergie gĂ©othermale. Les scientifiques viennent donc du monde entier pour Ă©tudier cette flore bactĂ©rienne Ă©tonnante.
Thomas D. Brock sâinscrit ainsi dans la lignĂ©e dâillustres prĂ©dĂ©cesseurs europĂ©ens. Lâun de ceux-ci Ă©tait le Hollandais Antony van Leeuwenhoek (1632-1723). A lâaide de lentilles de microscope quâil se fabriquait lui-mĂȘme et dont il avait augmentĂ© la puissance, il dĂ©couvrit dĂšs 1674 lâexistence des protozoaires, des spermatozoĂŻdes â trĂšs en avance sur son temps â et des bactĂ©ries. Son contemporain lâItalien Francesco Redi (1626-1697) sâattaqua Ă lâidĂ©e de gĂ©nĂ©ration spontanĂ©e: si des âversâ apparaissent dans des cadavres, câest que des mouches ont pondu des Ćufs dessus. Cette idĂ©e de gĂ©nĂ©ration spontanĂ©e remonte Ă longtemps puisque Aristote sâen faisait le dĂ©fenseur en donnant pour exemple la moisissure qui apparaissait âspontanĂ©mentâ au bout de quelque temps sur les aliments.
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Antony van Leeuwenhoek (1632-1723) découvre les protozoaires, les spermatozoïdes Francesco Redi |
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Bien que le Français Louis Pasteur semblĂąt lui avoir donnĂ© le coup de grĂące Ă la fin du XIXe siĂšcle, cette thĂ©orie revient aujourdâhui sur le devant de la scĂšne pour expliquer lâapparition de la vie sur Terre. Certains biologistes font lâhypothĂšse que les micro-organismes thermophiles et barophiles (ceux qui vivent dans les fumeurs noirs, Ă grande profondeur sur les dorsales ocĂ©aniques) ressembleraient plus que tout autre ĂȘtre vivant actuel Ă lâancĂȘtre commun de toutes les cellules modernes, âthe Last universal common ancestorâ (LUCA). La structure du code gĂ©nĂ©tique aurait Ă©tĂ© formĂ©e chez ces organismes, en milieu hyperthermique et Ă haute pression hydrostatique. La vie serait la consĂ©quence de la dynamique de lâUnivers. A partir du moment oĂč les conditions adĂ©quates seraient rĂ©unies (eau liquide, tempĂ©rature adĂ©quate, molĂ©cules organiques en abondance), la matiĂšre manifesterait sa capacitĂ© Ă engendrer la vieâŠ
Conclusion
Finalement, au cours de cette Ă©tude, quâavons-nous appris sur nous-mĂȘmes, les EuropĂ©ens ? Que nous rĂ©vĂšle cette transformation accĂ©lĂ©rĂ©e de la nature aux Etats-Unis dâAmĂ©rique ?
Câest dâabord notre hĂ©ritage nĂ©olithique qui pĂšse trĂšs lourd dans nos mentalitĂ©s. Comme nos ancĂȘtres quittant le berceau du Proche-Orient pour se rĂ©pandre alentour, nous avons franchi les mers, emportant dans nos bagages nos plantes et nos animaux domestiques. Nous avons dĂ©frichĂ© le continent, Ă©liminĂ© les prĂ©dateurs ou concurrents potentiels, quâils soient hommes, bĂȘtes ou plantes, les submergeant sous la vague de notre dĂ©mographie galopante. RĂ©duisant lâaire du monde âsauvageâ (Ă©tymologiquement, âde la forĂȘtâ), nous tentons de domestiquer et dâexploiter la nature entiĂšre au seul profit de lâhumanitĂ©.
Câest ensuite un hĂ©ritage culturel un peu plus rĂ©cent, mais aussi trĂšs ancrĂ© en nous-mĂȘmes, qui se manifeste dans notre relation Ă la nature. Depuis les philosophes de la GrĂšce antique, le rationalisme nous place en observateurs (objectifs ?), Ă lâextĂ©rieur dâun monde (âlâenvironnementâ) que nous pensons â potentiellement â totalement intelligible.
Depuis la Renaissance, lâindividualisme sâest dĂ©veloppĂ© en mĂȘme temps quâun esprit trĂšs critique Ă lâĂ©gard des institutions Ă©tatiques. Câest le rĂ©sultat de la confrontation tumultueuse dâidĂ©es, Ă la faveur de la redĂ©couverte des textes des penseurs de lâAntiquitĂ© au sein dâune Europe devenue chrĂ©tienne. Les consĂ©quences se manifestent non seulement sur le plan politique, avec lâavĂšnement de la dĂ©mocratie, mais Ă©galement Ă©conomique, avec le libĂ©ralisme, et social, avec le capitalisme et la rĂ©gression des communaux.
Enfin, comme une boucle qui se ferme, les sciences dĂ©veloppĂ©es dans notre Ancien Monde mettent en Ă©vidence la complexitĂ© de la biodiversitĂ© Ă laquelle nous portons atteinte par notre mode de vie. Elles montrent son Ă©volution en fonction de facteurs multiples, astronomiques, gĂ©ologiques, climatiquesâŠ, mais aussi en fonction de lâinteraction, au sein mĂȘme de cette biodiversitĂ©, entre les ĂȘtres vivants. Nous en faisons partie, mais les humains, depuis 10 000 ans et de façon croissante, engendrent des perturbations Ă un rythme et une ampleur tels quâils influent sur le climat terrestre. La transformation accĂ©lĂ©rĂ©e du Nouveau Monde nord-amĂ©ricain du fait de la colonisation europĂ©enne en est un exemple particuliĂšrement flagrant.
Devons-nous continuer de croire que le vivant fonctionne comme une machine qui aurait Ă©mergĂ©, on ne sait (encore ?) trop comment, du monde inerte ? Cette idĂ©e, avĂ©rĂ©e ou pas, justifie-t-elle le traitement infligĂ© au monde sauvage ou domestiquĂ©, la suppression des forĂȘts, le tarissement des fleuves, la destruction des biotopes, et enfin la manipulation dâĂȘtres vivants comme sâil ne sâagissait que dâobjets inertes, dĂ©pourvus dâautonomie, de sensibilitĂ©, dâintelligence ? Quand bien mĂȘme nous dĂ©couvririons la vie ailleurs, sur dâautres planĂštes Ă©voluant autour dâautres Ă©toiles, il faut bien prendre conscience que nous ne pourrons pas nous y rendre. La Terre â la planĂšte bleue â est un havre de vie exceptionnel et rare, Ă prĂ©server prĂ©cieusement.






